L'HONNETE VALENTIN
Non, mon père ; je dois vous le. dire, parce qu’ils vous le cacheraient peut-être, de peur d’exciter encore la générosité de Votre cœur. Je leur devais bien tous mes efforts pour les soins qu’ils avaient pris de Mon enfance, et je n'avais aucun mérite à travailler pour eux. Mais, quelque laborieux qu’ils, pussent être, mes bras leur étaient nécessaires. S'ils perdent mon assistance, c’est à moi de les en dédom, mager, Îl n’en est qu'un moyen. Par bonheur’ il dépend de la première. grace que j'ai à vous demander, et que vous ne me refuserez point dans ce moment de
joié, n'est-il pas vrai, mon père ?
M. DR VERVILHÉ,
* Oui, mon fils, parle, demande. Il n'est
RU
riéh que tu n’aies le droit d'obtenir.
VALENTIN,
Eh bien !. je vous en Supplie, donnezleur pour moi ces champs, puisque Je ne pourrai plus les cültiver pour eux.
THIBAUT, Gvec feu.
Que dis-tu, Valentin ?
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M. DE, VERVILLE, j
Ce qu'il dit? Ah! ce qui porte la joie dans le fond de mon cœur, en me prouvant combien le sien est capable de reconnaissance. Oui, mon fils, je suis sûr Maintenant de posséder bientôt ta tendresse, puisque je te vois si sensible à celle que ces braves gens avaiént pour toi. Thibaut; reçois cette ferme des mains de notre fils. ‘Je ne veux point. lui ravir le plaisir de te a donner. J'y joindrai seulement pour ma femme et pour moi la métairie de Gervais, qui l’appartient aussi dès ce moment.
: THIBAUT. a. ,
Arrêtez, monseioneur, arrêtez ; je vous demande grace. Ne nous accablez pas davantage. Comment Pourrions-nous jamais Nous acquitter envers vous ? Voulez-vous nous rendre ingrats malgré nousmêmes ? :
© M. DE VERVILLE
Ne commence done pas à l'être, en m°tant là joie de reconnaitre le don.que tu me fais. Un fils ne vaut-il pas mille fois les biens que je l'abandonne? Parle, donnerais-tu le tien à ce prix ?
THIBAUT, à
Vous avez toujours le secret de me confondre ; ainsi je vous laisse faire comme il
vous plaira. Ce’serait un crime à nous de batailler contre votre bonté. (11 se tourne vers Marguerite.) Ma chère fémme,.
nous étions ce matin hors d'état de payer la moitié de nos dettes, et voilà que. maintenant nous resorgeons de richesses ! Q mes enfans !: je puis donc mourir sans être inquiet sur votre sort ! Et toi, Valentin, quand je te perds, je te vois pourvu d'un père tel que tu le mérites ! Je crains que ma pauvre tête ne se dérange de tant de joie, | ra M, DE VERVILLE.
Tiens, Thibaut, il faut boire un coup
pour la raffermir.
THIBAUT
Voilà un conseil admirable, dont je veux profiter. (Après avoir rempli les verres
à la ronde, il se lève, Ôte son chapeau, et le fait tourner autour de sa tête.) Ailons, ma femme ; allons, mes. enfans.
(Voyant que George, Louison et Jeannette r’osent toucher à leur verre.) Al.
lons, vous dis-je, c’est un verre de recon:
naissance. Îl faut le vider jusqu’au fond.
Oui, Marguerite, tu as beau leur faire des signes, il faut qu'ils en passent par-là:
FORMIER,
ous de MARGUERITE, !à tourne ! Mais, MOn' ami, je crains. 1 | | emme,. A | payer 2 OPAIBAUT, l'interrompans, gr: | . Mäin- É T k ue 1. 0 ant mieux, ma :femme, Je veux quil “an leur en reste une petite pointe dans la tête, ji, Va. Pour qu'ils se Souviennent, 4 Jamais de ce een grand jour, aissans-les boire largement res à la santé de notre bienfäiteur. ‘Lots u’ils le tant Penseront dans Ja Suite à (out ce in a |} ; ait pour eux, ils lui rendront pour € aque goutte de vin mille fois plus de larmes de léCOnnaissance et de tendressæ Par coup Annez, Monseigneur, ils ne Sont pas enco- | re d’un âge » Fomprendre tout Pexcés de vos bienf : mais laissez-les grandir.
