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à faire dans les champs. Quoique Valentin soit maintenant un seigneur, j'espère qu’il voudra bien nous aider. Ses mans Sont accoutumées à manier la bêche ; et travailler pour .vous, sera son plus grand plaisir. Laissez-nous faire. Chacun s’emploiera de bon cœur à sa besogne ; et tout sera fini avant que vous ayéz eu le temps d'y songer. Mais voici le brave Gervais. Que nous veut-il ? (Il se lève, court à lui, et le prend par la main.)
SCENE XIL M. DE VERVILLE, VALENTIN, THIBAUT, MARGUE- RITE, GERVAIS, GEORGE, JEANNETTE, LOUISON.
GERVAIS
J E venais voir, Thibaut, si tu es content de tes vaches.
THIBAUT
Ah ! mon cher voisin, je le suis bien davantage de ce que nous pouvons rester bons amis. Ton retour achève la Joie de ma journée. Viens lasseoir avec nous.
Je veux te mettre en présence du meilleur homme qu’il y ait sur la terre.
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154 L'HONNETE GER VAIS, en s’avänçant.
Que vois-je ? monseigneur ! | M. DE VERVILLE, ŒUeC un sourire.
Non, Gervais, je ne suis plus pour toi que M. de Verville. Ton seigneur actuel, le voilà. (En montrant Thibaut.)
GERVAIS
Comment donc, Thibaut ?
THIBAUT
Oui, mon ami, je le suis. Mais nous n’en serons pas moins familiers que ci-devant, si riche que je sois devenu.
GERVAIS
Je ne comprends rien à ce discours.
THIBAUT
Je le crois, il en embarrasserait bien d'autres. On ne trouve pas deux fois en sa vie un homme aussi généreux que monseigneur ; tant il y a que je suis maintenant, par sa grace, le maître de cette ferme et de ta métairie.
M. DE VERVILLE
Il est vrai; je viens de les lui céder en toute propriété,
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GERVAIS
Eh bien ! Thibaut, je te félicite de tout mon cœur de cette bonne fortune, et je n’en suis point jaloux. J'espère que tu seras (oujours pour moiun aussi bon seigneur que M. de Verville l'a été.
Ah! mon ami, que Je me trouve heureux de pouvoir reconnaitre la droiture que tu m'as témoignée ce matin ! Vois ce que tu aurais gagné à suivre les conseils d’un méchant homme. Pour deux misérables vaches, que tu aurais perdu un bon ami. Ma petite fortune t’aurait fait crever d'envie et de dépit. En me voyant devenir le maître de ta métairie, tu aurais tou- Jours eu la crainte que Je ne te misse dehors pour me venger, ‘Cette pensée aurait rempli ta vie d’amertumes, Au lieu de cela, tu trouves ur cœur à toi et à toute épreuve. Mon plus grand plaisir sera de C'obliger. Je puis commencer dès ce moment. Je te rends les deux vaches que tu m'as envoyées, et je te tiens quitte pour
* deux ans de ton fermage. (Gervais, dans
sa profonde surprise, ne peut prononcer une seule parole, et le regarde avec des Yeux fixes, et la bouche béante.)
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M. DE VERVILLE
ye Thibaut, je croyais que rien ne pouvait dé ajouter à la douceur que je goûtais de te | su faire du bien ; mais l'usage que tu en fais ne me pénètre encore d’une joie mille fois plus ge douce. (11 lui prend la main, et la serre.) qu THIBAUT. na Eh ! monseigneur, il serait bien mal à 11e moi de profiter de vos graces, sans profiter TI aussi de votre exemple. C’est vous qui vo m'avez mis en passe d’obliger mon voisin, et je vous remercie de ce nouveau plaisir.
GERVAIS, revenant à lui, et se jetant au cou de Thibaut. ( Ah! mon ami, comment pourrai-je me dés.
rendre digne de toi ! Rien ne me fait tant de peine que d’être hors d'état de te montrer ma reconnaissance. | J ; THIBAUT. | | Que dis-tu, Gervais? Dieu me préser- | ve de rendre jamais quelque service pour N avoir du retour ! Faire le bien ést une cho- um se merveilleuse, qui porte en elle-même pour son meilleur prix. Il fa GERVAIS, bg hs e fa Le ciel te bénira dans ta femme, dans she tes enfans, dans toutes tes entreprises ; et è ne.
moi, je ne penserai jamais à toi que les sis
yeux pleins de douces larmes Je désire déjæ ton bonheur plus: que le miert, : Je ne suis jaloux que d’une chose, c’est de l’honneur que M. de Verville t'a fait de manger avec toi. Ecoute, j'ai un agnemrgras que je voulais vendre. Je veux mainte-
nant qu’il serve à renouveler notre amitié.
Il faudrait que monseigneur, ainsi. que toi,
Thibaut, avec Marguerite et tes enfans, vous vinssiez tous en manger demain.
THIBAUT
Cely ne paraît fort bien arrangé, mon seigneur. Que vous en semble ?
M. DE VERVILLE
Je ne refuse rien aujourd’hui, THIBAUT.
Ni moi, certes. Mais, voisin, je retiens
un couvert de plus. Oui, monseigneur, pour madame. Elle manquerait à la fête, I faut qu’elle s’y trouve ; et Je défie alors tous les rois et toutes les reines ensemble de faire un repas plus Joyeux. C’est une journée bien étonnante, Gervais ! Nous sommes obligés, Marguerite et moi, d’alier en ce moment à la ville ; mais demain
nous te raconterons des merveilles qui te raviront de surprise, et qui te feront mieux: voir encore que la vertu, qui demeure ferme au milieu du malheur, reçoit toujours sa récompense,
TS
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