‹ L'honnête fermier [microforme]Chapitre 1 sur 52 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

MARGUERITE, debout devant la table, cou-

pe deux morceaux de pain, et y étend du beurre.

Ares avoir travaillé pendant la plus

belle moitié de notre vie, tomber dans la

pauvreté Î À quoi nous sert de n'avoir pas A

un seul instant ménagé nos peines pour élever nos enfans avec honneur ? Encore, s’ils étaient tousen état de gagner leur pain! Mes chers enfans! ce n’est pas sur moi, c’est sur vous que je pleure : en perdant notre pauvre bétail nous avons tout perdu.

Ce qui nous reste est bien loin de pouvoir suffire à payer monseigneur. Qu’allonsnous devenir ? Si mon digne mari ne soutenait mon courage, je serais bientôt réduite à mourir de chagrin. Mais le brave Thibaut ; oh ! quel homme ! comme il paraît tranquille à travers nos malheurs ! Si je m'étais sûre qu’il me cache, par amitié, la moitié de ses peines, de peur de m'affliger, il faudrait le croire insensible. “Pourquoi “ pleurer, Marguerite, me dit-il, quand je ‘ n'ai plus la force de retenir mes larmes ?

“Nous avons perdu notre bétail ; eh bien !

‘ qui sait ce que le ciel fera pour nous ?

‘Il n’abandonne jamais les honnêtes gens ‘ dans leurs afflictions. Je compte sur 6 Jui”! Hélas ! sans être riche, il n’a jamais abandonné lui-même les malheureux.

Combien de familles dans le village il a sauvées de la misère par ses conseils et par ses secours ! Non, il n'est pas de meilleur homme sur la terre. Je possède encore ce qui manque à beaucoup de femmes dans la richesse, un bon mari, et des enfans

Fées...

s pour £ncore, ir pain!

ur moi, Jerdant perdu.

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bien !

nous ?

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re la eils et > meilde enmmes enfans

FERMIER, 7 qui nous aiment, qui se conduisent de ma nière à remplir notre cœur de joie. Lorsque je pense à toutes ces bénédictions de la providence, je sens qu'il veille sur nous, et mon chagrin m’en devient cent fois plus léger. Allons, un peu de courage, Marguerite. N’as-tu pas conservé ce qui pourrait te consoler de tous les malheurs ?

(Elle se retourne, avance de quelques pas vers la porte de la cabane, et appelle :) Jeannette ! Jeannette !

nanas SCENE II.

MARGUERITE, JEANNETTE, JEANNETTE, en entrant...

M: voici, ma mère ; que me veux-tu ?

MARGUERITE

Tiens, ma fille, voilà ton déjeüner.

JEANNETTE, O ma mère lily en a trop de la moitié, Je ne pourrai jamais manger tout cela.

MARGUERITE, Regarde-s-y donc, ce n’est que ta ration

ordinaire. J'espère que tu n'es pas malade ?

JEANNETTE, Non ? mais je sens que je n'aurai plus autant de faim qu'auparavant j QE

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MARGUERITE

Que viens-tu me conter ? Depuis quand fais-tu la petite bouche ? Allons, mange ton déjeûner comme une grande fille, Veux-tu prendre ce pain ?

JEANNETTE, prenant le pain, et le rompant avec les doigts

# J'en aurai trop, je t’'assure. C’est bien

ässez d’en manger la moitié. (Elle présente l'autre moitié à sa mère.) Tiens, garde ceci pour Louison, |

MARGUERITE, Est-ce qu’elle t'a donné le soin de régler son appétit ?

JEANNETTE

C'est tout ce qu'il lui faut, Elle ne t'en demandera pas davantage.

Ïl me paraît que tu connais À merveille ta sœur. Va, Louison mangera bien son

morceau tout entier comme toi. En voici -

un que j'ai apprêté pour elle, JEANNETTE.

. Non, non, elle le gardera pour ce soir ; et alors elle m’en donnera la moitié à son

tour. Laisse-nous faire.. Nous nous sommes arrangées ensemble.

veille 1 SON | VOICI -

FÉRMIER, 9

MARGUERITE, Que signifie ce bel arrangement ? Je suis curieuse de l’apprendre, JEANNETTE,

Pourquoi me le demander ? c’est un secret entre nous deux. Je t'en prie ma mère, ne fais pas semblant de ten appercevoir,

MARGUERITE

Comment donc ? Je veux absolument

que tu me dises ce qu’il y a là-dessous.

