DOMESTIQUES
rrogbill , ù Flokart et aux domestiques , qui achèvent de ranger. Bien , trèsbien! que rien ne soit épargné. ( /Vokart et tes domestiques s'éloignent.) Je veux que la fête de demain étonne par son éclat et sa magnificence ; un bal ! un concert !
nn souper splendide!... toute fa noblesse des environs !... des femmes charmantes...
(Allant il / f iily qui le contemple et qu’il n'a pas encore remarqué.'] Que fais-tu là ?
willy . J’ai pitié de vous, mylord.
broghill. Pitié ! . . —
willy. Ce doit être un horrible combat que celui que vous vous livrez en ce moment.
obocrill. La joie n’est-ellc pas sur mon front? le sourire sur mes lèvres?
willy. Oui, mais dans votre ame?
BROGHILL. Tais-toi!
willy. Nous sommes bien à plaindre tous les deux.
broghill. Encore !
willy. El pourtant , quelles que soient vos souffrances, elles n'égalent pas les miennes.
broghill, avec intérêt. Tu souffres, toi, Willy!... Parle, dispose de ma fortune, de mon crédit... pour toi, je suis prêt à tout faire.
willy. Tout!... Ab! s’il m’était possible d'espérer... (Se rapprochant vivement.) Mylord, il y a bientôt six mois... c’était, je crois, la veille du jour où devait être exécuté le fermier Houglon, que Dieu sauva...
broghill. Passons, passons...
willy .Je me trouvais, la nuit, dans votre cabinet, agenouillé devant un coffre , que j’avais ouvert... vous avez su depuis , dans quel but, et par quel ordre...
broghill , brusquement. Pourquoi me rappeler cette scène?
willy. Parce qu’elle a été la source de tous mes maux... Au reste, je n’ai ni plainte ni reproche à vous adresser; et soyez convaincu qu’en quittant le château, avec votre permission, que je sollicite en ce moment, je n'emporterai d’autre souvenir que celui des bontés dont vous m’avez jadis comblé.
broghill. Quitter le château!... y pensez-vous?...
willy. Mylord est trop juste pour se refuser à une demande d’où dépend mon repos.
broghill. Et le mien, monsieur? et le mien?... croyez-vous qu’il faille le risquer^
willy. Oh ! rassurez-vous , tant que je vivrai, mon cœur sera fermé à tout ressentiment, ma bouche à toute révélation dangereuse... Que décide mylord?...
BROGniLL. Que vous êtes un fou ou un traître... Si vous êtes un fou, je dois me garantir de vos extravagances; si vous êtes un traître, je dois vous ôter la faculté dénié nuire... Avez-vous oublié que vous m’appartenez?...
willy. Toujours ce mot fatal!
broghill. G est votre arrêt.
willy. Mais cet arrêt, qui m’a mis sous votre dépendance, et qui a fait de moi un martyr de chaque jour , de chaque heure, de chaque minule, cet arrêt ne m’a déjà été que trop funeste... Je suis votre prisonnirf, voire esclave... mes paroles, mes actions, tout est épié, surveillé ; je en puis un mouvement à droite ou à gau-
chèque l'œil de mon gardien ne soit ouvert
sur moi ; sa vigilance est une torture pour mon cœur... lins de gaîté, plus d insou cianre, plus de jeunesse. . Un atni me tend-il la main pour rn attirer à lui? il faut cpie je la repousse... une femme qui a compris ma tendresse sourit - elle il mes rêves de bonheur? il faut que son sourire me laisse froid et glacé... Ut pourquoi;' parce qu'il ciiste dans le monde un homme, appelé lord Broghill, qui en a tué un autre, appelé sir Robert Ashton, et que, je sais cela, moi... IN est -ce pas pitié, mon Dieu !...
broghill. Si tel est votre sort , n’en accusez que vous-même... Votre situation est misérable, j'en conviens; mais rien ne pourra la changer.
wiily. Mon? eh bien I moi , je vous déclare qu elle changera, et des cet instant je vous somme de chercher un autre secrétaire ; je ne suis plus à votre service.
rroghill. Vous ne le quitterez qu’avec
la vie N’allez pas croire que j ai peur
de vous; j’ai tout prétu; j’ai creuse un abîme sous vos pas, eide quelque côté que vous veuillez remuer, il est prêt à vous engloutir... Si une fois vous y tombez, vous pourrez appeler si haut qu il vous plaira , il n’y aura pas d’hoinine sur terre qui entende vos cris.
vvilly. Je n’en pousserai qu’un; prenez garde qu’il n’éveille le bourreau qui dort.
broghill. Des menaces !... Ah! traître...
dis ce que tu voudras , nul ne te croira, cl tous t’auront en exécration comme un vil imposteur.
m illy. Et c’est le coupable qui parle ainsi à l'innocent!
rrogrill. J’ai juré de conserver à tout prix tna réputation ; a l'abattement du remords a succédé en moi une énergie nouvelle ... n'essaie doue pas de le le«cr contre moi, car je t'écraseras... Adieu...
[Reo liant sur ses pus,) Quant b votre pro jet de fuir du château, croyez-moi, rcnoncez-y; ce serait une folie, dont vous auriez à vous repentir ensuite toute votre vie.
(H entre chet *a femme.)