LE BAILLI, THIBAUT
LE BAILLI
T'arpavr, ne l’ai-je pas vu passer tout-à- Pheure sur le chemin de la ville ?
THIBAUT,
Cela peut-être, M. le Bailli ; j'en reviens effectivement. Je suis allé rendre compte à monseigneur du mauvais état de mes af-
as te quit-
qu’il soit, gerais de
ir. (Elle
Louison.
Issage, et aisies de mère, et
r tout-à-
1 reviens compte mes af-
LE BAILLI
Comment ! sans me consulter !
êtes-vous arrangés ensemble ?
THIBAUT, h Non, pas encore.
LE BAILLI
Ah ! tant mieux ! Je suis venu t’offri
mes services pour te défendre contre lui.
THIBAUT
Contre lui? N'est-ce
qui vous a fait obtenir avez ?
Vous
pas monseigneur la place que vous
LE BAILLI
J'en conviens. Aussi Je ne veux agir ouvertement. soutenir en secret,
pas Mon dessein est de te
Je te donnerai un homme de loi de la ville, qui te ferait ga-
gner quand tu devrais perdre, Tu m’en-
tends ? ce qu’on appelle un grand coquin.
Il te servira bien ; C’est mon ami.
THIBAUT
Un grand coquin, votre ami ! Voyez ln sympathie, Je l'aurais deviné.
L' LE BAILLI, On ne prend pas ces choses au pied de la
lettre. Je veux dire un homme qui saura
te tirer Pers La circonstance t'est f&vorable, rsque Pannée se trouve extra.
ordinairement mauvaise, les juges accordent des ‘dédommagemens aux fermiers contre leurs seigneurs.
Et donnent-ils aux seigneurs des reprises contre leurs fermiers, quard l’année se trouve extraordinairement bonne ?
LE BAILLI Non.
THIBAUT
En ce cas, je n’irai point solliciter vos ju-
ges. Si j'avais gagné deux mille écus sur ma férme, monseigneur n'aurait eu rien à réclamer contre moi, Quand jy perds deux mille écus, je ne dois rien avoir à réclamer contre lui.
LE BAILLI
Tu méprises donc la justice, quand elle vient à ton secours.
THIBAUT
Je ne méprise point la justice ; Mais j’estime encore plus ma conscience. Si j'ai fait un marché qui ne soit pas contre la loi, la loi n’a rien à y voir. Elle aurait beau me décharger de mon engagement, l’honneur me condamnerait à le remplir.
LE BAILLI, Ton honneur ni ta conscien® ne souf
juges. accoriUX fermiers
s des reprid l’année se 1e ?
citer vos ju-
lle écus sur
t eu rien à :9
| y perds
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; mais j’es- €. Si j'ai ntre la loi, it beau me
l’honneur
» à Le
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FERMIER. 29 frent en rien dans cette affaire.
pas ta faute si tu as essu perte,
Ce n’est yé une si grosse
THIBAUT
Qu’en savez-vous ? Peut-être ai-je eu tort d'acheter à la fois tant de bétail. Je n’avais qu’à en acheter seulement la moitié, Je aurais pas tant perdu ; et il me serait resté de l'argent Pour payer mon fermage.
LE BAILLI
Ta faute ou non, elle est commise. Et
sais-tu bien à quoi tu l’exposes en te livrant
à la discrétion de M. de Verville ? il peut te faire emprisonner.
THIBAUT
S’ila ce droit sur moi, pourquoi voudrais.
Je le lui faire perdre ? Si] veut me traiter avec humanité, Pourquoi lui en dérober le plaisir ?
LE BAILLI
Quand il ne te poursuivrait gueur, il est mortel, et ses héritiers ne seront pas Si traitables. Au lieu qu’en recourant à la justice, tu peux te mettre à labri
de tout au moyen d’une quittance finale qu’elle te fera donner,
THIBAUT, Quoi ! la justice irait faire accroire à
Monseigneur qu’il est payé, avant qu’il ait dernier sou ? )
pas avec ri.
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LE BAILLI
Non ; mais après avoir pris connaissance de tes affaires, elle lui témoignera que tu es dans l'impuissance de le payer.
THIBAUT
Je rai pas besoin d’elle pour cela. Je le ferai bien voir aussi clairement à monseigueur. Il sait les malheurs qui m’ont réduit à l’état fâcheux où je me trouve. I] ne
peut pas maintenant prétendre plus que je
ne possède, LE BAILLI.
