‹ L'honnête fermier [microforme]Chapitre 40 sur 52 · ER RU TS · texte numérisé non relu

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THIBAUT

Oh! oui, je le crois, Elle m’a si bien traité ce matin ! Je parierais qu'après ma femme, c’est la meilleure qu’il y ait au monde. Allons, Marguerite, vienne le mois de janvier, et nous prendrons notre revanche. Vous la croyez, monseigneur ?

Je vous défie de trouver sa pereille pour s’escrimer Sur un rouet. (En lui frappant sur l'épaule.) Je veux qué cét hiver, dans nos veillées, elle file-pour vous et pour

madame une si belle pièce de toile, que

vous n'aurez Jamais eu de si beau linge dans toute votre vie, je vous en réponds.

MARGUERITE

Oh, quel plaisir! Je n’y perdrai pas un moment.

M. DE VERVILLE

Je vous remercie, mes amis ;..mais cela rest pas nécessaire. Marguerite a bien assez de ses enfans pour s'occuper ; et ce serait. ...

THIBAUT, l'interrompunt.

N’en parlons plus. Nous vous avons tantôt laissé faire à votre fantaisie, il faut bien qu’une fois vous nous laissiez faire à la nôtre. Vordriez-vous nous empêcher d’être reconnaissans ? ce serait nous ravir

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FÉRMIER. 113

toute la joie de notre vie, et vous êtes trop bon pour cela. Allons, à table. (11 prend un siêge et s’assied.) Voilà votre place, monseigneur. Viens t’asseoir aussi, Marguerite.

| MODE VERVILLE, en s’asseyant.

Est-ce que tu n’attends pas tes enfans ?

Il faut qu’ils prennent place avec nous. Je veux avoir la satisfaction de manger avec la plus brave famille que je connaisse.

THIBAUT

Nous ne serons pas en reste, monseigneur, et nous pourrons aussi dire que nous

avons eu à notre table l’homme de la terre le plus compatissant et le plus généreux ; ce qui vaut mieux encore que de manger avec des rois qui ne le seraient pas. (4 Marguerite.) Est-ce que Valentin n’est pas encore revenu des champs ?

MARGUERITE

Non, mon ami ; ni George non plus.

THIBAUT

Et nos filles, à quoi s’amusent-elles ? au lieu de venir.

MARGUERITE. * Tu vas voir que ce n’est pas à bague-

nauder. Tiens, voici d’abord Jeannette, K

L'HONNETE ere SCENE IV.

M. DE VERVILLE, THIBAUT, MARGUERITE, JEANNETTE

(Jeannette porte un plateau de bois, couvert de morceaux de pain en tas.)

THIBAUT

Au, du pain ! C’est bon. Viens ici, mon enfant. ({! prend avec les doigts deux morceaux de pain, et en jette un à M. de Verville, un autre à Marguerite.) Prenez, monselgneur. Quoique ce ne soit que du pain de fermier, il a bon goût pourtant. Vous en avez de plus légers à la ville ; mais celui-ci vaut mieux pour nous forufier dans nos travaux. Par bonheur, il est encore tout frais. Mais quoi, Marguerite ! tu as oublié quelque chose d’essentiel. ({{ sourit en lui pressant la main.) Ce n’est pas ta faute, ma chère femme.

Dans un jour comme celui-ci, la joie nous saisit tellement le cœur, qu’on ne s’avise pas de songer à tout.

MARGUERITE, parcourant des deux yeux la table.

: Quelque chose d’oublié. Qu'est-ce donc? | =

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THIBAUT

- Du vin, notre ménagère. ‘Est-ce que nous ferions faire un repas sec à monsei-

gneur ? cela serait joli.

MARGUERITE

Où avais-je donc la tête? Je l'ai mis au frais,

JEANNETTE

. Je vais le chercher, moi. (Elle sort.) F +: THIBAUT,.

. Couts vite. Monseigneur, il gratte un peu le gosier ; mais il est franc.

MARGUERITE

. Que veux-tu dire ? Est-ce que monseigneur n’en a pas apporté ?

M. DE VERVILLE

: Qui, mon ami. Je t’avoue que je le crois un peu meilleur que le tien.

| THIBAUT

Vous avez aussi porté du vin ? Comment, monseigneur, n’était-ce pas déjà assez ?. Cela passe par-dessus la mesure.

Porter encore du vin hour nous!

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M, DE VERVILLE

Oh! ce n’est pas pour vous seulement.

Je prétends bien en boire ma part. Ce jour est pour nous tous un jour de plaisir, et le bon vin s’acc@rde à merveille avec la joie.

THIBAUT

Il est vrai, j'en avais toujours autrefois d’excellent en réserve, du vivant de mon père. Lorsqu'il m’arrivait de faire quelques bonnes affaires à la ville, ma première pensée était d'aller acheter une demidouzaine de bouteilles du meilleur qui pût se trouver. Le prix ne me faisait rien. Je me gardais bien de le boire, je le donnais à

ma femme pour les jours où mon père ve-

nait nous rendre visite ; et alors je le régalais comme il faut. "L’en souviens-tu, Marguerite, comme le bon vieillard ‘ était Joyeux ? Mes enfans, nous disait-il, ce vin me fortifie et me réjouit; mais votre amour qui vous fait Ôter les choses de la bouche pour moi me fortifie et me réjouit bien davantage. Il en était quelquefois si touché, que les larmes lui coulaient des joues dans son verre. Je ne puis vous dire combien le vin me paraissait bon, ic:

que mon père le buvait à mon côté. (Jeannelle rentre, portant deux bouteilles.) : "

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BERMIER. 117!

