ACTE I
n’a pas vu sou père. Oli ! j’étais bien petite, et pourtant je mon souviens. Quand nous allions le voir à sa pension, maman et moi, tes occupations ne te laissaient pas lo loisir do nous accompagner... Et déjà Paul nous disait de sa toute petite voix : — 11 va bien, mon papa? pourqnoi donc ne vient-il jamais voir son petit Paul? — lit nous lui répondions : — Tu le verras dimanche. — Mais le dimanche arrivait, on laissait sortir Paul, et tes vilaines affaires te tenaient éloigné du samedi au lundi... Plus tard, Paul a sauté du collège a Saint-Cvr... On ne lui a accordé que quinze jours à nous donner. Mais Ta fatalité ne s'était pas lassée; tu étais parti la veille pour la Touraine. Nous t'avons bien écrit que Paul était ici... La lettre s’est égarée, et tu l’as reçue le jour où Paul était reparti... Au sortir de Saint- Cyr, l’armée lé réclamait. Je ne sais plus où tu étais alors, mais je sais bien que lu n'étais pâs là pour recevoir ses adieux. Depuis il a eu un congé... Mais pourquoi en dire si long? Depuis l’âge de cinq ans, il n’a pu venir ici jamais qu’en ton absence... Est-ce vrai, mon père, est-ce vrai ?
MAURICE
C’est vrai, Mathilde; le sort l’a voulu ainsi sans doute.
MATHILDE
Et quand aujourd’hui le sort daigne enfin t’oublier, quand, pour la première fois depuis si longtemps, tu peux revoir tou fils, c’est toi qui no veux pas, c’est toi qui veux partir 1 Oh! non, mon père, ce n’est pas possible ! n’es -ce pas, tu resteras?
MAURICE
Mon enfant! ma fille!... aie pitié de moi... Tu ne peux savoir ce que je souffre à le refuser...
Ainsi, vous me refusez I Oh ! je n’insiste plus, car j’v vois clair... Qui me dit que Paul se tromperait en pensant cela?
MAURICE
Comment !...
MATHILDE
Qui me dit que lorsqu’il vous trouvait absent, le hasard causait votre absence?
MAURICE
Que dis- tu ?...
MATHILDE
Jusqu’ici j’avais cru que le sort vous servait mal... Que Paul arrivait toujours quand vous deviez partir... Je vois que vous partiez toujours quand il devait arriver... Pourquoi, par exemple? Dieu le sait !
MAURICE
Tu te trompes, Mathilde, je te le jure...
L HONNEUR DE LA MALSON
MATHILDE
\ ous ne fuyez pas la présence de mon frère ?
MAURICE
Mais pourquoi veux-tu que je la fuie ?
Ce n’est pas son arrivée qui te force à partir T
MAURICE
Non, sans doute, mon enfant... et je regrette aussi vivement que toi...
MATIIILDE.
Bien vrai?...
MAURICE
Bien vrai !
MATHILDE
De sorte que si, au lieu d’arriver demain, Paul était venu aujourd hui, tu aurais été bien aise de passer au moins cette journée avec lui ?
MAURICE
Mais certainement, ma fille !...
MATHILDE
Oh! mon bon père, que je suis heureuse I Réjouis-toi donc alors, et sois heureux aussi... tu vas le voir, l’embrasser... il est ici...
MAURICE, à part.
Il est ici!...
mathilde, ouvrant la porte de gauche.
Paul, viens donc ! viens doncl... tl nous écrivait bien qu’il viendrait aussi vite que sa lettre. ( Paul entre. — Lui montrant Maurice.) Tiens... le voilà... c’est lui... [Elle le pousse vert