SCÈNE IV
BROGHILL, WILLY.
rhoChill, debout devant la pendule. Dix heures et demie!... A onze heures il sera ieü... car l’entreprise doit réussir... de l’or, tout l'or que je possède, pourvu qu’elle réussisse. (S' approchant de IV iily .) Ah! ah! tu étais la, Willy ?
w-illy. Je lisais en attendant le retour de mylord....
broghill. Et que lisais-tu?
WILLY. Ce traité de morale législative.
BROGHILL. La morale ! la législation ! pitoyables rêveries!.. maudit soient mille fois le monde et les lois qui le gouvernent, la vertu, la justice , toutes jongleries de fripons!... j'abîmerais l’univers entier dans le néant si j’en avais la force.
willy. Est-ce bien vous, roylord, qui parlez de la sorte?... vous, qui jadis....
BROGHILL. Jadis!... qu'entendex-vous par jadis?... Selon vous, depuis quand «'est donc opéré en moi ce changement inconcevable ? depuis l'époque où le crime fut commis, n'est-ce pas ... Oui, monsieur, oui , c’est de cette époque... plût au ciel
? [ue cet affreux souvenir fût à jamais efacé !... mais loin de s’anéantir, il est devenu pour moi une source de calamités toujours nouvelles, udc source intarissable ! N'est- ce pas assez que j'aie été déshonoré publiquement et qu’on m’ait soupçonné d’avoir cherché vengeance dans un meurtre. (Willy fait un mouvement.) On m’en a soupçonné... et c’est quand personne n'hésite plus à me rendre témoignage, que, seul, vous semblez encore douter de mon innocence... Soyer satisfait , vous m'avez mis assez bas.
(Des sanglots étouffent sa voix; il se tourne en se couvrant la figure de main».)
WILLY. Ah! comment supporter l’idée du mal que je vous cause? comment oser regarder en face le meilleur des maîtres, le meilleur des hommes? Je vous aime, je vous vénère plus que je ne puis l'exprimer ; je mourrai pour vous servir; oui, roylord, oui, je suis un insensé, on étourdi, sans jugement et sans expérience... je suis cent fois pis que tout cela... mais jamais une pensée coutraire à la fidélité que je vous dois n’est entrée dans mon sme.
broghill, i Ivemrnt. Bien , très-bien !
celle assurance m’est précieuse ; il est si doux, lorsqu’on souffre comme moi, d entendre raisonner A son oreille des paroles Affectueuses. Je t’ai brusqué, Willy.,, l’eu m#l d* ma parti,, oublie ceU...
quant 1 moi , je ne veux plus voir en to> qu'un, ami dont le dévouement m'est assuré.
willy. A la vie, A la mort... je vous l’ai dit, et puissé-jc bientôt vous le prouver!
broghill. Tu le peux.
willy. Où ?... qua id?... comment’’...
broghill. Cette nuit , à l’instant même.
willy. Que faut il faire?
broghill. Rends -toi mystérieusement dans les écuries du château ; tu selleras A la hâte' un cheval... le meilleur, le plus vigoureux... tu le feras sortir sans bruit, et lu le conduiras sur la grande route, à l’endroit où le chemin se partage.
willy, rrjffér hissant. A l’endroit où le chemin se partage.
broghill. Là, tu rencontreras un inconnu.
willy, à part. L'homme au manteau; c’est sûr.
broghill. Tu ne lui adresseras aucune question.
willy. Pourquoi cela?
broghill. Parce qu’il ne te répondrait pas.
willy. C'est différent.
broghill. Tu lui laisseras le cheval , et tu reviendras immédiatement me rendre compte de ta mission.
willy. Et nuis?
broghill. Rien de plus.
willy, à part. Tiens, c’est drôle! Enfin, c’est égal, je comprendrai peut-être plus tard.
broghill. Du zèle, et surtout de la discrétion.
willt. Oh! soyez tranquille, mylord...
discret comme la tombe.
( A ce mot Broghill frémit ; Willy. à qui ce mouvement n’a point échappé, s’arrête, les yeux fixés sur son maître. Muni, ni de silence , on entend sous ta fenêtre trois coups frappés dans la main.).
broghill, avec joie. C’est lui.
willy. Du bruit!... sous celte fenêtre!...
broghill. Non, non, lu te trompes.
willy. Ah ! si je n’avais pas promis d’être discret...
broghill. Mais va donc.
(11 le pousse dehors, referme vivement la porte et court à U fenêtre, qu’ l ouvre. Dougtou cotre ; tous deux se regardent quelque tenu sans parler. Onxe heures sonucul..