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M. DE VERVILLE, le regardant d‘un œil Jie.
Oui; mais, avant tout, dis-moi, Thibaut, est-ce bien sérieusement que tu me proposes de prendre tes meubles, tes habits, ton blé, tes vaches, tout ce que tu possèdes ?
THIBAUT
Je parle toujours sérieusement, monscigneur, quand il s’agit d'affaires.
M. LE VERVILLE
As-tu fait mürement tes réflexions ?
Songe qu’il y va de tout ton bien.
THIBAUT
Mon bien ? Il n’est plus à moi, il est à vous. Ecoutez donc, monseioneur ; vous êtes riche, et je ne le suis pas. Vous sentez à merveille que je n'irais pas faire envers vous le généreux aux dépens de ma famille. Je ne vous remets que ce qui Vous appartient Soyez tranquille : Je ne vous l’offrirais pas, si je croyais pouvoir le garder en conscience. Vraiment oui, il me siérait bien de vous faire des cadeaux !
vos Vous moqueriez de moi, Il ny a qu'un mot.en tout ceci, Je ne puis vous payer ma dette en argent comptant ; je vous paie avec tout ce que j'ai, sans préjudice de ce que je vous devrai encore ; et
Je vous le paierai; oh! oui, je vous le paierai. Vous serez en ligne d'abord après les premières nécessités de la vie.
M. DE VERVILLE, d'un air froid.
À la bonne heure ; mais il serait affreux de te dépouiller entièrement. Choisis parmi tous ces effets ceux que tu aimes le mieux. Je me flatte que tu ne refuseras pas un petit présent d'amitié de ma part.
THIBAUT
Quand vous me parlez ainsi, j'aurais mauvaise grace de ne pas profiter de vos bontés. ({l s'approche de la table, et
prend une béche et un râteau.) Tenez, voici ce que Je retiens, les instrumens de mon métier. Avec ces outils et du courage, on trouve toujours à se tirer de l'embarras.
M. DE VERVILLE, Quoi ! tu ne prends rien de plus ?
THIBAUT
Non, monseisneur, c’en est assez. Que le ciel seulement me seconde, je ne désespère pas de nourrir avec honneur ma femme et mes enfans, et de ramasser encore peu à peu de quoi vous satisfaire.
dans ce rais prix
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Et tu
e paie- M. DE VERVILLE. F l'après Fort bien. A toi maintenant, Margue- C8 rite. Je ne veux pas faire de jaloux. II hr | faut que tu prennes quelque chose com- | me ton mari. Choisis ce que tu voudras. it | iffreux MARGUERITE, Huit (| IS par-- QUE | a ha Moi aussi, monseigneur ? Vous. avez gi | | S n / VAE beta trop de bonté. : ji | part. M. DE VERVILLE. ja | . . . EN î Point de complimens. Allons, que choi-. H} il sis-tu ? TRES aurais MARGUERITE, ut | x . Puisque vous voulez me donner quelque sk ° chose de votre bien (Elle court vers le FA fond de la chambre, et soulevant le rins de deau), je vous demande en grace, accor: à ie dez-moï le berceau de mon nourrisson.
atras, M. DE VERVILLE, quec surprise.
Comment ! est-ce qu'il était compris l dans ce que tu me cèdes ! Quoi ! tu aurais privé ton enfant de son berceau ?
Qu MARGUERITE, en se rapprochance, A e léses- Ne l'aurait-il pas toujours retrouvé dans à fem- mes bras ?
»nCore M, DE VERVILLF..
Ei tu crois que je l'aurais. accepté ?
THIBAUT
Je vous l'ai déjà dit, Mmonseirneur, les enfans doivent payer pour leurs pères, Quand les uns souffrent, de quel droit les autres se refuserajent-ils à souffrir ? 11 n’est rien que je ne sois prêt à faire pour mes enfans ; mais il n’est rien aussi que je n’en attende à mon tour. Mon sang'est à eux, comme leur sang est à moi.
M. DE VERVILLE, à Part.
Quel homme ! comme il est inébranlable dans ses principes! (Haut.) Oh bien!
mes amis, ce que vous avez retenu, je vous l’abandonne. Me cédez-vous maintenant ce qui reste, vos meubles, vos habits, vos grains, et votre nouveau bétail? Me le transportez-vous en toute propriété ?
THIBAUT, d’un ton ferme.
Oui, monseioneur, MARGUERITE,
Et sans aucun regret.
THIBAUT
Ah ! plutôt avec une grande joie.
MARGUERITE, {irant la bourse de sa poche, et loffrant à JE. de Weruille, Recevez aussi tout l'argent que nous possédons. (JW. de Férville la prend, et la jette sur la table.)
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Vous ne comptez pas? Il y a centécus. qu
M. DE VERVILLE, His
Je t'en crois bien sur ta parole, Ainsi sil vous m° :endez maître absolu de tout, et LE vous consentez à ce que j'en fasse tel usage QUE
qu’il me plaira, sans que vous puissiez, en aucune manicre, vous y opposer ?
