‹ L'honneur dans le crime drame en cinq actesChapitre 3 sur 46 · SCÈNE U · texte numérisé non relu

SCÈNE U

BETZI et WILLY.

wiuy , entran/ vivement par le Jond. Ici, elle est ici, m’a-t-on dit... Ah.' U voilà!

( Allant à elle.) Belzi.

betzi , se retournant avec surprise. Willy!,. je vous avais pourtant défendu, monsieur, de vous présenter au rhâleau.

willy . Oui... mais comment résister au bonheur de te voir, de le parler de nia tendresse Depuis deux jours je t’ai attendue dans les environs, où tu vas te promener d'ordinaire... par hasard... mais bah!

c était connue un fait exprès, lu n’y es pas venue... Oh ! ma foi, dès lors, pas moyen d’y tenir, et j’arrive.

betzi. Pour repartir sur-le-champ.

willy. Pourquoi donc cela?

betzi. Parce que vous êtes le secrétaire de M. Broghill, que je suis la femme de chambre de iniss Amély, que miss Amély est la pupille de sir Robert Ashton, et que sir Roheit Ashton ii'uiuie p is assez M Broghill, votre maître, pour voir de bon oeil la présence de ses gens au château.

willy . Et pourquoi sir Robert n'aimel-il pas M. Broghill?

betzi. Parce qu'ils sont ennemis déclarés : c'est counu de tont le inonde.

willy. Et pourquoi sont-ils ennemi* déclarés ?

mri, Impatienté t> Ah I pOUfti«ol? pouf*

quoi?... Tenez, Wiliy, c’est dommage; mais, entre nous, vous avez un bien vilain défaut ; vous êtes curieux à l'excès, et votre curiosité finira par vous jouer quelque mauvais tour.

willy. Allons donc , c’est à elle que j’ai dû tout ce qui m’est arrivé d'heureux dans ma vie : ce serait de l’ingratitude d’y renoncer ; sans ce désir si vif, si pressant , auquel je n’ai pas la force de résister, je l'avoue ; sans ce besoin de chaque iustant de voir, d’entendre, de connaître , me serais-je jeté à corps perdu dans l 'étude ?... aurais je cultivé les arts, les sciences, la littérature?... enfin, me serais-je rendu capable d’occuper auprès de lord Broghill la place qui m’est confiée?... Et puis, voistu , Betzi , quand on n’a jamais su, comme moi , qui l’on est , d’où l’on vient ; quand on n’a jamais pu découvrir même le nom de ses parens ; quand on est un enfant do hasard , et qu’on se dit chaque jour : Je suis peut-être le fils d’un lord , d un duc et pair d’Angleterre... oh ! alors la tète se monte , on observe , on questionne , et peu à peu on en prend tellement l'habitude qu'on finit par ne plus s’en apercevoir.

betzi. Oui , mais les autres s'en aperçoivent, et c’est fort laid, monsieur, je vous le répète.

wiliy. Puisque c’est plus fort que moi.

betzi. En vérité?

willy. Parole d’honneur; enfin, c’est au point qu’il y a des jours où c’est une fièvre , un délire ; je donnerais ma tête pour décacheter une lettre, ouvrir une porte , saisir quelques mots d’une convcr-

■ ation qui souvent ne me regarde pas

Oui, le diable me pousse... tout ce qui est mystère , tout ce qui est secret , devient pour moi du fruit défendu , et , bon gré mal gré, il faut que j'y eoûle.

betzi. O (non Dieu! monsieur, vous m’effrayez : c'est une monoinanie, une fureur, une véritable maladie... Je ne veux plus être votre femme.

willy. Que dis-tu là?

betzi. Prendre pour mari un curieux.'...

willy. Sotte que tu es, il n'aurait pas de relâche qu’il n’eût découvert toutes tes qualités.

betzi. Et tous mes défauts... sans compter les acculons ; non , non, pas de cela.

willy. Allons , voyons , ne te fâche pas, ma Betzi , je me corrigerai. ( Après un moment de silence , regardant autour de lui.) Comme c’est gothique ce château d'Ashton!

quelle différence avec la jolie maison mo-

derne que lord Broghill a fait bâtir depuis son retour de France!... Dis-moi donc, Betzi, est-ce que c’est là l’appartement de miss Amély?

betzi. Sans doute.

willy. Ah !... Et de ce côté?

betzi. I.e cabinet de sir Robert Asthon.

willy. Et cette petite porte à droite?

betzi, partant d’un éclat de rire. Ha ! ha !

ha! comme il se corrige!

willy. Tiens, au fait, moi, qui n’y pensais plus ! Oh! mais , sois tranquille, Betzi, une fois marié , je ne veux plus ni voir, ni entendre : je suis sourd et aveugle.

betzi. A la bonne heure.

willy. Et d'abord, pour commencer.

betzi. Chut! voici miss Amély qui rentre de sa promenade . il ne faut pas quelle vous trouve avec moi.

willy. Est-ce qu’elle serait comme sir Robert , son cousin ?... est-ce qu’elle détesterait M. Broghill et tout ce qui l’approche ?

betzi. Encore des questions?

willy. Non, non, je me sauve , je cours vite aux élections... Dieu! ce sera-t-il curieux !... des cris et des trépignemens ! des discours et des coups de poings, comme s’il en pleuvait!... Dis donc , si nous sommes vainqueurs, j’aurai soin que le cortège de mon maître défile sous tes fenêl res pour te faire voir notre triomphe cl faire mourir de dépit cet ours de sir Robert Ashton.

Adieu ! ma petite Betzi.

( 11 l’embrasse et sort en courant.)

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