‹ L'honnête fermier [microforme]Chapitre 5 sur 52 · THIBAUT, MARGUERITE, JEANNETTE, LOUISON · texte numérisé non relu

THIBAUT, MARGUERITE, JEANNETTE, LOUISON

MARGUERITE, courant vers Thibaut, lesbras ouverts

Ax ! mon ami !

JEANNETTE, lui baisant la main,

O mon père !

à Fa LOUISON, Que je sn Joyeuse de te voir de retour f

mm mn

Re NENES

ne ms cree

ronge rm er

sep nere

ge

nn * en remerres

nes dti

pe ms Eur + mp

THIBAUT

Bonjour, ma femme ; bonjour, mes chers enfans.

MARGUERITE, Tu dois bien être fatigué de ta course.

THIBAUT,

Non, je me sens tout dispos. Mais toi, ma pauvre Marguerite, tu as l'air un peu triste. Tes yeux sont rouges ; tu as pleuré, je le vois.

MARGUERITE

IT est vrai, mon ami, mais n’en sois pas en peiñe ; c’est du plaisir d’avoir de si braves enfans. Si tu savais combien ils m'ont donné ce matin de satisfaction à ton sujet,

THIBAUT

Tu me fais bien plaisir de me dire ces douces paroles ! Il nya pas de plus grand bonheur, lorsqu'on fait son devoir, que de le voir faire à ceux qui nous appartiennent.

Je suis allé à la ville le cœur plein de votre idée : maintenant que je rentre à la maison, je vois que ma femme et mes enfans se sont occupés de moi. C’est bien consolant !

MARGUERITE

Veux-tu prendre quelque chose ? veux-

tu changer d’habit ? Jeannette a pourvu à tous ces besoins.

mes chers

ta course

Mais toi, ir un peu as pleuré,

h Sois pas de si bran ils m’ont ton sujet,

e dire ces lus grand Ir, que de rtiennent.

n de votre la maison, ins se sont olant !

e? veux- | pourvu à

1x lé f

THIBAUT

Non, je te remercie ; il n’est pas nécessaire. Cette seule pensée me rafraichit et me délasse. (1 baise au front Jeannette.)

MARGUERITE

PA Tu as vu monseioneur ? Eh bien Lcomment Pas-tu trouvé ?

THIBAUT

Comme je m'y attendais. Il a un cœur bon et sensible, C’est un homme, Marguéfite, un homme dans toute la force du mot.

TMARGUERITE,

Est:il vrai ? A:t-il été touché de notre

malheur ? Conte-moi cela.

THIBAUT

Aussitôt qu'on lui a dit que j'étais arrivé; Sans me faire attendre un moment, il est venu me recevoir, et m’a fait entrer dans la plus belle salle de son hôtel,

JEANNETTE

Dans la plus belle salle 1 ‘

THIBAUT

Oui, Jeannette. Il était à prendre du café avec sa femme. Ona fait porter d’un Jambon pour moi sur la même table ; et ma-

dame a bien voulu m'en couper une trame —… che. “ AtiNViiis

à Li DT OT eme 6) >?

LOUISON

Madame elle-même ?

Vraiment oui, de ses propres mains, et d’une façon bien aimable encore !

MARGUERITE

O ! la chère dame !

THIBAUT

‘On n'a pas voulu me laisser parler d’affaire que je n’eusse achevé de déjeünér.

MARGUERITE

Voyez comme c’est charmant ! Eh ensuite ?

THIBAUT

Eh bien! mon cher Thibaut, quelles nouvelles, m’a dit monseïigneur ? De bien mauvaises, lui ai-je répondu. En huit Jours J'ai perdu tout mon bétail, par une maladie qui est venue à la suite de cette horrible sécheresse. Me voilà ruiné. Je viens vous en avertir, pour que vous soyez libre de donner votre ferme à un autre. Je viens aussi vous offrir tout ce qui me reste dans le monde. Il est bien affligeant pour moi de n'avoir pas assez Pour vous satisfaire,

ais je vous promets en honnête homme de travailler nuit et jour, afin de parvenir à

d'u et

arler d’af.

jeünér.

!{ Eh en-

, quelles e bien huit jours > maladie rrible sé ens vous libre de Je viens ste dans Jour moi atisfaire.

homme arvenir à

fERMIER, 21

VOUS payer en entier. Le pain va me paraître amer, tant que je ne vous aurai pas satisfait jusqu’au dernier sou.

MARGUERITE

Oh ! certainement ; nous le ferons avec joie. Qu’a dit monseigneur ?

THIBAUT

Je savais déjà tes pertes, mon pauvre hibaut, et j'en suis bien afigé. Que je te plains aussi, a dit madame, avec sa douce voix. Ah ! c'est de tout mon cœur,

MARGUERITE

Le digne couple! Ils sont aussi bons Pun que l’autre, THIBAUT,

Je ne viens pas, leur ai-je dit, pour vous porter à la compassion envers moi, Je n’en ai pas besoin, je suisen état de travailler. Ce qui me tourmente, c’est de né pouvoir m’acquitter envers vous. J’avoue que je suis aussi bien triste Pour ma femme et pour ma jeune famille, moi qui aurais donné tout mon Sang pour qu’elles ne connussent jamais le besoin! Vous êtes riches, Vous autres, et vous n'avez pas d’enfans,

ous ne savez pas ce que c’est que de voir

Soufïir ceux à qui lon a donné la vie, Ah!

Si vous pi des enfans tels que lesmiens !

si vous les aitniez de toute votre ame ! gi vous en étiez aimé comme je le suis !.

