ACTE II
LA BARONNE
En effet!...
MAUBREUIL
Le sentiment qu’elle m’a inspiré devait être le châtiment de ma conduite... je souffrirai ce châtiment sans me plaindre : je l’ai mérité.
LA BARONNE, 0 part.
C’est bien fait, je suis vengée... ça lui apprendra ! (Haut.) En vérité, mon cher Maubreuil, vous êtes un amoureux complet : vous n’avez pas seulement l’ardeur d'un jeune homme, vous en avez aussi toute l’étourderie.
MAUBREUIL
Que voulez-vous dire?
LA BARONNE
Je veux dire qu’après vingt ans, épouse d’un homme qu’elle estime et qu’elle aime, madame de Cnennevières ne se souvient seulement pas que vous l’ayez offensée?
MAUBREUIL
Quoi ! vous pensez !...
LA BARONNE
Je pense que si Elise vous a aimé jadis, c’est qu’elle vous jugeait digne d’amour, et qu’elle ne pourrait blâmer aujourd’hui les mêmes sentiments dans sa fille. Elise n’est plus une femme, mon ami, c’est une mère I Et d’ailleurs, pour obtenir votre pardon, n’avez vous pas près de madame de Chennevières une amie dévouée?
MAUBREUIL
Et cette amie...
la baronne, lui tendant la main.
Ingrat!... Est-ce que vous doutez d’elle?...
MAUBREUIL
Que vous êtes bonne !...
la baronne, soupirant.
Je n’ai plus que ça à faire.
MAUBREUIL
Mais vous entreprenez une tâche bien difficile!...
LA BARONNE
Impertinent! Est-ce que je m’en chargerais sans cela?... Je ne vous dis pas que j’amènerai madame de Chennevières à vous offrir la main de sa fille... Oh 1 non... ce serait trop demander; • mais, enfin, vous reverrez Elise, vous vous ferez pardonner. Et quant à mademoiselle Mathilde... et il me semble que l’amour que vous prétendez éprouver doit bien avoir la force d’accomplir le resle.
351 L’HONNEUR DE LA MAISON
MiliBREUL.
01» ! s’il no s’agisssait que de cela !...
LA BARONNE, à part.
Fat!... (Haut, changeant de ton.) Mais, je m’aperçois que je m’intéresse trop à vous. Voila un temps infini que je bavarde, que je vous écoute, que je vous réponds... Je ne songe plus que l'heure s’écoule, que mes invités vont arriver et que j’ai mille ordres à donner. Maubreuil, c’est votre faute : il faut que vous la répariez.
MAUBREUIL
Comment ?
LA BARONNE
Je vous charge spécialement de recevoir et de faire patienter ceux qui viendrout... Adieu... à tout-à-l’heure, et comptez sur mon amitié... Eh bienl... vieil amoureux, voulez-vous bien sourire et espérer tout de suite!... (Elle sort par la droite.)