THIBAUT, MARGUERITE, JEANNETTE, LOUISON
MARGUERITE, courant vers Thibaut, lesbras ouverts
Ax ! mon ami !
JEANNETTE, lui baisant la main,
O mon père !
à Fa LOUISON, Que je sn Joyeuse de te voir de retour f
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THIBAUT
Bonjour, ma femme ; bonjour, mes chers enfans.
MARGUERITE, Tu dois bien être fatigué de ta course.
THIBAUT,
Non, je me sens tout dispos. Mais toi, ma pauvre Marguerite, tu as l'air un peu triste. Tes yeux sont rouges ; tu as pleuré, je le vois.
MARGUERITE
IT est vrai, mon ami, mais n’en sois pas en peiñe ; c’est du plaisir d’avoir de si braves enfans. Si tu savais combien ils m'ont donné ce matin de satisfaction à ton sujet,
THIBAUT
Tu me fais bien plaisir de me dire ces douces paroles ! Il nya pas de plus grand bonheur, lorsqu'on fait son devoir, que de le voir faire à ceux qui nous appartiennent.
Je suis allé à la ville le cœur plein de votre idée : maintenant que je rentre à la maison, je vois que ma femme et mes enfans se sont occupés de moi. C’est bien consolant !
MARGUERITE
Veux-tu prendre quelque chose ? veux-
tu changer d’habit ? Jeannette a pourvu à tous ces besoins.
mes chers
ta course
Mais toi, ir un peu as pleuré,
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THIBAUT
Non, je te remercie ; il n’est pas nécessaire. Cette seule pensée me rafraichit et me délasse. (1 baise au front Jeannette.)
MARGUERITE
PA Tu as vu monseioneur ? Eh bien Lcomment Pas-tu trouvé ?
THIBAUT
Comme je m'y attendais. Il a un cœur bon et sensible, C’est un homme, Marguéfite, un homme dans toute la force du mot.
TMARGUERITE,
Est:il vrai ? A:t-il été touché de notre
malheur ? Conte-moi cela.
THIBAUT
Aussitôt qu'on lui a dit que j'étais arrivé; Sans me faire attendre un moment, il est venu me recevoir, et m’a fait entrer dans la plus belle salle de son hôtel,
JEANNETTE
Dans la plus belle salle 1 ‘
THIBAUT
Oui, Jeannette. Il était à prendre du café avec sa femme. Ona fait porter d’un Jambon pour moi sur la même table ; et ma-
dame a bien voulu m'en couper une trame —… che. “ AtiNViiis
à Li DT OT eme 6) >?
LOUISON
Madame elle-même ?
Vraiment oui, de ses propres mains, et d’une façon bien aimable encore !
MARGUERITE
O ! la chère dame !
THIBAUT
‘On n'a pas voulu me laisser parler d’affaire que je n’eusse achevé de déjeünér.
MARGUERITE
Voyez comme c’est charmant ! Eh ensuite ?
THIBAUT
Eh bien! mon cher Thibaut, quelles nouvelles, m’a dit monseïigneur ? De bien mauvaises, lui ai-je répondu. En huit Jours J'ai perdu tout mon bétail, par une maladie qui est venue à la suite de cette horrible sécheresse. Me voilà ruiné. Je viens vous en avertir, pour que vous soyez libre de donner votre ferme à un autre. Je viens aussi vous offrir tout ce qui me reste dans le monde. Il est bien affligeant pour moi de n'avoir pas assez Pour vous satisfaire,
ais je vous promets en honnête homme de travailler nuit et jour, afin de parvenir à
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arler d’af.
jeünér.
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, quelles e bien huit jours > maladie rrible sé ens vous libre de Je viens ste dans Jour moi atisfaire.
homme arvenir à
fERMIER, 21
VOUS payer en entier. Le pain va me paraître amer, tant que je ne vous aurai pas satisfait jusqu’au dernier sou.
MARGUERITE
Oh ! certainement ; nous le ferons avec joie. Qu’a dit monseigneur ?
THIBAUT
Je savais déjà tes pertes, mon pauvre hibaut, et j'en suis bien afigé. Que je te plains aussi, a dit madame, avec sa douce voix. Ah ! c'est de tout mon cœur,
MARGUERITE
Le digne couple! Ils sont aussi bons Pun que l’autre, THIBAUT,
Je ne viens pas, leur ai-je dit, pour vous porter à la compassion envers moi, Je n’en ai pas besoin, je suisen état de travailler. Ce qui me tourmente, c’est de né pouvoir m’acquitter envers vous. J’avoue que je suis aussi bien triste Pour ma femme et pour ma jeune famille, moi qui aurais donné tout mon Sang pour qu’elles ne connussent jamais le besoin! Vous êtes riches, Vous autres, et vous n'avez pas d’enfans,
ous ne savez pas ce que c’est que de voir
Soufïir ceux à qui lon a donné la vie, Ah!
Si vous pi des enfans tels que lesmiens !
si vous les aitniez de toute votre ame ! gi vous en étiez aimé comme je le suis !.
En disant ces mots, la douleur m'a fait cacher le visage entre les mains. Quand j'ai relevé ma tête, j'ai wn monseigneur qui ne me voyait plus, Il était tourné vers sa femme. lÎls se regardaient l'un l’autre avec tendresse, et les yeux pleins de larmes.
