‹ L'honneur: comédie en quatre actesChapitre 11 sur 46 · Scène première · texte numérisé non relu

Scène première

M. MUHLINGK, M- MUHLINGK, CONRAD à gauche.

LENORE dans le rocking-chair, k droite, un livre à la main. Ils boivent le café que sert un domestique. Un autre domestiqu» dessert dans la salle k manger. |

Conrad. — Je te le répète, c'est un rude cheval. .,

MuiiLiNGK. —Mais cherl

Conrad. — Cher, mon Dieul oui.

M— MuHLiNGK. — J'ajouterai ce qui manque pour que ce soit une affaire faite.

Conrad, baisant la main de sa mire. — Bravo I man^an. Je pourrai donc me montrer à cheval à mes chers Berlinois. Toi aussi, Lori, tu pourras m'admirer.

LÉNORE. — Oui, mon cher Conrad, (eiu continue & ure.)

Conrad. — Lothaire Brandt et Hugo Stengel vont venir examiner la béte. Cela t'intéresse peut-élre, Lori?

LÉNORE. — Qu'ils viennent si cela leur plaît. Ils n'ont

rien h faire. (Elle jette les yeux sur la pendule. A part.) Mon

Dieu! que les heures se traînent! (Le domestique sort.)

M"* Mlhlingk. — Tu ne devrais pas parler si durement de ces messieurs, mon enfant, tu sais que Lothaire songe à t'épouser.

LÉNORE. — Vraiment?

M*« Muulingk. —Tu n'as donc rien remarqué?

LÉNORE. — Je n'ai pas fait attention, mère.

M— Mlhlingk à mi-voix. — C'est intolérable!

MuiiLiNGK. — Nous ne connaissons déjà que trop ce ton-là, mon enfant. L'orgueil qu'inspire la fortune paternelle doit avoir des bornes.

LÉNORE, se redressant. — L'orgucil qu'inspirc la fortunc paternelle?

MuHLLNGK*. — Comment expliquer autrement la façon dont tu repousses, depuis dix ans, les prétendants les plus riches et les plus estimables?... Je suis un homme simple, un bourgeois. J'ai eu des débuts modestes, j'ai fait mon chemin moi-même, grâce à mes efforts.

Conrad k part. — Et grâce... à un beau parti...

Muulingk. — Qu'est-ce que tu disais, Conrad?

Conrad. — Une exclamation admirative, rien de plus, papa.

Muhlingk. — Oui, je n'ai pas eu la vie aussi facile que toi, mon garçon. Prends exemple sur moi. Je n'aime pas jouer au parvenu et il ne me' plaît pas que

mes enfants tombent dans ce travers. C'est la seule manière de vivre en homme de tact...

Conrad, & part — Et à bon marché I

LÉNORE. — Je ne mérite pas tes reproches, père.

M"* Muhlingk. — Alors, daigne nous donner une raison...

LÉNORE, d'un air de reproche. — Maman !

M"* Muhlingk, nerveuse. — Oh ! Je t'en conjure I

LÉNORE, se levant. — MoH Dicu, pourquoi ne me laissez-vous pas arranger mon existence à ma guise. Je ne suis pas exigeante, je ne demande qu'une chose : avoir le droit de vivre pour moi-même.

Muhlingk. — Tu appelles cela ne pas être exigeante ! Et que deviennent alors les liens sacrés de la famille?

M"' Muhlingk, à son mari. — Eh! bien, tu vois! Depuis longtemps, je n'en dors pas.

LÉNORE. — A cause de moi, maman?

M"* Muhlingk. — Ces bizarreries de tous les jours, ces manques de tact! Qu'est-ce que cela signifie encore, par exemple, de faire dévaster nos serres pour envoyer un bouquet à un commis qui revient de voyage?

LÉNORE. — Tu veux dire Robert?

M"* Muhlingk. — Je parle du fils Heinecke.

LÉNORE. — Mais ce n'est pas un simple commis. C'est presque un enfant de la maison.

Conrad. — Merci!

M™* Muhlingk, avec douceur. — C'est-à-dire que nous l'avons tiré de la boue.

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