‹ L'homohémothérapie Dans La Démence PrécoceChapitre 7 sur 27 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

En 1924, étant interne à l’asile d’aliénés de Châlonssur-Marne, j'ai suivi les recherches expérimentales que M'° Pascal, Médecin en Chef des asiles, poursuivait systématiquement dans son service sur la thérapeutique des maladies mentales par les chocs. Dans ce vaste champ d’essais thérapeutiques, il m’a semblé qu’il y avait place pour une méthode nouvelle, originale, susceptible de pro- . voquer des réactions biologiques particulièrement fécondes, et dont l’emploi dans divers domaines de la pathologie avait donné en ces dernières années des résultats pleine- ment satisfaisants : la thérapeutique par le sang humain.

. Je lui ai fait part de l'intérêt qu’il me semblait y avoir à appliquer ce traitement aux aliénés; elle a accueilli ma suggestion avec la plus grande bienveillance, et avec d’autant plus d'attention qu’il n’existait pas dans la littérature psychiâtrique, à sa connaissance, d'essais thérapeutiques poursuivis systématiquement dans cette voie. C’est donc sous sa direction éclairée que ces recherches ont été poursuivies.

Ce travail n’a pas la prétention d'apporter une riche floraison de documents, ni une méthode thérapeutique applicable à toutes les psychoses. IL expose simplement

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les résultats de ces recherches qui nous ont paru intéressantes par leur nouveauté.

Toutes les réactions mentales, biologiques et physiologiques provoquées chez nos malades par l'injection de sang ont été scrupuleusement notées dans les limites de nos moyens d'investigation. Nous avons essayé de rendre compte de toutes les modifications positives ou négatives, constantes ou inconstantes, paradoxales, contradictoires.

Nous regrettons que l’absence de laboratoire ne nous ait pas permis de suivre avec une plus grande précision les modifications humorales et sanguines provoquées, et en particulier les variations de la formule sanguine.

Nous avons surtout mis en évidence l’analogie d’action de la thérapeutique sanguine et de toutes les thérapeutiques par choc protéinique. Ce fait n’était pas nouveau. I] avait été démontré par tous les auteurs qui avaient utilisé les injecions de sang dans les autres domaines de la pathologie générale.

Mais chez les aliénés, le choc sanguin n’est pas seulement un choc hémoclasique; son action est plus vaste. Il est en même temps un choc mental et provoque des réactions psychiques; il met en valeur l'instabilité de. l’équilibre mental en même temps que celle de l’équilibre neuro-végétatif et colloïdal.

La qualité du sang injecté joue un rôle primordial. Nous nous sommes attachés surtout à l’étude de l’homohémothérapie pratiquée par injection intramusculaires de faibles doses de sang de malades en rémission. L'emploi du sang de convalescents dans certaines maladies infec-

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tieuses a donné des résultats encourageants et souvent décisifs. Il nous a semblé intéressant d'introduire cette méthode en psychiâtrie.

I] était logique de l’appliquer aux aliénés, tant à cause du choc provoqué dont les effets curateurs sont analogues ‘à ceux des autres chocs protéiniques qu'en raison des proprités spéciales des sangs de convalescents. En effet, dans presque toutes nos observations, c’est du sang de malades en amélioration que nous avons injecté. Dans un seul cas, nous avons utilisé l’hémothérapie familiale en injectant à une malade le sang de sa mère. Dans tous les cas, sauf dans un seul, le sang injecté était de groupement compatible avec celui de la malade traitée.

Les malades traitées, au nombre de dix, étaient toutes des démentes précoces hébéphéno-catatoniques type Morel- Kahlbaum-Kraeppelin, chez lesquelles les troubles mentaux évoluaient depuis des années ; chez une seule, le début de l'affection remontait à quelques mois. Trois de ces malades présentaient des phénomènes aigus d’agitation catatonique; les sept autres étaient déjà à une phase très avancée de la maladie, avec des phénomènes torpides, stagnants, graves, de chronicité : indifférence, négativisme, stéréotypies, gâtisme, etc.

L'amélioration bio-mentale complète, suivie de mise en liberté, s’est manifestée chez les trois premières malades atteintes de phénomènes aigus hébéphéno-catatoniques, c’est-à-dire chez des malades où l’on constate fréquemment des améliorations ou des rémissions. Ces malades se sont maintenues au dehors. La quatrième malade traitée

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et mise en liberté faisait partie du groupe des malades à forme torpide.

Des six autres malades traitées, quatre n’ont présenté qu’une amélioration physique durable avec des modifications transitoires des troubles morbides. L'état de dénutrition presque cachectique qui nous avait engagé à tenter chez ces malades l’homohémothérapie a fait place à une refection vitale accentuée. Les améliorations du psychisme : éveil de la spontaneité, disparition des impulsions, n’ont été que transitoires. Le fait important à signaler c’est que des malades qui ne s’alimentaient pas spontanément ont repris leur alimentation normale.

Enfin, dans deux cas, l’état morbide depuis trop longtemps installé n’a subi aucune modification ni physique ni mentale. Une malade a même présenté une aggravation de

ses impulsions.

Chez cinq malades (deux traitées à Châlons-sur-Marne avec Mlle Pascal, et trois à l’asile de Moisselles, par Mlle Pascal), l’autohémothérapie a donné des résultats peu satisfaisants.

L’homohémothérapie reste la méthode de choix. Mais son extension est limitée par la difficulté qu’on rencontre à trouver des malades en rémission susceptibles de servir de donneurs. Nous regretterons de n’avoir pas pratiqué la transfusion sanguine. Il y aurait dans ce domaine un vide à combler.

Les caractères particuliers du choc sanguin résident dans une action désensibilisatrice lente en progressive, dans une amélioration physique qui précède dans les cas

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favorables l’amélioration de l’état mental, Médication stimulante, l’homohémothérapie apporte dans un organisme en sommeil l’intense vitalité d’un organisme qui se régénère.

Le choc sanguin chez nos malades n’a pas eu d’action antitoxique ou antiinfectueuse spécifique. Il a mis en évidence l'instabilité vasculo-sanguine du terrain, ses possibilités dynamiques de rééquilibration, sa vulnérabilité particulière à l’égard des chocs protéiniques. Le réajustement des troubles bio-mentaux a suivi le rythme de la désensibilisation thérapeutique; à aucun moment nous n’avons constaté d’action spécifiquement et rapidement curative comme celle observée dans les maladies infectieuses. |

Nous ne voulons pas entrer dans les considérations pathologiques de la démence précoce. Les limites de cette affection s’éloignent chaque jour. Mais il nous est permis d’affirmer que dans le complexe de syndrômes intriqués qui la caractérisent, il existe un ensemble de troubles dynamiques humoraux, dits « fonctionnels », à la fois évitables et curables qui n’est pas empreint de fatalisme. Borel a écrit au sujet de la schizophrénie : « Pour que le pathologique apparaisse, il faut quelque chose de plus que la constitution ». C’est ce « quelque chose de plus »

qui est susceptible de s'améliorer ou de guérir par la thé- : rapeutique sanguine.

Cette étude CH cinq parties :

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