‹ L'honneur de la maison drame en 5 actesChapitre 69 sur 84 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

MAUBREUIL

MAURICE

Elle allait le devenir.

MAUBREUIL, consterné.

Ah 1... je fus plus coupable encore que je ne pensais!... ainsi, quand je me croyais seul sur la terre, moi aussi, j’avais une famille... quand je croyais n’avoir ici-bas personne à chérir, personneà protéger, moi aussi, je possédais un fils... (Avec joie.) Un fils !... à moi!... et beau !... bravo, courageux, intrépide !... j’en ai eu la preuve, cette nuit même... Qu’il avait l’air noble et fier 1... quelle ardeur brillait dans ses yeux !... que la colère lui allait bien !... (.Avec orgueil.) Ah ! c'est qu’il était effrayant !

MAURICE

Oui... c’est un brave et noble cœur !...

maubueuil, avec joie.

N’est-ce pas, monsieur ?

Oh ! mais vous ne pouvez savoir tout ce qu’il vaut... on no saurait avoir pour lui toute la tendresse qu’il mérite...

MAUBREUII..

Vraiment '...

MAURICE

Car ce n’est pas seulement un digne et bon jeune homme, aimé et estimé de tous ceux qui l’approchent; car il n’est pas brave seulement dans un salon... mais c’est encore un vaillant soldat...

maubreuil, avec joie.

Il est militaire !

MAURICE

Comme vous... et qui plus est, c’est l’honneur de son régiment... il est toujours !e premier au danger, ses chefs l’aiment et l’admirent... enfin, à son âge, il a déjà conquis la croix d’honneur sur un champ de bataille !...

MAUBREUIL

Lacroix d’honneur... mon fils!...

Maurice, froidemeut.

L’homme que vous allez tuer.

maubreuil.

Ah! vous aviez raison, monsieur, ce duel est impossible...

Maurice, raillant.

Impossible !... après l’insulte que vous avez reçue !...

MAUBREUIL

Iist-ce qu’il y a des insultes entre un fils et son père... savaitil qui j’étais?... Non... non... et il ne songera guère à se battre avec moi lorsque je lui dirai...

MAURICE

Quoi donc?... qu’il est votre fils ?... mais vous n’y pensez pas, monsieur... de quel droit lui dire cela ? ce serait une insulte nouvelle !... oubliëz-vous qu’il porte mon nom, qu’aux veux de tous, il est mon fils ; qu’il me révère comme un père ?... pourquoi se bat-il avec vous?... parce qu’on a outragé sa mère... car je lui ai appris à respecter votre maîtresse, moi, monsieur ; et vous ne parviendrez pas à lui faire mépriser ma femms.

MAUBREUIL

Comment ! je ne pourrai...

MAURICE

Ahî vous pensez qu’après vingt ans d’une insoucieuse absence, quand un autre s’est chargé do réparer votre crime, de sauver du déshonneur la pauvre jeune fille que vous aviez vouée au désespoir et à la honte, vous pensez qu’il suffit de venir dire à l’enfant de cette femme : Tu te crois le fils légitime de l’honnête homme que voilà ? Tu crois ta mère pure et sans tâche... Tu te trompes, mon pauvre garçon; ta mère a été ma maîtresse, toi, tu es mon bâtard... Ce serait trop commode, cela, monsieur... Le bâtard se relèvera à ces paroles... Vous, mon père ! vous dira-t-il, où étiez-vous quand j’avais besoin de vous... Quand j’étais petit, qui donc m’aimait? qui donc m’a élevé, protégé, entouré ae soins et d’affection? Qui donc ma mère appelle-t-elle son époux? qui donc ma sœur appelle-telle son père? c’est cet homme que voilà, ce n’est pas vous... vousn'êtes pas mon père, vous... vous êtes l’homme qui insulte ma mère !...

Hélas ! il a raison... que faire, mon Dieu 1 que faire ?...

Maurice, froidement.

Cela vous regarde... Cependant si vous me demandiez un conseil... {Il s'assied.)

MAÜBREUIL.

Parlez !

MAURICE

Je vous dirais, si ce duel vous répugne... car je connais ce jeune homme, et je sais que vous n’obtiendrez rien de lui...

MAUBREÜ1L.

Eh bien?

MAURICE

Je vous dirais que le plus court serait de lui faire des excuses...

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