ACTE V
PAUL
Oh I pardon, pardon, ma mère. Vous savez si jamais j’ai manque près de vous à ce respect, à cette adoration qu un fils doit à sa mère... Mais aussi, ce n’est pas ton fils qui t’accuse, c’est toi, c’est ton silence, ce sont toutes ces hésitations !
élise, à part.
Que lui dire -
PAUL
Et quand à ce propos je réponds par un de ces outrages après esquels tous les regrets, toutes les excuses sont inutiles , par un de ces outrages enfin pour lesquels une seule réparation est
E ossible... cette réparation, je l’offre, et on me la refuse...
’homme que j’ai mortellement offensé, refuse de se battre avec moi 1... Pourquoi?... pourquoi?... Je pense qu'il est fou, j’insiste, et il se contente de me répondre ces mots : « Allez dire partout, si vous le voulez, que le colonel de Maubreuil est un lâche 1...» — Ah I si je pouvais le croire!... Mais non... en disant cela, son accent n’est pas celui d’un homme qui tremble... Et d’ailleurs!... trembler !... le colonel de Maubreuil est connu comme la bravoure , comme l’honneur même... Il fallait assurément qu’il eût un motif bien puissant, bien impérieux pour se conduire ainsi.... Mais, ce motif, je te le demande, car tu le sais sans doute, car toi seule peux me le dire I Tu te tais... lu ne me réponds pas?... Eh bien ! moi aussi , je l’ai deviné... je vais te le dire...
ELISE
Dieu h..
PAUL
Le peu de mots qu’il m’a dit étaient plus tendres, plusaffec-. tueux qu’aucune parole que m’ait jamais adressée... celui que l’on m’a toujours fait appeler mon père... Il me regardait avec un intérêt que jamais les regards ae... mon père ne m’ont témoigné... et alors... oh I pardonne-moi, ma mère... mais alors je me suis demandé si ce nom que jo porte, j’avais bien le droit de le porter?
elise, à part.
Ah! mon Dieu! vous êtes juste.'... mais vous êtes bien sévère !... ce châtiment me manquait... cette nouvelle torture, jo ne l’avais pas prévue !...
PAUL
Parle sans crainte, va, je suis préparé à tout. Crois-tu que je t’en aimerai moins ? Non, va, non... tu seras toujours ma mère ; mais au moins je ne mendierai plus près de ton mari un peu de cette tendresse qu’il ne veut pas m’accorder. ( Maurice entre par le fond.) Je n'occuperai plus une place à laquelle je n'ai pae droit. Paul... c’est un nom comme un autre... je pourrai peut-
L’HONNEUR DE LA MAISON
être l’illustrer I... Tune me réponds pas!... mais, dis-moi donc un mot! dis-moi donc que je suis fou, qu’il n’y a pas un mot de vrai dans tout cela !...