SCENE XI
M, DE VERVILLE, THIBAUT, M
ARGUERITE, VA- LENTIN, GEORGE, JEANNET
TE, LOUISON
M, DE VERVILLE, Ouvrant impétueusement la Porte, et el Courant se jeter au cou de Valentin
ME: voici, mon fils, me voici ! Oui, tu es à moi, tu es mon sano Vie.
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THIBAUT
Ne sois pas effrayé, Valentin, c’est la vérité... Monseigneur est ton père. (Valentin, dans une profonde surprise, regarde lour-à-tour d'un œil étonné M.
de Verville, Thibaut, et Marguerite. I voudrait parler, et sa langue reste muette.)
MARGUERITE
Oui, mon cher enfant, tout vient de se découvrir Il y a quinze ans que monseigneur pleure ta perte. C’est à nous de la pleurer aujourd’hui. pit 4
VALENTIN, d'une voix étouffée.
Moi, votre fils! Vous, mon père! (1!
se dégage de tous les bras qui l'entourent, se précipite aux genoux de M. de Verville, les embrasse, et couvre ses mains de baisers. M. de Verville jette ses bras autour du cou de son fils, et laisse tomber sa tête sur la sienne. Is demeurent un moment dans ceite attitude, muets et baignés de pleurs.). eplanl qe
M. DE VERVILLE, relevant un peu Sa tête.
Dieu tout-puissant ! quelle graçces puisje te rendre pour ta bonté !
J’av faire cc de la v cue, vo bienfait Que de cherche chéissa:
Mon tu en es que fils toi. M
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Ab!
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… Viens les instal heur. (
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VALENTIN
J'avais demandé mille fois au ciel de me faire connaître ceux à qui je suis redevable de la vie; et c’est de vous que Je lai reçue, vous qui venez de la rendre, par vos bienfaits, à ceux qui me l'ont conservée.
Que de raisons pour vous chérir, et pour chercher à mériter votre tendresse par mon vbéissance et par mon amour !
M. DE VERVILLE
Mon cœur me fait déjà sentir combien tu en es digne. Oui, mon fils, mon unique fils, ce cœur a toujours été plein de toi. Mais ta mère, quels vont être ses transports en te voyant !
VALENTIN
Ah! je vous en conjure, conduisez-moi vers elle. Qu'il me tarde d’être à ses Cr noux, et de la serrer dans mes bras !
M. DE VERVILLE
Viens, mon arii,. je me reproche. tous les instans, que je fais perdre à son bonheur. Courons, volons. ;
THIBAUT, les arrêtant, et les Prenant l’un et l'autre par a main.
Y pensez-vous ? Porter la mort, à force de joie, dans le cœur de cette bonne damé!
Non, non, il n’en: sera pas ainsi, : Ïi faut
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commencer par boire un verre de vin pour nous fortifier le corps et l'esprit, autrement nous ferions tout de travers. Je me charge ensuite d'aller à la ville pour amener les choses de loin à macame, et la préparer à voir son enfant. Ah ! mon cher Valenün, que tu seras bien aise de la connaitre !
VALENTIN
Je vais donc la voir aujourd’hui, après avoir craint si long-temps de ne la voir jamais ! Je ne puis dire la tendresse que je sens d'avance pour elle. |
MARGUERITE
Et moi, Valentin, m'aimeras-tu ‘toue ; 1 jours ?
VALENTIN
Ah ! si je t'aimerai ! Je t’appelierai tou- Jours aussi ma mère comme elle, Selle m'a donné la vie, n’est-ce pas toi qui las soutenue de ton lait, après que mon second père me l’eüt sauvée? Que serais-je devenu sans vous deux? Vous m'avez fait plus de bien qu'il ne sera jamais én mon pouvoir de le reconnaître, :
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M. DE VERVILLE
Que dis-tu, mon fils? Ah! quand il devrait m’en couter la moitié de ma fortune, Je veux que ces braves gens...
THIBAUT, l'interrompant avec vivacité.
Et moi, je ne veu“ pas que vous disiez un mot de plus là-dessus, Votre amitié, celles de madame et de Valentin seront notre plus grande récompense., Je vous défie, avec toute votre richesse, de nous en donner une qui vaille pour nous celle-là Mais, qu’attendons-nous pour nous mettre à table ? Venez, monseioneur. Valentin, ici, à coté de ton père. Qui, je te comprends, va, Marguerite sera près de toi La bonne créature, elle l'aime si ten.
drement ! (Voyant que Marguerite s’essuie les yeux avec son lablier,) Allons, ma femms, point de folie; pourquoi ces latmes? Nous ne sommes point perdus les uns pour les autrés. : S'il était devenu un: vaurien, c’est alors que nous Paurions perdu, et qu’il aurait fallü le pleurer.
VAGEN®IN, regardant d'u t air uttendri M. de Verville
Vous le voyez, mon père, si je dois les chérir ? (prend la main de Marguerite, qui ne peut relenir plus long-temps ses Pieurs, ei se cache le visage, pendant que Valentin lui fait mille caresses.
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THIBAUT
Eh bien ! finirez-vous ? Ils sont aussi fous Pun que l’autre. Or cà, Marouerite, pour te distraire un peu, fais placer tes énfans, et porte-nous des verres, (Pendant que Marguerite s'occupe de ces soins, il se lourne vers M. de Verville, et lui dit +} Quand je vous disais tout-à-l’heure, monseigneur, que la vertu ne restait Jamais sans récompense ! Vous le voyez pourtant. À peine venez-vous de faire une bonne ;actidn, que vous en voilà tout de suite payé. Vous nous donnez des biens qui n'étaient plus à nous, at nous vous donnons un fils que vous croyiez perdu. (1l se lève ; et s'adressant à George, à Jeannelle, el à Louison, qu pendant toute la scène, ont gardé le silencej'en tenant les YEUX constamment firés, tantôt sur M.
de Verville, tantôt sur Valentin.) Et vous, mes enfans,. apprenez à1ne jamais
désespérer du ciél’ni de vous-mêmes.
Lorsqu'une inondation m'emporta, il ya :
quinze ans, ma cabane; la providence me donnait au même instant de quoi m’acquitter un jour envers le bienfaiteur qu’elle devait. m'envoyer. Aujourd’hui, que la sécheresse semblait m’avoir ruiné sans ressource, elle rétablit au contraie ma pétite
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Et mais mes.
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fortune, D'eu se sert de tout pour récompenser ceux qu font leur deve’ C'est à
deux fléaux des plus terribles que nous.
devons notre bonheur. Que cette leçon vous serve pour toute la vie! Lorsqu'un homme fait le bien, croyez-moi, que les malheurs le poursuivent, qu’il tonne sur
sa tête, que tout s'écroule autour de lui,
tant qu’il wa rien à se reprocher, il reste ferme comme un roc ; (En frappant du
poing sur la table.) Ou s’il tombe un
moment, il se relève plus vigoureux... … Un coup de vin, monseisneur. ‘(11 saisit la bouteille, et remplit les verres à la ronde.) C’est pour boite tous ensemble à votre santé.
MARGUERITE
Oh ! avec quel plaisir !
THIBAUT
Valentin, toi seul tu peux lui dire de bouche : Mon père; mais nous le disons tous de bon cœur comme toi, A votre.
santé, monseigneur !