En disant ces mots, la douleur m'a fait cacher le visage entre les mains. Quand j'ai relevé ma tête, j'ai wn monseigneur qui ne me voyait plus, Il était tourné vers sa femme. lÎls se regardaient l'un l’autre avec tendresse, et les yeux pleins de larmes.

Ce n’était pas seulement de pitié : j'ai bien Compris qu'il y avait là-dessous quelque chose qui les touchait en personne, MARGUERITE.

Et tu ne leur en as pas demandé la

cause ? | THIBAUT,

Je ven ai pas eu le courage. Dès que J'ai voulu continuer à leur parler de mes enfans, monseigneur a changé de propos.

Je me suis apperçu qu'ils avaient quelque afliiction secrète. Je ne savais comment me tirer assez vite de ce sujet : je me suis rabattu à leur parler de mes blés, en comptant Ce qui pourrait leur en revenir,

MARGUERITE

Et monsejoneur ne s’est pas mis en colère, lorsque tu lui as fait entendre que 11 ne pouvais pas le payer ?

THIBAUT, Non, du tout ; au contraire, Ecoute,

> ame | si suis !. ...

n’a fait ca- Quand jai eur qui ne TS Sa femutre avec € larmes.

+ J'ai bien s quelque le,

mandé la

Dès que ‘ de mes e propos.

t quelque comment > me suis en COMpr,

iS en Co- 8 que LA

Ecoute,

Thibaut, m'a dit ce brave homme, il ne faut pas te désespérer, Retourne vers ta femme. Je vais faire mettre bientôt mes chevaux, et je me rendrai chez toi, Là, nous nous accorderons ensemble, Je t'ai regardé toujours comme un homme de bien,

et je prendrai tous les arrangemens que tu

voudras.

MARGUERITE, Est-il possible ? Voyons, combien pouvons-nous lui donner ?

THIBAUT

Dix-huit cents écus.

MARGUERITE

Juste ciel ! comme nous sommes loin de ce compte !

THIHAUT,

Il est vrai. Mais si nous avions sauvé notre bétail, si nos foins avaient rendu cette année, nous aurions de quoi payer cette somme, et une autre fois au-delà,

MARGUERITE

Ah, mon ami ! qu’allons-nous devenir.

THIBAUT

Ne perdons pas Courage, ma femme, 0$ Mains valent de l'or. T'ant que noùs

aurons de la force et de la santé, notre dette peut se payer avec le temps : c'est toute

ma consolation, Je moutrai bien vite d’étouffement de cœur, si je croyais qu’en met.

tant un écu au bout l’un de l’autre, je ne parviendrais" pas à la fin À me libérer.

As-tu rassemblé tout l'argent que nous avons chez-nous ?

MARGUERITE

Oui, mon ami ; je l’ai compté, et je l'ai mis dans le sac. (Elle va tirer d'un coffre un sac de cuir.) Il n’y a pas tout-à-fäit cent écus ronds.

THIBAUT

Îls y étaient pourtant, je crois ?

MARGUERITE

Il est vrai ; c’est que j'en ai tiré douze francs pour faire aller tant bien que mal notre ménage pendant quelques jours.

THIBAUT, la regardant fixement.

Mais, ma: chère femme, pouvons-nous tenir notre ménage avec l'argent d’un autre ? Bonté divine ! ne souffre pas que de pareilles pensées nous viennent Jamais dans l'esprit. Mets ces douze francs avec le reste, ma chère Marguerite.

MARGUERITE, avec Un SOUpir.

Oui, tu as raison, les voilà. (Elle met

les douze francs dans le sac, et va Penfermer dans le coffre.)

| vite d’é 1é THIBAUT, hr d'en met- l C’est bien, Nous n'avons plus qu’à rase, je ne sembler noshardes et nos meubles pour les libérer. abandonner à monseigneur. Nous ne garlue nous derons que les habits que nous avons sur le corps. De cette manière, nous pourrons nous présenter le cœur net devant lui.

Voilà le seul parti que nous ayons à prendre t je lai Pour r’être pas malheureux. (On frappe Pun cof- doucement.) ut-à-fait SEANNETTE, allant à la porte.

Il me semble que lon vient de frapper.

ui, je vois quelqu'un. (Ælle revient, et dit à voix basse :) C’est M. le Bailli. à ; douze THIBAUT, 1 ue mal M. le Baïlli ! Que me veut-il ? Nous 1 rs. n'avons jamais eu rien à démêéler ensemle, ns-nous MARGUERITE.

Pun au- Je me sens frisonner par tout mon corps. que de ous Sommes perdus, mon ami, la Justice is dans se met dans nos affaires. Je connais Je vec le Bailli. Il faut qu'il ÿ ait du malheur, puisqu’il s’en méle, THIBAUT le met Tranquillise-toi, ma femme, nous n’a-

enfer-

+ VOnS rien à craindre. ÆEmmêne tes enfans, et laisse-moi seul avec lui,

ee racer er ep

e RG due re RE RE re ere ce rer

co pre . L STE ©

ap

" L | ES ST un

Donne bee nt ne onu

faires.

MARGUERITE

Que me dis-tu ? Je ne veux pas te quitter.

THIBAUT

Non, laisse-nous. Si méchant qu’il soit, ilne n'effraie pas, Tu m'affligerais de rester. Sors, je l'en prie.

MARGUERITE

Puisque tu le veux, il faut t'obéir. (Elle se relire, en prenant Jeannette et Louison.

Le Bailli les rencontre à son Passage, et les salue. Les peliles filles, saisies de

frayeur, se pressent contre leur mère, et sorlent avec elle.)

mm ernannes SCENE VII.

Page 1