‹ L'honnête fermier [microforme]Chapitre 36 sur 52 · PE · texte numérisé non relu

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THIBAUT

Monseigneur, je savais bien que vous étiez un homme, un digne homme; mais je ne vous connaissais pas encore, et je ne sais plus comment vous traiter. (4 Marguerile.) O ma bonne femme! si nous pouvions rassembler dans un mot, en un seul mot, tout ce que nous dit notre cœur !

(Se tournant avec vivacité vers M. de Verville.) Monseigneur, je prierai jour et nuit le ciel, non pas pour vous, car une de vôs actions vaut mille de mes prières, mais pour qu'il paraisse de temps en temps sur la terre des hommes tels que vous l’êtes, afin d'empêcher les malheureux de se désespérer. (Il va prendre Jeannette et Louison, et les mène devant une fenétre.) Mes enfans, voyez-vous cette colline, du haut de laquelle on appercoit la ville où demeure notre bienfaiteur ? Nous y montons tous les dimanches en allant à l’église, Eh bien ! nous n’y monterons plus sans chercher des yeux le quartier qu’il habite, sans y envoyer sur lui nos bénédictions, sans prier le ciel pour lui, pour sa femme, pour tout ce qui le touche, avant d'aller prier pour nous-mêmes. Vous en souviendrezvous ?

JEANNETTE

Ah! mon père, si jamais je l’oublie !..

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LOUISON

Nous commercerons en partant de la maison.

THIBAUT

Oui, monseisneur, chaque jour, chaque minute, aux champs, dans notre cabane, par-tout où nous serons, nous vous donnerons nos premières pensées. Nous ne sentirons pas un seul instant la vie, sans songer que c’est par vous que nous en jouissons, sans être prêts à l’offrir à Dieu, pour la moindre de vos prospérités. Vous pourrez, quand il vous plaira, nous demander notre sang; il est à vous. Ah! que ne puis-je en ce moment verser tout le mién dans vos veines, pour vous donner une dou-

ble vie !

M. DE VERVILLE

Sois heureux, Thibaut, fais le bonheur de ta femme, élève toujours tes enfans à penser comme toi. Je viendrai quelquefois jouir de ce spectacle, et Je suis sûr de m'en porter mieux. Mais voici nos affaires terminées ; sais-tu bien que je vais te demander à diner ?

THIBAUT, lui tendant joyeusement la main.

Ah ! tant mieux, tant mieux ; nouvelle fête !

MARGUERITE, d’un air plein d’embarras et de confusion.

Mais, mon cher homme, que présenterons-nous à monseigneur ?

THIBAUT, d’un air libre.

Le peu que nous avons, ma femme. Je le connais. Un morceau de pain sec lui fera plus de plaisir que s’il avait trouvé chez nous un grand rôti sans l’attendre.

MARGUERITE

Mais cependant...

M. DE VERVILLE, @Vec Un sourire.

Ne sois pas inquiète, Marguerite. (En lui montrant la corbeille que Champagne et Picard ont apportée.) Tu trouveras

là-dedans de quoi nous régaler. Mais al- Jons tous ensemble faire un tour de jardin.

Nous avons besoin, les uns autant que les autres, de prendre un peu Pair pour nous remettre, (Il sort, en prenant Jeannette et Louison par la main. Thibaut et Marguerite le suivent en levant les yeux au ciel et baisant les pans de son habit.)

(Le rideau se baisse.)

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