SCÈNE XI
BROGHILL, AMELY.
amély, surfont doucement de son appariement. C’était bien lui que j’avais vu descendre de cheval.
broghill, se retournant. Miss Amcly !
amély, jouant la surprise. Ab ! pardon , monsieur, je croyais trouver sir Robert dans ce salon.
broghill. 11 ne peut tarder à venir... je l’attends, ( Amély fait un mouvement pour s'éloigner .) De grâce, ne me privez passi promptement de votre prescuce.
( Moment de silence et d’embarras.) amély. A quelle heure a fini hier le bal de lady Sidney ?
brocrill. Je l’ignore ; j’en suis sorti presque aussilût que vous.
amély. C'est singulier 1 vous paraissiez tant vous y plaire !
BRoctULL. Sans doute... ce bruit, ce inonde, ces (leurs, ces salons clincclans de lumière, celte foule qui se croise et se heurte, tout cela séduit, cuivre, subjugue; mais au milieu de ce bruyant chaos, quand la tète s'exalte, quand le cœur bondit, ou cherche un bonheur isolé de tous les autres bonheurs, qui vous appartienne, qui soit à vous, à vous seul... alors vous apparaît une femme belle , parmi toutes ces femmes qu'on admire ; on ne voit qu'elle, toujours, partout ; on la suit des yeux à travers ce tourbillon où elle glisse légère et gracieuse... on se trouble à sa voix, on palpite au frôlement de sa robe, et si par hasard son bouquet s’échappe et tombe...
(Il cnlr’ouvre son habit et laisse voir un bouquet de bai.)
amély, vivement. Le mien !
broghill. Cependant, elle s’éloigne... .
elle quille le bal... dés lors tout s'efface ; lus de joie où elle n'est plus... Vousdéroant à cette foule glacée qui vous entoure, vous vous réfugiez dans la retraite... là , des souvenirs enivrans , des vœux sans nombre, une brûlante insomnie, et quand vient le jour enfin, uue résolution grande et forte.
amély. Et quelle est-elle?
broghill. De lui consacrer sa vie entière.
amély, réprimant un élan de joie. Ah!
prenez garde, mylord ; il y a des femmes naïves et franches, chez qui des paroles comme les vôtres restent gravées, des femmes étrangères à la coquetterie, jetant volontiers leur ame au-dehors et croyant sincèrement qu'on les aime , parce qu'on le leur dit... et peut-être parce qu'elles le désirent... à celles-là il faut la certitude d’un dévouement sans bornes ; car c'est ainsi qu'elles se dévouent j à celles-là, il faut un cœur exempt de tout vœu pour l’avenir, de tout regret pour le passé ; car elles sont jalouses cl de l'avenir et du passé.
broghill. Le passé ! ce mot m’apprend que mes erreurs ne vous sont pas inconnues; c’est dans leur aveu que j’en chercherai le pardon... Eh bien ! oui , en Italie.., à Venise... sous ce ciel qui brûle, dans ce climat où la raison s’égare si vile... une femme... la célèbre marquise d'Aquéia... Oh ! mais je ne l'ai jamais aimée, jamais... la séduction, la vanité], l’orgueil satisfait... rien de plus... comment son image aurait-elle trouvé place dans ce cœur où vous deviez régner un jour, vous si différente d'elle? Ah; croyez
moi, Amély, l'amour d’une jeune fille, cet amour si pur, si chaste, si vrai, cet amour qui m’embrase , est un trésor qu’on ne rencontre qu’une fois en sa vie..
Amély!.. ch quoi! pas un moi, pas un regard qui me fasse craindre ou espérer!
amély, qui Vécoutuit pensive et rêveuse , se ranimant tout- à-coup. Du bruit!., sir Robert !
( Klle s'entait précipitamment cl rentre dans son appartement.)