THIBAUT
Puisque c’est à présent votre bien, nous »’y avons pas plus de droit qu’à votre ferme. Il serait beau, vraiment, que nous nous donnassions les airs de vous contrarier,
M. DE VERVILLE
Songe bien à quoi tu l'engages. Mon dessein n’est pas de te contraindre à cet
arrangement ; mais s’il est une fois terminé. ...
THIBAUT
Oh! ne craignez pas de me. voir revenir contre ma paréle. Non, monseigneur, PoUS Sommes déjà trop sensibles à votre grace, puisque vous daignez nous accorder
temps. Disposez de tout ceci comme vous le jugerez à propos. Nous nous con-
tenterons de prier le ciel que tout prosnère entre Vos mains,
M. DE VERVILLE
Voilà qui est dit. En ce cas, je reconnais, à mon tour, que je n’ai plus rien à prétendre, étant pleinement satisfait, moyennant les effets que vous m’avez remis, de tout ce que vous pouviez me devoir.
THIBAUT, avec vivacité Mais non, monseigneur, vous auriez trop à perdre. Cela n’en vaut pas seulement la moitié. Comment donc, ces guenilles quinze cents écus ?
M. DE VERVILLE
Mais s’il me plaît à moi de les prendre
sur ce taux, n’en suis-je pas le maître,
THIBAUT
Je nai rien à vous dire. Cependant il serait mieux de les faire estimer, pour savoir au juste...
M. DE VERVILLE
Va, mon ami, elles ont à mes yeux une valeur que personne au monde ne saurait apprécier : c’est le fruit du travail et de économie d’une honnête famille. Quand Je songe aux sueurs qu’elles vous ont coûté, je leur trouve. un prix bien capable de me satisfaire. Vous voilà quittes envers moi, mes enfans,
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THIBAUT, Ôfant son chapeau, et baisant avec transport le pan de l’habit de M. de Verville.
Quoi, monseigneur !.... (Il se retourne, saule au cou de Marguerite et l'embrasse.) Le ciel soit loué, ma femme, nous n'avons plus de dettes.
MARGUERITE
Bonté divine ! comment reconnaître tant de générosité !
THIBAUT, lui serrant la main
Avec notre cœur, Marguerite ; et nous sommes en fonds pour y répondre. (Al s’avance vers M. de Verville..) Si vous vouliez maintenant me dire où nous porterons {out ceci, et quand il vous plaira recevoir les clés de la ferme ?
M. DE VERVILLE
Je vais te l’apprendre, pour que tu te gardes de n’interrompre. (IT leur prend la main à Pun et à l'autre,et leur dit avec un mouvement de joie :) Me: :mis, Je suis riche,et mes parens m'ont instruit dés Penfance à faire du bien aux honnêtes gens; mais Jamais je n’en ai goûté si vivement la douceur qu'aujourd'hui. Mon brave Thibaut, (ël lui serre la main) ta conduite n°a pénétré d’attachement et d’admiration. Tout
ce que tu viens de me donner pour tac:
quitter envers moi de ta dette, je:te le donne à mon tour pour m’acquitter d’un devoir que w’imposent ton malheur et ta probité,
MARGUERITE, levant les yeux au ciel.
Quoi ! je n’aurais plus à craindre la misere pour mes enfans! © notre digne et bon seigneur! (Elle baise sa main avec vivacilé.)
THIBAUT, Slupéfait.
Je n'ose en croire ce que je viens d’entendre. Non, monseigneur, il n’est pas possible : et, quand ces paroles vous seraient échapées dans un premier mouvement de bonté, moi, j'aurais lindignité de m'en prévaloir ! Non, non, je ne le souffiirais pas. ...
M. DE VERVILLE, @vec Un sourire.
Doucement, Thibaut. Tu viens de convenir tout-à-l’heure que j'étais maître ab.
solu de ton bien, parfaitement libre d’en disposer à ma fantaisie, et maintenänt tu voudrais me priver de mes droits ?
THIBAUT, se gelant à ses genoux, qu'il embrasse
Ah ! monseigneur, vous m’avez attrapé ; mais le moyen de m’en plaindre ! Quoi!
je recevrais du prince le pain qu’il me donnerait pour mes enfans, et. je ne le rece-
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vrais pas de vous, qui êtes bien plus pour moi, VOUS, mon ange tutélaire ! Oui, je me rendrai digne de vos dons, en les recevant comme vous me les offrez, avec une ame pleine de sentiment et de joie. Mais donnez-moi donc aussi des paroles pour vous remercier. (En versant un torrent de larmes.) Je crains de ne pas vous paraître assez reconnaissant de vos graces.
M. DE VERVILLE, en le relevant.
Rassure-toi, Thibaut, je vois ce qui se passe au fond de ton cœur, peut-être encore mieux que toi-même, et jen suis satisfait. Marguerite, appelle tes enfans.
Je sais avec quelle tendresse il vous aiment ; Je veux qu'ils voient aussi que je sais VOUS aimer.
MARGUERITE, s’élançant vers la porte, Jeannette, Louison, venez, accourez de toutes vos jambes. M’entendez-vous ?
JEANNETTE €t LOUISON, du dehors.
Nous voici, nous voici, ma mère.