Scène XII
Les Mêmes, LÉNORE, puis M»* MUHLINGK Lknore, se pr«oipiunt. — Robcrt ! Aycz pitié.
Robert laisse tomber son arme et recule en chencelant, le visage dans ses mains. Conrad haletant s'afTaiise sur un fauteuil.
M"» MriiLiNGK, arrivant par le fond. — Ou'y a-l-il ? Conrad ! (Elle s'iiance vers lui.) Au sccours ! A l'assassin ! A l'assassin! Mais sonne donc, mon ami!
MuHLiNGK. — Du calme ! Du calme î 11 n'y a plus de danger. Qu'est-ce que vous attendez encore ? Partez.
Robert. — Comme un voleur, n'est-ce pas ? (Mouvevement de Unore) Oui, Lénorc, sachez-le ; j'ai fait des économies, je suis un voleur!...
Li^.NORR. — Père! Au nom du ciel, qu'avez-vous fait?
Robert. — C'est bon î Puisque c'est le jour de la liquidation, réglons nos comptes exactement, les comptes de la riche maison Mùhlingk avec les gueux du fond de la cour. Nous travaillons pour vous; nous vous donnons notre sueur et le meilleur de notre sang... Pendant ce temps-là, vous séduisez nos sœurs et nos filles et vous nous payez notre honle avec l'argent que nous vous avons gagné... et vous appelez ça des bienfaits! Je me suis usé les ongles et les dents à votre profit, sans demander aucune récompense. Je levais les yeux vers vous comme on les lève vers les saints. Vous étiez ma croyance, ma religion. Et qu'est-ce que vous faisiez, vous ? Vous me voliez l'honneur de ma famille, car elle était honorable tout en vivant au fond de la cour. Vous me voliez le cœur des miens, car tout misérables et gueux qu'ils sont, je les aime; vous me voliez mon foyer ; vous me voliez l'amour du prochain et la confiance en Dieu ; vous me voliez la paix, la pudeur et la conscience. Vous m'avez volé la lumière céleste, c'est vous qui êtes les voleurs, oui, vous !
MriILINGK, apris un silence. — Faut-il qUC jC VOUS fnSSO
jeter dehors par mes gens ?
LÉNORE, s'interposent. — Tu ne fcras pas ccla, père?
Mùhlingk. — Comment? C'est toi !...
LÉNORE. — H sortira d'ici librement, la tête haute. Sinon, père, fais-moi aussi jeter à la porte.
Robert. — Lénore, que faites-vous ?
LÉNORE. — Père, tu n'auras donc pas un mot de regret pour lui, pas un seul mot?
Mùhlingk. —Tues folle!
Robert. — Laissez, Lénore... Je penserai à vous avec... reconnaissance... tant que je vivrai. En vous quittant, je perds encore une fois ce qu'on appelle son foyer... Soyez bénie pour tout ce que... Adieu ! u se dirige vers la porte.)
LÉNORE, avec un ori passionné se jette sur lui. — Ne parS
pas... Ne pars pas!... et si tu pars, emmène-moi I
Robert. — Lénore !
Mùhlingk. — Que signi...
LÉNORE. — Ne me laisse pas seule!... Je me sens glacée entre ces murs! Toi aussi, tu es mon foyer... lu l'as toujours élé... Vois, je me suis jetée à ton cou, tu ne peux plus me repousser.
Mùhlingk. — Ah ! quel scandale !
LÉNORE. — Mon père, ne nous emportons pas inutile-