Sans doute : mais il faut toujours se mettre enrègle. D’abord, l’homme de loi que je te donnerai te dressera une requête pour me demander un rapport de Justice. Alors je ferai avec les experts une estimation de tes blés, puis un inventaire de tes meubles, et ensuite nous procéderons.
THIBAUT
Et cela se fait-il pour rien ?
LE BAILLI
Ce ne serait pas juste. Il ya les droits de ma place. Mais ce n’est pas toi qui les paies. Îls seront prélevés avant tout sur ce qui reviendrait de tes deniers à M, de Verville.
THIBAUT,
C’est donc autant de moine dé en re-
cevrait ?
Re RS
Es RD, Lonh mm a.
Ohhaïissance ra que tu es
r cela. Je t à monseiai m'ont ré- Juve, Il ne
plus que je
urs se metde loi que juête pour ce. Alors Imation de meubles,
les droits oi quiles ut sur ce . de Ver-
il en rc-
LE BAILLI
Que t’importe ?
PA THIBAUT
Comment, M. le Bailli, que m'importe ?
Je n'irai pas vous laisser palper une partie de mon arg=nt, vous à qui je ne dois rien, pour en frustrer monseigneur, à qui jai tant d'obligation des bontés qu'il a toujours eues pour moi.
LE BAILLI
Tu n’en serais pas moins quitte envers lui, Ilserait obligé de se contenter, pour sa créance entière, de l'abandon de tes ef.
fets ; encore t'en ferai-je conserver une partie, et ce que tu pourrais gagner ensuite serait pour toi.
THIBAUT
Ce n’est pas ainsi que je l’entends. Tout ce qui me reste aujourd’hui, je veux le céder à monseigneur ; et tout ce que je pourrai ménager ensuite chaque jour, après avoir nourri ma famille, Je le ramasserai pour m’acquitter peu à peu envers lui.
LE BAILLI
Y penses-tu, de vouloir t’épuiser de travail sans en tirer de profit ? Veux- tu pas-
ser ta vie entière à labourer pour les autres ?
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THIBAUT, avec sensibilité.
Ah! vous ne savez pas le plaisir que lon ressent à se trouver content de soi-
même ! Avec quelles larmes de joie je lui
apporterai de temps en temps le fruit de mes sueurs ! Quel bonheur je goûterai de pouvoir lui témoigner ma reconnaissance, de lui montrer qu’il ne s’est pas trompé sur Inon compte en me croyarx un honnête homme, et qu’en perdant toute ma petite fortune, je n’ai rien perdu de ma probité !
LE BAÏILLI.
Je vois, mon pauvre Thibaut, qu? tu
r’entends rien aux affaires.
THIBAUT
C'est-à-dire que Je ne veux pas vous ai. der à faire les vôtres. Croyez-vous que je sois la dupe de votre avarice ? Vous ne cherchez qu'à m’embarquer dans un procés pour en tirer du profit. Que n’alliez- Vous offrir Contre moi vos services à monseigneur ? Vous saviez qu’il avait trop de bonté pour vouloir achever ma ruine en me poursuivant avec rigueur ; et vous avez cru que moi j’aurais assez d’ingratitude pour
Chercher à lui soustraire ce que je lui dois si Justement ? Non, M. le Bailli, oubliez, Si vous voulez, ses services ; Moi, je veux m'en souvenir Jusqu'au dernier de mes
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Plaisir que lent de soide joie je lui le fruit de goûterai de nnaissance, trompé sur un honnête ma petite a probité !
ut, qu tu
a$ VOUS ai.
ous que je ous ne ns Un proe n’alliez. es à mont trop de line en me S avez Cru dde pour e lui dois , oubliez, » Je veux de mes
jours. Je n’ai pas eu besoin de vous Jusqu'ici, je saurai toujours m’en passer. Allez chercher d’autres pratiques à ces coquins dont vous faites vos amis.
LE BAILLI
Quoi ! tu oses m'injurier. Sais-tu que je puis tôt ou tard te faire sentir ma vengeance ?
THIBAUT
C’est moi qui vous ferais trembler de la mienne, si j'allais découvrir vos sourdes manœuvres à monseigneur.
LE BAILLI
Ah ! mon cher Thibaut, je t'en conjure...
THIBAUT
Sortez, lâche que vous êtes. Je ne suis pas plus capable d’abuser de mes avantages
que de vos conseils. (Le bailli se retire avec confusion.)