ACTE V
BEAUSÉANT
Pourquoi donc ça, monsieur? songez donc que c’est la dernière volonté d’un mourant, et que la dernière volonté d’un mourant est sacrée... et puis d’ailleurs, vous avez des enfants, une famille qui vous aime, qui a besoin de vous... Moi, personne n’a besoin de moi, je suis sûr que personne ne se plaindra de mon absence... Allons, monsieur, laissez-moi accomplir le vœu de mon ami... Ce sera la première fois de ma vie que
{ ■’aurai été utile à quelqu’un... ne me faites pas perdre une si relie occasion de me réhabiliter un peu à mes propres yeux... là, c’est convenu... Et maintenant, il ne me reste plus qu’a remettre à ce jeune homme ce que Maubreuil mourant m’a confié pour lui...
PAUL
Mais qu’est-ce donc, monsieur?
BEAUSÉANT
Tenez ! (Il lui tend la croix de Maubreuil.)
PAUL
Sa croix I...
Prie ce jeune homme, m’a dit Maubreuil, de porter sur sa poitrine... cette croix qu’il a voulu flétrir... Je suis heureux
S u’elle soit restée pure, car je puis la lui donner en souvenir u pardon que je lui accorde... Tu lui diras, n’est-ce pas, que c’était la croix d’un brave homme qui eût voulu être son ami... Qu’il la porte !... c’est la seule réparation que je lui demande... Je ne sais ce qu’il allait ajouter, quand la voix lui manqua et... ce furent ses dernières paroles.
PAUL
Oh 1 je la porterai, je la porterai, monsieur, je vous le promets.
BEAUSÉANT
Bien, monsieur... ma mission est finie... (Il remonte.)
.. • paul, à Maurice.
Mon père, expliquez-moi cela... Je ne connaissais pas ce colonel; à peine si je l’ai vu... et il me lègue sa croix en mourant... Dites-raoi pourquoi cette étrangeté? Dites-moi pourquoi, malgré moi, je ne puis m’empêcher de regretter l’issue de ce dnei?
MAURICE, ému.
Auriez-vous mieux aimé avoir à pleurer votre père ?
PAUL
Oh 1 mon pèrel...
Maurice, lui ouvrant les bras.
Mon fils 1 (Paul s'y jette, ils restent longtemps embrassés. )
$0 ï; BONN EU K DE LA MAISON.
élise, avec un cri de joie.
Ah!...
Maurice, tendant la main à Elise et à Mathilde.
Mes enfants!... ( Tendant la main à Edmond nar-dessus l’épaule de Paul, et les tenant tous groupés autour de lui.) Tous mes enfants !...
lie rideau tombe.