‹ L'honneur dans le crime drame en cinq actesChapitre 6 sur 46 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Sra ROBERT , AMÉLY.

sir robert, se laissant tomber sur un fauteuil.

Ce coquin d’intendant ! Dieu me damne , je crois qu'il avait pris à tâche de me braver !... en l'écoulant il me semblait entendre l’insolent Broghill lui-même Bro-

ghill ! son nom seul m’exaspère

Avant son retour de France, avant que la nouvelle de la mort de sa mère , venant le surprendre au milieu de ses voyages, l’eûl rappelé dans ce comté , où il s’établit pour mon malheur , chacun me témoignait de l’estime , de la considération , j’étais le premier du pays ; à présent tous les voeux , tous les nommages sont pour lui , c’est à qui chantera ses louanges, c'est à qui l’exaltera à mes dépens...

et moi , repoussé , dédaigne , je dévore en

silence ma honte et ses triomphes Ah !

c'est un horrible supplice !... que je souffre !...

(Moment de silence.)

amély , s'approchant de lui. Vous souffrez ?...

sir robert, sans la regarder. Et que vous importe à vous qui ne me comprenez pas ?

amély. Je comprends que vous êtes malheureux, et je vous plains.

sir robert, se tournant doucement. Vous, Amély !

amely. Quoi de plus affligeant que de voir dans la peine les gens qu on aime!

sir robert. Tu m'aimes donc?

amély. C omme mon meilleur ami, mon guide , mon soutien , mon tuteur. ( Attachant sur lui ses regards. ) Il y a bien des jours que vous ne m’avez embrassée.

sir robert , souriant. Tu crois ?

( 11 l'attire A lui et l’embraue.) amély. Autrefois vous m’appeliez votre Amély , et maintenant...

sir robert. Maintenant...

amély. Vous me rendez bien malheureuse.

sir robert , avec douceur. Malheureuse !

toi !... et comment ?

amély. D’abord par vos brusqueries,

f iar vos colères continuelles... c’est si vi-

ain la colère ! et puis ensuite vouloir;

que j’époujeM. Jakman!.,,

sm robkrt, changeant de ton. Ah! nous y voilà ! toujours vos idées romanes-

ques !... Lord Broghill ne vous sort pas de la tête!... vous adorez lord Broghill!... vous êtes folle de lord Broghill , et au besoin vous aimeriez mieux devenir sa maîtresse que la femme d'un brave et honnête homme !

amély. Arrêtez , monsieur, ai-je jamais rien fait qui autorisât vos odieux soupçons?

sir robert, avec violence , se levant. Taisez-vous.

amély. Oh ! ne criez pas ainsi ; je ne suis qu’une femme ; mais une femme dont la volonté ne pliera jamais .lorsqu’on tentera de la briser... Sir Robert, j’ai été habituée à vous obéir, et je vous obéirai toujours en ce qui sera raisonnable... raisonnable , entendez-vous 9 ... et rien de plus... Je connais mes obligations envers vous, mais je connais mes droits... La tutelle que vous exercez sur moi est expirée depuis un mois : je suis majeure, monsieur, et si vous l’oubliez, je serai forcée de m'en souvenir.

sir robert. Quel langage !... et c’est vous qui me parlez de la sorte!... vous, élevée par les contés de ma mère, vous, la fille d'un coquin d’Ecossais qui a mangé jusqu’au dernier schellmg de ma tante Lucy, et qui ne vous a laissé que son nom ! ^ amély. Et sa fierté... Les Lowbarn valent bien les Ashton, mon cousin.

sir robert. Qu'ils les vaillent ou non, je vous déclare que nul ici ne fera vos volontés. V *•

amély. Pas plus,qù$ Je ne ferai désormais celles des autres.

sir robert, hors de lui. C'est ce que nous verrons!

amély, souriant. Chut!., on vient... justement c’est votre protégé... je vous laisse ensemble. Adieu...

sir robert. Demeurez.

amély, galment. En effet, cela m’amusera.

Page 1