HISTORIQUE
Tantôt maléfiques, tantôt curatives, les propriétés vitales du sang, mystérieux symbole de la vie, ont frappé de tout temps l’imagination des hommes. La survivance des superstitions ancestrales a laissé persister jusqu’à nos jours des pratiques nées des premiers âges. Le « mauvais sanë », la « possession », les « mauvais sorts », sont encore justiciables chez certaines peuplades reculées des sacrifices humains ; des victimes expiatoires Sont encore choisies chez les sauvages pour apaiser de leur sang le courroux des divinités. Depuis les guerriers antiques qui se gorgeaient du sang de leurs ennemis pour se donner du courage, toute une série de pratiqués empiriques a survécu : ‘certains guérisseurs recommandent encore les « bains de sang » pour soigner les ulcères et les plaies. De nos jours, on voit encore des malades atteints d’anémie se rendre dans les abattoirs pour y boire le sang des animaux fraîchement égorgés.
Pour la médecine, l’étude du sang a été capitale. A toutes les époques de notre science, les conceptions sur la physiologie et- la pathologie sanguines ont été Le reflet exact des doctrines en vogue, et l’on pourrait, en étudiant ces conceptions à travers les âges, faire l’histoire de la “médecine elle-même. |
Aux croyances empiriques, l'ère bactériologique a apporté pour une part ses confirmations scientifiques. Elle a montré l’envahissement du sang par certains germes morbides, et le pouvoir infectieux du sang infecté. Elle a mis d’autre part en évidence les propriétés particulières acquises par les serums à la suite d’une atteinte non mortelle de certaines infections. L’immense domaine de la sérothérapie préventive et curative s’est alors ouvert à la thérapeutique. A la spécificité de son action curative, la généralisation de son emploi a permis d'ajouter d’autres effets également curateurs. Des résultats favorables obtenus au moyen de serums quelconques, non préparés, ou préparés contre une affection autre que celle en cause montrèrent l’existence, à côté de l’action spécifiquement antitoxique ou anti-infectieuse des serums immunisés, d’une action thérapeutique non spécifique, possédée par tous les sérums. La sérothérapie aspécifique est ainsi née, et l’on a vu certains de ses adeptes, à notre avis beaucoup trop enthousiastes, refuser aux serums immunisés l'action thérapeutique spécifique qui, pour l'immense majorité d’entre eux, est rigoureusement établie.
Les études approfondies sur les propriétés des serums, sur leur toxicité réciproque, sur les réactions qu’ils provoquaient dans les différents systèmes organiques, ont permis en ces dernières années la remise en honneur d’une méthode thérapeutique aussi ancienne que l'humanité : la transfusion sanguine, à laquelle des bases scientifiques ont donné un immense développement. De nouveau, l'attention fut attirée sur les propriétés préventives et curatives du
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sang humain. Tout comme les serums animaux, les serums humains se montrèrent possesseurs de propriétés thérapeutiques. Et, à l’heure actuelle, les applications cliniques de l’hémothérapie et de la sérothérapie humaines ne se comptent plus.
Dans le domaine chaque jour plus étendu de ces applications, il est facile de constater comme dans l’emploi de la sérothérapie animale deux grandes divisions, De même que les serums animaux, le sang et le serum humains sont employés à titre non spécifique et à titre spécifique. |
Avant de passer brièvement en revue les diverses tentatives thérapeutiques par es substances humaines, il nous semble nécessaire, pour éviter toute confusion, de préciser la terminologie que nous emploierons au cours de notre exposé. La sérothérapie est l’ensemble des pratiques thérapeutiques utilisant les sérums. C’est ainsi qu’elle peut être suivant les cas une hétéro-sérothérapie, lorsqu'elle utilise le sérum d’une autre espèce animale (c’est le cas de presque tous les serums thérapeutiques), e: une homosérothérapie quand le serum utilisé provient de la même espèce animale (cas du sérum humain employé chez l’homme) ; une variété intéressante de l’homosérothérapie est l’autosérothérapie. Ainsi, c’est par un abus de langage, d’ailleurs coutumier, que l'injection de sérum d'animaux immunisés est désignée sous le nom de sérothérapie. La même terminologie est applicable à l’hémothérapie : l'injection de sang d’une espèce animale différente constitue une hétéro-hémotbérapie; celle d’un sang