M. DE. VERVILLE

J'espère que tu ne trouveras pas celui- i ci mauvais non plus.

THIBAUT

Ah! monseigneur, il suffirait de votre | bonté qui nous le donne, pour nous le faire 1ù | trouver excellent. "x | |

SCENE V. | M, DE VERVILLE, THIBAUT, MARGUERITE, JEAN- 114 | | NETTE LOUISON. dt HN? 18 LOUISON, portant un bouquet énorme de roses, de chèvre- 11 ‘à feuille et de jasmin, s’avance vers M. de Verville, Lui ii | fait une révérence, et lui dit : | Mosscreneur voudrait-il me permettre La de le mettre à sa boutonnière ? HE | sil M. DE VERVILLE. ë Grand merci, ma chère Louison : (/l # l'embrasse) mais il est aussi gros que toi. F4 Je parie que tu n’en auras pas laissé pour }] tes parens, Allons, je vais partager. Je “ n'ai. rien à moi seul aujourd'hui. Tiens d Marguerite, tiens Thibaut, tiens Jeannet- RTE te,-tiens Louison. (Il leur distribue des je |] fleurs.) Ra = “ii «3 oh mi L 14 ki

THIBAUT

Ce sera donc comme un jour de noces :

chacun son bouquet. je,

JEANNETTE

On prendrait monseigneur pour la ma-

riée. Il donne le repas et les fleurs.

THIBAUT

Fort bien, voilà ma Jeannette en pointe de gaîté.

M. DE VERVILLE

Cette petite saillie lui vaudra un trousseau pour le jour de son mariage.

THIBAUT

Oui-dà, monseigneur, il n’y aurait qu’à

vous laisser faire, et rester les bras croisés.

Son trousseau, il faut qu’elle le gagne ellemême. #4 4

… Mon père ét si j'ai plutôt gagné le mien ?

THIBAUT

Voyez-moi cette petite fillé ! il vous sied bien d’avoir de ces choses.en tête. Allons, allons, il:ne faut, songer. qu’à diner, De la joie, de la joie ! Lace é. est

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M. DE VERVILLE

Je veux attendre que tes garçons soient de retour, Je ne dinerai point que je n’aie tout mon troupeau rassemblé autour de moi.

i MARGUERITE.

Quel dommage, monseigneur, que vous n'ayez pas d’enfans ! Vous paraisser tant les aimer !

M, DE VERVILLE

Ah! Marguerite, quelle plaie tu rouvres dans mon cœur ! le ciel m'avait don-

né un fils... : :

© MARGUERITE, Un fils unique ? et il est mort ? c’est bien cruel.

, M. DE VERVILLE, S'il est mort, je l'ignore ; mais il n’en est pas moins perdu pour moi.

THIBAUT

C’est qu'il est peut-être dans une térre étrangère, et que vous ne recevez pas de ses nouvelles, (Voyant des larmes prétes à couler des yeux de M. de Verville, il prend sa main et la serre.) Ne vous affligez pas, mon bon seigneur, je vous en prie. Quoi !: vous soulageriez les peines

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des malheureux, et vous seriez malheureux. vous-même !: Non, non, le ciel est trop juste. Voyez.comme ilme traite pour v’avoir fait que mon devoir; et vous qui allez si loin par-delà, il vous abandonnerait! Cela n’est pas possible. Allons, égayezvous, un peu... Gardons-nous. de rien perdre de ce grand jour de plaisir.

M. DE VERVILLE, essuyant ses yeux.

Oui, mon cher "Fhibaut, je me repro-

cherais d’'empcisonner ta joie.

THIBAUT

Vous me le devez: ce serait gâter votre ouvrage. Mais pourquoi mes fils sont-ils si lents à rentrer aujourd’hui ? (1 se lève de table, et va regarder par la fenétre.) Je vais voir sils viennent. Bon, je vois George qui s’avance. (Il lui fait signe de la main de hâter.) :

MARGUERITE

Quoi ! George tout seul ? Est-ce qu’il n’amène pas Valentin? Il doit savoir que c’est l'heure du diner. Mille pardons, mon- Seigneur, de vous faire attendre.

M. DE VERVILLE

- Nous aurons le temps, Marguerite 3 je ne m'ennuie pas dans une si douce compagnie. Une heure plus tôt, une heure.plus

tard, sont

ville :

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: Vo

M. DE

(Geor.

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‘votre ont-ils se.lève être.) e vois signe

tard, cela ne me dérange point. Les Jours

sont longs ; et, pourvu que j'arrive à la

ville: avant la unit, ma femme ne sera pas

inquiète. |. nel!

D 2 1e)"; - MARGUERITE,

Voici George, toujours.

annee SCENE VI.

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