SCENE XII
BROGHILL , SIR ROBERT.
sir Robert, à la canfonnade. Oui , oui, daus un instant.
broghill, à part. Du calme et de la modération.
sir robert. allant ii Broghill. Puis -je savoir, monsieur, quel motif vous amène chez moi, dans un pareil moment, lorsque je vous croyais au milieu des électeurs assemblés, briguant tous les sulfrages et conquérant toutes les voix ?
broghill, qui a repris tout son calme .
J’ai su, monsieur, que vous vous absteniez d’y paraître et j’ai réglé ma conduite sur la vôtre... il me tardait d’ailleurs d’avoir l'honneur de vous voir.
.sir robert, vivement, Ah! je comprends.
( Il court ii une armoire, l’ouvre et en retire des épées et une boite de pistnleit.)
broghill, froidement. Que faites-vous là ?
sia robert. D’après la manière dont j'ai traité ce matin votre intendant, je ne doute pas que vous ne veniez me demander satisfaction.
broghill. Nullement; je me suis battu deux fois dans ina vie; soit hasard, soit bonheur, deux fois j’ai tué... je serai prudent à l’avenir.
sir robert. Pardieu ! si voire intention est de vous amuser à mes dépens.
broghill. Oh! telle n’esl pas mon idée , je vous jure, et c’est afin de vous en convaincre que je vous prie de m’accorder quelques moinens d'attention; ce que j’ai à vous dire est sérieux , très -sérieux, sur mon ame.
sir robert. Ail ODS , monsieur, puisqu’il le faut absolument.
broghill. Sir Robert, nous sommes à l'égard l’un de l’autre dans une situation des plus critiques... Un malheureux esprit de jalousie semble s’élre glissé entre nous, je ne désire rien tant que de l’éloigner et je viens réclamer votre aide., ne
restons pas ennemis... si nos goAls sont différées, poursuivons chacun noire car rière sans chercher à nous traverser.
Croyez-moi, plus de rivalité, plus de haine... un accord franc et loyal... la pais enfin.
( II lai tend la main.)
sir robert, se levant et la repoussant. I>a paix !
broguill. Rien tic plus facile que de la cimenter pour toujours... Miss Amély est votre cousine, je l’aime et j’ai lieu -de croire que mon amour trouverait grâce à scs yeux... elle est héritière d'un beau nom, le mien est noble aussi; elle n a point de fortune , j'eu ai pour elle et pour moi.
Vous voyez, sir Robert, que tout est pour le mieux..; accordez moi la main de miss Amély, et que l'alliance de nos maisons entraîne celle de nos cœurs.
sir robert. Miss Amély ne sera jamais votre femme, retenez bim cela, monsieur, jamais... j’ai d autres vues sur elle.
broguill. Des vues qui cependant ont besoin de sou approbation.
sir bobert, avec violence. Nide la sienne, ni de la vôtre, monsieur; je suis maître dans ma famille et je n entends pas qu'on m'y fasse la loi. Mon humeur est rude ?
n’importe , je n’en changerai pas pour vous plaire. Quant aux conséquences dont vous me parliez, je les brave; je me tiendrai, parbleu, en bonne posture d’attendre les événemens; je vous engagea en faire autant.
broghill. C’est ce que je ferai, monsieur; gardez-vous d’en douter.
sir robbrt. A la bonne heure, vous voilà qui prenez feu.
broghill. Sir Robert, je suis venu vous trouver, comme mon égal et non comme mon supérieur. . comme mon égal, je vous sommerai de changer de langage.
sir ROBBhT. El si je ne le voulais pas.
broghill, s'avançant vers lui avec emportement. Oh! alors!...