‹ L'honneur de la maison drame en 5 actesChapitre 73 sur 84 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

d«'jà l’outrage que je vous ai fait? ( Geste de Maubreuil.) Cet outrage, je vous le jure, j’en ai tous les regrets possibles... je donnerais tout au monde pour que les paroles que vous venez deme dire l’eussent prévenu... mais enfin, le mal est fait... il est irréparable... Marchons donc I

maubreuil, après un mouvement.

Non, monsieur, je ne me battrai pas.

PAUL

Est -ce possible I

MAUBREUIL

Vous penserez de moi ce que vous voudrez : vous pourrez dire que le colonel de Maubreuil est un homme sans courage tt sans honneur... mais ce combat ne peut avoir lieu... Je ne me battrai pâs avec vous.

Paul.

Je demeure stupéfait... je ne comprends rien à ce que j'entends... Quoi !... vous aurez reçu une insultesans y répondre !... maubreuil, avec effort.

Oui... et maintenant, allez publier que je suis un lâche !... ( Avec éclat.) Oh ! mais non... vous ne direz pas cela, car vous savez bien que vous mentiriez, n’est-ce pas? car vous ne le penseriez point !...

PAUL

Que voulez-vous donc que je pense ? Votre conduite me cou fond... j’en rougis pour vous...

maubreuil.

Eh bien, moi j’en suis fier, car je remporte sur moi-même une victoire dont je ne me croyais pas capable... Pensez-vous que le courage consiste seulement à exposer sa vie? mais cela, je l’ai fait mille fois... Non, monsieur, pour moi, le courage ne serait pas là... il est à entendre patiemment vos paroles, à voir sur votre visage ce sourire de dédain, à endurersans une plainte, sans un murmure, le supplice qui me torture en ce moment.

Montrez donc ce courage à votre aise , colonel... Viens, Edmond, cette conclusion n’est pas celle que j’attendais. (J1 remonte.)

MAUBREUIL

Arrêtez... Avant de vous quitter, pour toujours sans doute, j’aurais besoin... je voudrais vous demander une grâce.

PAUL

Une grâce I

maubreuil, avec émotion.

Oui... je voudrais, avant de ne ns séparer... presser votre main dans la mienne... Dites : me refuserez- vous ce que je vous demande ?

fO

PAUL, froidement.

Monsieur, do nos jours une poignée de mains s'accorde légèrement; on est prodigue de ce témoignage comme du nom d’ami qui ne signifie plus rien et que l’on prostitue à tout le monde... Ouantà moi, à tort ou a raison, je suis un peu puritain, je voua l’avoue... je respecte le nom d’ami et je m’en sers rarement... C’est ridicule, je veux bien ; mais ce ridicule est le mien, et ma main loyale, pure encore de toute souillure, n’a jamais touché que celles dos gens qui m’inspirent de l’estime.

maubreuil, tristement.

Ah ! jeune homme I... vous qui parliez de courage! vous ne serez point brave en m'insultant encore, car je vous pardonne d’avance, et vous n’obtiendroz pas que je vous réponde l

Edmond, qui a observé toute cette scène , s'approchant lentement de Paul et lui prenant la main.

Paul, il y a ici une chose qui m’échappe comme à toi... La conduite du colonel a un motif que nous ignorons... Si cette conduite est inexplicable, pourquoi chercher à l’expliquer? No crains-tu donc pas que ton jugement soit trop sévère?... ( Il met la main de Paul dans celle de Maubreuil.)

maubreuil, à Edmond.

Merci, monsieur, merci!... ( A part, contemplant Paul.) Mon fils !... c’est mon enfant I...

paul, surpris, sans dureté.

Qu’avez-vous donc?...

maubreuil se contenant.

llien... ce n’est rien... (A part.) Ah ! que je souffre, mon Dieu 1 Ne pouvoir lui dire : Je suis ton père!... ne pouvoir faire passer dans son cœur un peu de cette tendresse qui déborde du. mien !...

PAUL

Parlez, colonel... cette émotion...

maubreuil, lâchant sa main.

Rien, vous dis-je ! ( A part.) Oh ! qu’d parte, car mon secret m’échapperait... il m’étouffe!... (Haut. ) Laissez-moi... Adieu... je n’ai plus rien à vous dire...

paul, o Edmond en se retirant.

C’est étrange !... A quel homme ai-je donc affaire?...

Paul, partons maintenant... Allons rassurer ta mère.

PAUL

Ah! tu as raison... oui, partons! (Saluant.) Colonel...

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