‹ L'honneur dans le crime drame en cinq actesChapitre 27 sur 46 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

WILLY, BETZI.

willy. Ah! c’est loi, Uelzi?

betzi. Avant de se retirer dans son appartement , mylady m envoie savoir si mylord est rentré.

willy . Pas encore.

betzi , regardant la pendule. Dix heures passées... Est-ce qu’il serait ce soir de quelque réunion dans le voisinage f

willy. Igoorcs-lu que, depuis la fameuse assemblée du Léopard, il a totalement rompu avec le monde ?

betzi. Mylady a là-dessus d’étranges idées.

willy. Quelles idées?

betzi. Ce que tout le monde attribue à la catastrophe dont nous parlions, elle l'attribue , elle , à un cause bien différente : elle prétend que le jour de l’arrivée de mylord, avant l’événement, ils ont eu ensemble une conversation relative à certaine marquise d'Aquéia , que dans cette conversation elle avait déjà remarqué en lui du trouble, de l’embarras, qu’il n'était plus le même enfin.

willt. Etlà-ilcisus, voilà que son imagination travaille, n’est-ce pas? voilà qu’elle devient inquiète, soupçonneuse , et qu’elle rejette sur le souvenir d’une rivale adorée l’humeur sombre et fantasque de aon mari?

betzi. Mais c’est surtout depuis quelques jours que sa jalousie ne connaît plus de bornes : on lui a dit que la marquise , qui voyage , doit traverser incessamment ce comté , et s’arrêter en passant chez une de ses amies , dans le voisinage.

willy. La marquise ! la marquise !... il s’agit bien delà marquise... Mais non, les femmes... ça ne raisonne pas, ça rapporte tout à soi, ça ne juge que d'après ses passions ou scs intérêts... mylady comme les antres... Ali ! si l’on savait !...

betzi , vivement. Quoi donc?

wh.lt. Oh! rien... je ne suis qu'un curieux, un bavard.

betzi , piquée. Certainement, et je soutiendrai toujours que c’est une infamie d être sans cesse sur le dos de nnlord, épiant ses gestes et scs paroles... un si bon maître...

wtiLY. C’est justement parce qu’il est bon que je m'intéresse à lui, et que rien de ce qui le touche ne m’est étranger.

betzi. Fi ! c'est honteux ! ( Après un moment de silence. ) Est-ce que vraiment vous auriez découvert quelque chose?

willy. Iles choses merveilleuses... Eh!

mais uon , tu dirais encore que je suis un fou.

betzi. Bah !

willy. Au fait , je puis bien te conter ça , à toi, que je dois épouser... En parlant à sa moitié...

betzi. C’est comme si l’on parlait à soimême.

willy. Or donc, hier comme aujourd’hui, mvlord s’esquiva du château à la nuit tombante... Je le suivais de loin, évitant d’être remarqué , mais attentif à ses moindres mouvemens... 11 se rendit d’abord derrière la prison du comté... Là , se trouvait un individu enveloppé dans un large manteau , et dont il me lut impossible de distinguer les traits ; cet individu qui l’attendait vint à lui... la conversation fut longue et animée. Mylord étendit la main vers les vieux bâlimens de la prison , son interlocuteur secoua la tête ; mylord lui saisit le bras , qu’il serra convulsivement ; puis, se penchant à son oreille , y laissa tomber quelques mots. Il y eut un moment de silence; l’inconnu, après avoir réfléchi , fit un signe affirmatif; mylord en parut transporté de joie ;et tous deux se séparèrent ,

lui lentement, mylord avec une rapidité qui s’augmentait sans cesse. 11 marcha loug-tems sans but , sans projet , comme un homme qu’on poursuit et qui cherche à fuir ; pâle, haletant, couvert de suetir, épuisé de fatigue , il se laissa enfin tomber sur une pierre , et y resta fixe et immobile : c’était à l’entrée du petit bois, à la place où fut assassine sir Robert Asthon.

betzi. Grand Dieu !

willy. Je erns qu’il s’était évanoui, et j’allais m’approcher, quand il se releva

tout-à-coup Sa démarche était alors

lourde et pénible; il y avait dans tout son être quelque chose de bizaire et d’efliayant... Il se d.tigea vers le cimetière du village, y p nétra furtivement, et s’agenouilla sur une tombe : c’était celle de sir llobcrt i. .'h ton. (Betzi recule d’cjjrvi.) Quelques u inutes s'écoulèrent, pendant lesquelles je n’entendis que des sanglots puis soudain se redressant

brusque et furieux, il frappe du pied le marbre sépulcral , et s’enfuit en proférant d'horribles imprécations... Je voulus de nouveau courir après lui... il avait disparu... Rentré au château, je le trouvai là, dans ce fauteuil , triste , pensif, mais calme !

betzi. Et ce matin ? aujourd'hui?.,, vous n’avez rien remarqué?...

willy. Oh! si fait.

( il vacuntinucr ; on cntcudau dehors la voix de bragliill ; il se replace vivement au bureau cl reprend le livre qu’il leuail. BeUi effrayée va pour s’enfuir, Bmghill entre précipitamment, suivi de Ftukarl et de deux gardes armes de luuls.)

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