JEANNETTE

Eh bien ! puisque tu me l’ordonnes, je vais te le raconter. Hier au soir nous entendîimes mon père qui te disait : Maintenant que nos pauvres bêtes sont mortes, i faut nous arranger à la volonté du ciel, et tâcher de faire tourner cette disgrace à notre avantage. Nous devons être plus diligens, plus industrieux, et ménager autant que nous pourrons, afin de soutenir notre famille. ‘Tu lui répondis, en l’em-

“brassant, que tu serais la première à Jui en donner lexemple. Je fis signe à ma sœur de sortir. Nous nous embrassâmes comme vous ; et tout ce que vous voulez faire pour nous, nous convinmes aussi de le faire pour vous de notre côté.

MABGUERITE, Dies den enfans, vous prenez trop de À

ts atsee ere Pense

Rabre

part à nos peines. Elle ne sont pas faites pour votre âge. Ne craignez rien, le ciel prendra soin de nous, © ma fille ! tu me fais sentir combien il est heureux d’être mère. (Elle lembrasse.) Quel bien sur la terre vaudrait pour moi la tendresse que tu montres à tes parens ? Console-toi, Je Vous avais conservé ce dernier reste de beurre ; et tu peux encore aujourd’hui manger {on pain tout entier. Il faut qu'il te donne des forces, afin que tu puisses nous en gagner quand tu seras plus grande. Ne Seras-tu pas bien aise alors de travailler pour tes parens ?

JEANNETTE

Ah ! si je le serai ! Heureusement nous pouvons commencer déjà. Nos mains sont petites, mais nous “en travaillerons plus long-temps dans la journée; et tout ce que nous viendrons à bout de gagner, nous le donnerons à mon père pour acheter du bétail. Nous éleverons aussi des poules ; nous vendrons nos œufs ; et cet argent, ma mère, tout cet argent, nous te l’'apporterons avec joie. (Voyant les yeux de Mar-

uerile pleins de larmes.) Oh ! ne pleure onc pas, je te prie ; cela m'ôterait le courage.

MARGUE dre.

. Va, sije pleure, c’est de ja Joie que tu

as faites , le ciel ! tu me d’être n sur la > que tu À Je ste de urd’hui ut qu’il es nous de. Ne availler

ht nous ns sont S plus ce que ous le du béoules ; nt, ma )porte- Marpleure > cou-

que tu

me donnes. Mais il est temps que tu dé.

jeûnes. Il y a bien des choses à ra er dans la maison ; et je veux que ton père trouve tout en ordre lorsqu'il reviendra, JEANNETTE.

Est-ce qu’il est aux champs avec mes frères ?

MARGUERITE

Non, il est allé faire un tour à la ville.

Ïl avait besoin de parler à monseigneur, JEANNETTE.

Ah ! tant mieux. Mon père e… toujours gai lorsqu’il revient de chez lui. C’est un bien excellent homme, n'est-ce pas, que ce monsieur de Verville ?

MARGUERITE

Oui, ma fille. Jusqu'à présent il a eu des bontés pour nous. Dieu veuille qu’il nous les continue, lorsque nous en avons le plus grand besoin. Depuis les pertes que Tous avons faites, nous ne sommes plus en état de le payer ; et souvent les personnes qui nous ont montré le plus d’attachement quand nous avons été exacts à les satisfaire, ne nous regardent que d’un plus mauvais œil lorsquelles se voient en danger de perdre quelque chose de notre part.

Mirxorre.

Monseigneur ne sera pas de ces person.

nes-là, jen suis sûre.

MARGUERITÉ,

Je l'espère aussi, mon enfant ; autrement nous serions bien à plaindre.

JEANNETTE

Qu'il me tarde que mon pêre soit rentré, Pour avoir de bonnes nouvelles ! Doit-il revenir ce matin ? |

MARGUERITE

Il s’est mis en route au lever du soleil :

et je l’attends à chaque minute.

JEANNETTE, POsant son pain sur la table,

En ce cas, avant de déjeüner, je vais tirer du vin, et le mettre rafraîchir. Il ne sera pas fâché d’en boire une goutte à son retour.

MARGUERITE

Mange d’abord ton pain 3Je me chargerai de ce soin, moi.

JEANNETTE

Tu me demandais tout-à-lheure si je ne

travaillerais pas volontiers pour mes pa-

rens ; et maintenant tu ne veux pas que je travaille.

MARGUERITE

À la bonne heure. Je serais fâchée de te

le dérober ce plaisir, aussitje vois qu’il t’en

e A nn

reviendra des caresses de ton père,

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autre-

rentré,

Doit-il

soleil ;

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FERMIFR, 13

JEANFL TE.

Ah ! je ne sais qui de nous deux est le plus content, lorsque jele mérite. Je vais tâcher d’en gagner. (Elle sort.)

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