MARGUERITE, JEANNETTE
JEANNETTE, arrivant au moment où Marguerite tient l'enfant duns ses bras.
ME, mère, donne-le-moi à mon tour que je le caresse. (Elle le prend et l'embrasse.) N'est-ce pas, mon ami, quand tu seras fort comme moi, tu travailleras aussi pour tes parens ? Oh !tu verras comme je vais prendre soin de ta petite personne, pour que tu deviennes plutôt grand et robuste.
Tiens, nous sommes occupées, il faut que tu ailes dormir un peu. {Ælle le remet dansson berceau, tandis que Marguerite les regarde l'un et l'autre d'un œil où la tendresse et la joie percent à travers quel ques larmes, Jeannette revient vers Mar- £guerile, et lui dit :) Ma mère, je viens de mettre le vin rafraîchir, prête-moi la clé de l'armoire pour avoir du linge et une camisole pour mon père. (Elle prend la clé, et ouvre Parmoire.) Il fait si chaud ! Je crois le voir venir trempé de sueur et mourant de fatigue, MARGUERITE,
Ah ! s’il a fait quelque chose de bon pour sa famille, il arrivera tout lessé,
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JEANNETTE, refermant l'armoire, et posant du linge blanc sur une chaise,
Je le connais. C’est qu'il voudra tout de suite s’en aller aux champs, I] n’y a jamais un moment de perdu avec lui.
MARUERITE.
C’est une bonne leçon pour nous. Toi, Par exemple, tu ferais bien de manger ton pain, pour aller à l’école quand tu auras embrassé ton père,
JEANNETTE, À l'école ? Oh! je n’y vais plus à présent.
MARGUERITE
… Qu'oses-tu dire, Jeannette ! Est-ce que tu ne veux plus apprendre à lire et à écrire ?
“ Mon enfant, à quelque nécessité que nous soyons réduits, j'espère que notre travail nous mettra toujours en état de te
faire instruire. Je me retrancherais plutôt la moitié de mes besoins.
JEANNETTE
ausSi Couramment que Je magister au pupitre ? C’est lui qui sera notre maître à uison et à moi, [l nous le disait ce matin:
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Mes sœurs, vous savez que je me repose une demi-heure après le diner, avant de retourner au travail ? Eh bien ! si vous voulez, pendant ce temps, je vous commencerai une lecon ; et, le soir, à mon retour, je vous l’achèverai. Vous n'aurez qu’à vous bien appliquer, bientôt vous en saurez autant que la plus forte écolière du village. Nous devons commencer aujourd'hui et tu verras.
MARGUERITE
Comment ! cette pensée est déjà venue à Valentin?
JEANNETTE
Oui, ma mère, de lui-même. Je ne m’avisais pas d’y songer. C’est moi, disait-il, qui’ai le plus coûté à nos parens, parce que je suis le plus âgé. S'ils avaient moins dépensé pour moi, ils auraient encore cet argent, et ils pourraient le dépenser pour mes sœurs. Ainsi donc il faut que je vous rende, autant que je pourrai, linstruction que jai reçue, et qu’ils ne sont plus en état de payer pour vous.
MARGUERITE
Hélas ! pouvions-nous penser, en lui donnant des maîtres, que vous n’auriez pas un jour le nécessaire ? Il nous en a coûté