Scène IX
Les Mêmes, M"»» MUHLINGK, venant du fond, pui»
LENOHE de la gaurhe.
Conrad, à part. — Allons, bon! voilà maman! Ça va être du propre.
M"* MuHLïNr.K. — Oh! Conrad! Conrad!
(Conrad. — Oui, maman.
M""' MuiiLiNOK. — Quel chagrin tu causes à tes parents, mon llls! Penser que ton p^re a été forcé de traiter avec de pareils gens! Quelle honte! Quelle humiliatRm pour nous! a Linore qui entre. Qu'cst-cc que lu viens faire ici?
LÉNORE. — J^ai à vous parler.
Ml'iilinok. — Ça n'est pas le moment. Va dans ta chambre.
LÉNORE. — Non. papa. Je ne peux pas, en ceite circonstance, jouer le rôle de jeune fille muette. Puisque je suis membre de la famille, je veux, moi aussi, avoir voix au chapitre.
Mi:iiLiN<iK. — Que signifie ce ton solennel?
I LÉNORE. — il s'est passé, aujourd'hui, chez n<ius, un I événement malheureux.
MuiiLiNOK. — Pas que je sache.
, LÉNORE. — Vous n'avez pas besoin de dissimuler. Il { conviendrait évidemment, pour obéir aux lois de l'hy- ( pocrisie. qu'on nous impose à nous autres jeunes filles, que je baisse les yeux et feigne de ne rien comprendre. Mais, en pareil cas, c'est impossible. J'ai tout appris.
M"»" MriiLiNOK. — Kt tu n'as pas honte ?...
LÉNORE, avec amertume. — Oh! si, j'ai h«mte.
MunLiNGK. — Sais-tu bien à qui tu parles? As-tu perdu l'esprit?
LÉNORE. — Si mon ton est déplacé, pardonnez-moi. Je I voudrais vous toucher et non pas vous irriter. Peut- I être ai-je réellement été une mauvaise fille; peut-être n'ai-je réellement pas le droit d'avoir une idée à moi, du moment que je ne gagne pas moi-même mon pain... S'il en est ainsi, tâchez de me pardonner. Je ferai tout )»ourTous faire oublier... mais ayez pitié, rendez-lui son honneur.
MuHLiNOK. — Je ne te demanderai même pas: En quoi ce jeune homme t'intéresse-t-il? Mais dis-moi, qu'entends-tu par : lui rendre son honneur?
LÉNOitE. — Mon Dieu, ayez d'abord la bonne volonté , de réparer le mal, nous trouverons bien un moyen.
Mt'HLiNCiK. — Crois-tu? Assieds-loi, mon enfant. Je veux, fidèle à mon habitude, avoir, cette fois encore, recours h la douceur et essayer de te convaincre et de te ramener h la raison, quoiqu'une réprimande sévère fiH sansdoule mieux à sa place. Regarde ma léte grise. Beaucoup d'honneur s'y est accumulé, et pourtant je ne me suis jamais inquiété de ce qu'on nomme le sentiment de l'honneur! Ah! ce qu'on doit en avaler dans ce monde sans même oser dire « Hum » quand on veut arriver! Voici maintenant un jeune homme, auquel j'ai, à ce que lu prétends, enlevé son honneur. Admettons que tu aies raison. Je déplore profondément la légèrelé de Ion frère, mais qui dit que ce jeune homme a un honneur? D'où lui viendrait-il? Est-ce de sa famille? Ou de ma maison de commerce? Mes employés ne sont pas chevaliers de Malte... Enfin, tu prétends qu'il en a un, et que je dois le lui rendre... Par quel nu»y<*f>? Serait-ce en acceptant cette fille pour ma bru?
M"" MniLiNJiK. — Je t'en c<mjure. même en plaisantant, ne dis pas de pareilles choses.
MniLiNCK — Ce serait faire le malheur de ma famille et le mien. Ce jeune homme au c<mtraire a parfaitement le moyen de tirer son épingle du jeu. S'il ne le fait pas et si la* question se pose ainsi: <|ui doit être malheureux, nous ou lui? Je réponds, c'est lui qui doit être mafiieureux, car je n'en ai nulle envie. C'est ainsi que j'ai agi toute ma vie et tout le nu»nde me connaît pour un homme d'honneur.
LÉNORE, se levant. — Est-ce ton dernier mot. père?
MriiLiNGK. — ("est mcm dernier mot. Et maintenant, embrasse-moi et demande pardon à la mère.
LÉNORE reoule en frissonnent. — Laisse-moi, il in'CSt
impossible de mentir!
ML'HLiNr.K. — Qu'est-ce que cela signifie ?
LÉN(»RE. — Père, je sens que j'ai complètement tort