I.A BARONNE
Mais non... une seule...
M AUPREUIL.
Pardon... deux fois! La première, c’était chez vous, ici : je l’v ai vue dans ce charmant embarras qui sied si bien aux jeunes fifles, rougissant pour un mot, baissant les yeux sous un regard , timide sans pruderie, simple, enjouée, sympathique enfin ; et je suis sorti de chez vous, emportant dans mon cœur un truuble inconnu. Depuis ce temps, son image enchanteresse ne m’a plus quitté.
la baronne, avec dépit.
Quel fou !...
malbrecil.
Cela vous étonne !... Ah ! c’est qu'on ne sait pas à quel point ils sont jeunes, ces vieux soldats que leur extérieur ferait croire insensibles et froids : ce sont des enfants , ma cousine. Nous n’usons pas notre cœur en Algérie ; nous n’usons que son envcveloppe, et nous revenons avec une âme toute neuve, toute accessible, dans un corps endurci , vieilli , souvent même goutteux et perclus; enfin , nous revenons avec notre demi-siècle , moins blasés quelquefois que nous ne l’étions en partant, avec nos dix-neuf ans.
LA BARONNE
Comment ?
MAUBREÜ1L.
Ah ! c’est qu’alors nous ne rêvions que brillant uniforme, que conquêtes flatteuses ; nous n’avions pas d’amour , mais de la fatuité, mais de l’orgueil; nous ne cherchions pas do l'affection, nous voulions des victimes. Etre aimés ! la belle affaire !... Etre vantés, c’était l’important !