Aussi long + PS Qu'ils jouiront de la vie, vous serez béni par SUX et par leurs en- ‘VEUX fans, - ou 'erres YALENTIX, au, et
Ai- Oui, jose en répondre. pour EUX ; je connfans. nais leur bon cœur, mes chères peti- Jean- tes SŒurs, et toi, mon frère, jamais je n’ou-
Al- blierai Pamitié que vous avez eue pour moi R eCon. [A asse. on père, vous me fond. Permettez de Ménager chaque jour sur | edes
mes plaisirs, pour de feire Un établissement.
M. DE VERVILLE
Doucemert, je te prie, ne va pas sur mes droits. Je viens tout-à-l’heure de m’engager pour le trousseau de Jeannette,
VALENTIN
Et bien ! je me réserve George et Louison. Tu le veux, n’est-ce pas,. ma mère Marguerite ? | (Elle lui serre la main, et ne répond que par ses larmes.) Tu le veux aussi, mon père Thibaut ?
THIBAUT
Comment pourrais-je te refuser ce qui paraît te faire tant de plaisir ? Oui, je l'accepte pour toi autant -que pour moi-même.
J’y mets pourtant une condition que je vais proposer à monseioneur,
M. DE VERVILLE, Voyons, de quoi s’apit-il ?
| THIBAUT
Vous m'avéz dit souvent que vous et madame, vous désireriez avoir une petite maison de plaisance dans cette contrée pour ÿ passer la belle saison, Le, champ voisin est à vendre, Vous pouvez l'acheter pour y bâtir un petit pavillon à votre fane
pas sur eure de annette,
it Louila mêre nain, et
Tu le
ce qui Je l'ac- Même, Je vais
vous et
petite ée pour np voiacheter re fan:
taisie, De cette manière, nous vous aurons près de nous pendant la moitié de l’année, Je parierais que Valentin prendrait de la mélancolie, s’il lui fallait toujours être emprisonné dans la ville.
M. DE VERVILLE
Qu'en dis-tu, mon fils ?
VALENTIN
J’en serais charmé, je l'avoue; je ne respire que l'air des champs.
M. DE VERVILLE, GUeC un sourire.
À la bonne heure. Tu vois, Thibaut, que Je me rends plutôt à ta prière que tu ne las fait à la mienne.
THIBAUT
Cest qu'il y à de la différence. Mais je n'ai pas tout dit. Ce terrain est assez grand pour y planter un joli jardin, Vous me regardez, monseisneur? Oh! vous ne Savez pas encore tout ce que Thibaut peut foire. ; J'étais jardinier autrefois, et je n’ai pas oublié mon métier, : Je me charge
de vous arranger votre parterre si joliment,
qu'on vienne le voir de tout le pays comme -üne merveille.
GEORGE
Je prendtai pour ma part de creuser les canaux et les fossés, de faire les terrasses, ét dé planter les arbres de vos allées.
MARGUERITE
Et moi, je veux, avec mes filles, relever les plate-bandes, et les gérnir dé fleur
JEANNETTE
Noës y porterons les plus belles de notre jardin.
LOUISON, en sautant.
OK! quañdf serons-nous à l'otivragé % M. DE VERVILLE;
Y pensez-vous, mes amis ? Il faudra donc que j'aille labourer vos champs, tandis qüe vous vous octupere£ de thori patterre ?
THIBAUT
Ne pensdis-je pas que vous auriez en coré la malice de me conttarier ? Ecoutez; monseigneur, nous en serons plus expédis tifs à notre oùvrage, Et puis le meilleur temps pour travailler À votre jardin, c’est justement la saison où il y à presque rien