Ce n’était pas seulement de pitié : j'ai bien Compris qu'il y avait là-dessous quelque chose qui les touchait en personne, MARGUERITE.
Et tu ne leur en as pas demandé la
cause ? | THIBAUT,
Je ven ai pas eu le courage. Dès que J'ai voulu continuer à leur parler de mes enfans, monseigneur a changé de propos.
Je me suis apperçu qu'ils avaient quelque afliiction secrète. Je ne savais comment me tirer assez vite de ce sujet : je me suis rabattu à leur parler de mes blés, en comptant Ce qui pourrait leur en revenir,
MARGUERITE
Et monsejoneur ne s’est pas mis en colère, lorsque tu lui as fait entendre que 11 ne pouvais pas le payer ?
THIBAUT, Non, du tout ; au contraire, Ecoute,
> ame | si suis !. ...
n’a fait ca- Quand jai eur qui ne TS Sa femutre avec € larmes.
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Dès que ‘ de mes e propos.
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iS en Co- 8 que LA
Ecoute,
Thibaut, m'a dit ce brave homme, il ne faut pas te désespérer, Retourne vers ta femme. Je vais faire mettre bientôt mes chevaux, et je me rendrai chez toi, Là, nous nous accorderons ensemble, Je t'ai regardé toujours comme un homme de bien,
et je prendrai tous les arrangemens que tu
voudras.
MARGUERITE, Est-il possible ? Voyons, combien pouvons-nous lui donner ?
THIBAUT
Dix-huit cents écus.
MARGUERITE
Juste ciel ! comme nous sommes loin de ce compte !
THIHAUT,
Il est vrai. Mais si nous avions sauvé notre bétail, si nos foins avaient rendu cette année, nous aurions de quoi payer cette somme, et une autre fois au-delà,
MARGUERITE
Ah, mon ami ! qu’allons-nous devenir.
THIBAUT
Ne perdons pas Courage, ma femme, 0$ Mains valent de l'or. T'ant que noùs
aurons de la force et de la santé, notre dette peut se payer avec le temps : c'est toute
ma consolation, Je moutrai bien vite d’étouffement de cœur, si je croyais qu’en met.
tant un écu au bout l’un de l’autre, je ne parviendrais" pas à la fin À me libérer.
As-tu rassemblé tout l'argent que nous avons chez-nous ?
MARGUERITE
Oui, mon ami ; je l’ai compté, et je l'ai mis dans le sac. (Elle va tirer d'un coffre un sac de cuir.) Il n’y a pas tout-à-fäit cent écus ronds.
THIBAUT
Îls y étaient pourtant, je crois ?
MARGUERITE
Il est vrai ; c’est que j'en ai tiré douze francs pour faire aller tant bien que mal notre ménage pendant quelques jours.
THIBAUT, la regardant fixement.
Mais, ma: chère femme, pouvons-nous tenir notre ménage avec l'argent d’un autre ? Bonté divine ! ne souffre pas que de pareilles pensées nous viennent Jamais dans l'esprit. Mets ces douze francs avec le reste, ma chère Marguerite.
MARGUERITE, avec Un SOUpir.
Oui, tu as raison, les voilà. (Elle met
les douze francs dans le sac, et va Penfermer dans le coffre.)
| vite d’é 1é THIBAUT, hr d'en met- l C’est bien, Nous n'avons plus qu’à rase, je ne sembler noshardes et nos meubles pour les libérer. abandonner à monseigneur. Nous ne garlue nous derons que les habits que nous avons sur le corps. De cette manière, nous pourrons nous présenter le cœur net devant lui.
Voilà le seul parti que nous ayons à prendre t je lai Pour r’être pas malheureux. (On frappe Pun cof- doucement.) ut-à-fait SEANNETTE, allant à la porte.
Il me semble que lon vient de frapper.
ui, je vois quelqu'un. (Ælle revient, et dit à voix basse :) C’est M. le Bailli. à ; douze THIBAUT, 1 ue mal M. le Baïlli ! Que me veut-il ? Nous 1 rs. n'avons jamais eu rien à démêéler ensemle, ns-nous MARGUERITE.
Pun au- Je me sens frisonner par tout mon corps. que de ous Sommes perdus, mon ami, la Justice is dans se met dans nos affaires. Je connais Je vec le Bailli. Il faut qu'il ÿ ait du malheur, puisqu’il s’en méle, THIBAUT le met Tranquillise-toi, ma femme, nous n’a-
enfer-
+ VOnS rien à craindre. ÆEmmêne tes enfans, et laisse-moi seul avec lui,
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e RG due re RE RE re ere ce rer
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faires.
MARGUERITE
Que me dis-tu ? Je ne veux pas te quitter.
THIBAUT
Non, laisse-nous. Si méchant qu’il soit, ilne n'effraie pas, Tu m'affligerais de rester. Sors, je l'en prie.
MARGUERITE
Puisque tu le veux, il faut t'obéir. (Elle se relire, en prenant Jeannette et Louison.
Le Bailli les rencontre à son Passage, et les salue. Les peliles filles, saisies de
frayeur, se pressent contre leur mère, et sorlent avec elle.)
mm ernannes SCENE VII.