‹ L'honneur dans le crime drame en cinq actesChapitre 18 sur 46 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

BROGHILL, AMELY. Peuple.

( Broghill est debout sur le perron autour duquel se presse une foule confuse; dans le bosquet à gauche, Amély cachée ; derrière elle un domestique.. Au lever du rideau, des bravos et des applaudissement éclatent de toutes parts, puis le calma se rétablit , Broghill prend |a parole.)

Oui , messieurs , de reloar dans ce comté, après un an d’absence, mon premier soin devait être de vous rendre compte des pouvoirs dont vous in’avex investi... Malheur au député qui, dans la grande lutte du pays contre les gouver-

nans, trahit sa mission! Quelle est-

elle?... De conserveries droits du peuple et son propre honneur. Vos droits, je les

( Lcsappiaudissemen* redoublent. Broghill deateutl du j»e r oji au milieu de la plus vive agitation ; on I cutoure, ou le félicite.)

amély , sortant du bosquet et courant à lui. Ah! mou ami... quel triomphe!

( On t'éloigne peu Ji pen, tout le monde se relire, et se disperse dans le jardin ; Amély et ilrogliilf restent seuls.)

broghill. Tu étais là,?

ambly . Cachée S l'écart, j’ai tout vu, tout entendu... Je ne t arais pas prévenu que je viendrais, parce que lu me l'aurais peut-être défendu, et qu'alors il eût fallu t obéir, et nie priver du plus grand bonheur que puisse goûter une femme, qui met sa joie dans l'epoux qu’elle s’est donné.

broghill. Que tes paroles sont douces , et qu’on s’entendrait volontiers flatter par loi !

amély. De la flatterie!... Mais regarde donc autour de loi... cette fête dont lu le héros, ces honneurs qu’on te prodigue, ne te disent-ils pas assez ce que tu vaux et ce qu’on t'apprécie.

broghill. Ah! celle supériorité que tu me vantes, si je l'ai quelquefois ambitionnée, c’était surtout pour toi, Amély, pour toi à qui je ne voudrais rien laisser à désirer sur celte terre. Les femmes aiment l’éclat et le bruit... ce qu elles nous donnent en bonheur leur doit être rendu en estime et en considération.

amély. Eli ! qu’ai-je à souhaiter?.. Croistu donc que j’ignore tes succès?... croistu que ta réputation ne soit pas arrivée jusqu à moi ? Du fond de ce comté où tu in avais laissée en parlant pour Londres, je me transportais en idée auprès de toi ; je te voyais à la tribune; la Jtarole fière et rapide entraînait, subjuguait; puis un murmure d’admiration, des hommages sans nombre, les ministres pâlissant devant toi, ton nom volant de bouche en bouche et grandissant chaque jour’., ce nom, c'est mon bien, c’est celui de mon fils au berceau, ce sera son héritage de gloire et d’orgueil !

broghill. Oh! oui, tout pour notre fils... à lui le fruit de mes veilles et de mes travaux.

amély, vivement. Est-ce que tu songerais à retourner à Londres , à me fuir, à rentrer de nouveau dans le tourbillon des affaires ?

BROcmit. Non, plus de vœux qui te soient étrangers, plus de rêves d'ambition; j’ai paye ma dette à l’état ; je ne penserai désurniais qu’à mon propre bonheur, et c’est auprès de loi que je le place.

amély. Auprès de moi!.,, que cette assurance m’est chère!... C’est que, vois-tu, pour être nécessaire, tou absence n’en était pas moins pénible. A Londres , me disais-je, dans ces brillans salons qu’il fréquente, sont des femmes séduisantes pour tous, et peut-être pour lui.

broghill. Quelle idée !... Tu as pu soupçonner/...

amély. Ah! j’ai fait mieux que cela; pendant un moment j’ai cru que lu m avais oubliée pour la marquise d’Aquéia, celte étrangère célèbre par ses charmes, cette Vénitienne que tu as connue dans tes voyages. ( Viormrnt .) Ne dis pas que non , lu me l’as avoue autrefois , avant notre mariage , ne prévoyant guère que le hasard qui l’a conduite à Londres, vous rapprocherait pour mon supplice.

broghill, embarrassé. Et qui a pu te faire présumer ?...

» amély. Que sais-je?... tes lettres étaient si rares, si brèves et si froides!... et puis

des bruits vagues quelques récits sans

suite... On t’avait vu, à Hyde-Park, à cheval auprès du carrosse de la marquise....

tu accompagnais la marquise dans les rues... tu allais nu bal chez la marquise...

Que tedirai-je enfin ?.. une pauvre femme qui aime est si crédule, si facile à prendre l’alarme ! ( Mouvement de Broghili. } Oh ! mais non, je suis folle, avec ma jalousie!

Pardon, pardon , mon ami , de te parler d’autre chose que de ma tendresse.

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