‹ L'honneur de la maison drame en cinq actesChapitre 20 sur 59 · L.\ baronne, à pari · texte numérisé non relu

L.\ baronne, à pari

Allons doncl... voilà un aveu qui a bien de la peint' à so décider...

MAUBRF.UL.

N'est-cc pas, c'est d’un conscrit, c’est niais, c’est bète, c'est ridicule?...

LA BARONNE

Mais... ça dépend...

MAUBREIIL.

E» naîntcnant, pour compléter ma confidence... il me reste un a ma vous dite...

LA BARONNE, minaudant.

Franchement, cousin, ce nom jo m’en doute bien un peu.

HAUBREriL.

Un nom charmant... celui do cetlo jeune fille qui était chez vous Pautro jour...

la baronne, stupéfaite.

Mathilde ...

MAi'BREi'iL, avec passion.

Mathilde !...

LA BARONNE, à part.

C’était Mathilde f... Et moi qui croyais I... (Haut.) Ah? c’est mademoiselle do Chenncvières I... Vous m’aviez bien dit, en «fret, que vous la trouviez charmante... mais j'avoue que j’étais loin de m’attendre... car enfin, vous Pavez vue une fois...

MAOBREL'II..

Deux, baronne...

LA BARONNE

Mais non... une seule...

■ AlT-REtiL.

Pardon... deux fois! La première, c’était chez vous, ici : je l‘v ai vue dans ce charmant embarras qui sied si bien aux jeunes filles, rougissant pour un mot, baissant les yeux sous un regard, timide sans pruderie, simple, enjouée, sy mpathique enfin ; et jo suis sorti de chez vous, emportant dans mon cœur un trouble ir. connu. Depuis ce temps, son image enchanteresse no m’a plus quitté.

la baronne, avec dènit.

Quel feu !...

MACBRECIL.

Cela vous élonue ?... Ah I c'est qu'on ne sait pas à quel point ils sont jeunes, ces vieux soldats que leur extérieur ferait croire insensibles et froids : ce sont des enfants, ma cousine. Nous n’usons pas notre cœur en Algérie ; nous n’usons que son enveveloppe, et nous revenons avec une âme toute neuve: toute accessible, dans un corps endurci, vieilli , souvent mémo goutteux et perclus; enfin, nous revenons avoc notre demi-siedc , moins blasés quelquefois que nous ne Pétions en parlant, avec nos dix-neuf ans.

LA BARONNE

Comment ?

MACBREIIL.

Ah! c’est qu’alors nous ne rêvions que brillant miiforme.quc conquêtes 11 d lieuses ; nous n'avions pas d’amour, mais de la fatuité, mais de l'orgueil; nous ne cherchions pas de l'affection, nous voulions des victimes. Etre aimés ! la belle affaire I... Etre vantés, c’était l’impoilanl I

LA BARONNE

Le charmant caractère !...

MAlBRF.CIL,

Mais heureusement la guerre nous a sauvés, l’absence nous a éclairés, et, au retour, la petite vanité du triomphe n’a plus de piquant pour nous. I’ar un mol, par un regard , une jeui.o lillo nous subjugue sans le vouloir, sans mémo s’en douter; celle enfant qui pourrait être notre fille, nous la rêvons pour femme , faute de l avoir vue grandir sous nos yeux, nous aimant, nous appelant son père; faute d’avoir vu vivre et vieillir sa mère. Enfin , nous avons fait la moitié du voyage sans nous munir de compagnon ; la brièveté du trajet qui nous reste, nous effraie; nous ne voulons pas arriver seul au triste but , a In vieillesse... aussi qe sommes- nous pas longe à choisir.,, et c’est mademoiselle Mathilde que j'ai choisie. Elle est ri belle, si rianto, si vivante !...

la baronne, avec ironie.

Vous brillez, mon pauvre Maubrcuil. Ou donc cette chère enfaut a-t-elle achevé Je vous inspirer une si violente passion? (K tic se levé.)

macbrei'ii. , se levant.

Oh ! ne riez pas, baronne; c’est une véritable passion, on effet... Hier, c’était aux Italiens... elle v était avec son pére.je pense, cl du fond d’une loge oi) , pendant toute la soirée je me suis tenu enfoui . j'ai contemplé , non plus avec trouble ceito fois, mais avec ferveur, avec adoration, la douceur de son soutire , le leu de ses yeux . le charme enivrant de toute sa personne. Ah ! c’est qu’elle n’était plus gênée, embarrassée alors; elle ignorait co regard qui rémoras -a il tout entière, et dans lequel elle so jouait, naïve, pure, confiante. Je n’entendais pas ses paroles, mais je les devinais, et soit qu’oll.» parlât, soit qu’elle écoutât, c’était lucide, intelligent, frappant. Si lès femmes savaient ce qu’elles valent sans lt* vouloir, si elles savaient qu’êtro simples, naturelles, qu’être elles- mêmes enfin, c’est la plus triomphante dos coquetteries, elles no se feraient plus jamais coquettes... Ah 1 pardon !...

LA BARONNE

De .quoi donc?...

maiibrecil , à lui-mémr.

Imbécille !... (La baronne le menace du doigt en ttwrwRf.) Vous voyez bien quo je suis fou, pm>quo ja no sais plus co quo je dis. O’ù diable aussi vais-jo me mêler de faire des phrases... Le fait est que j'aime cet ange, quo j’en perds la tête, et qno l’avoir pour femme serait la seule chose qui pût me consoler de n’étre pas son pèro.

LA BARONNE

Ah J je commence à comprendre... elle n’a que dix-huit ans, et vous consultiez le miroir...

MAl'BREl'IL.

Oh ! mais vous lui direz, n’est-ce pas, qu’un cœur jeune encore bal dans ina poitrine.

la baronne , à part.

Ah ! il faudra encore que ce soit moi...

MACBREIIL.

Je saurai me faire aimer d’elle... l'amour d’un homme sérieux et dont la carrière n’est pas sans éclat, cet amour-là vaudra mieux pour un cœur noble cl pur comme est le sien, j’en suis silr, que l’ardeur passagère d’un jeune homme sans valeur... Et puis, il me semble qu’il doit y avoir aussi pour uno jeune fille quelque chose de llaUeur à faire trembler devant elle un homme sur lequel les Kabyles n’ont pas eu ce pouvoir... cl j’en suis là, cousine....

LA BARONNE

Vous !...

MACBRECIL.

Oui , moi ; oui , jo trcmHo, rien qu’au nom , rien qu’à l’idée de ce petit ange...

la baronne, riant .

Par exemple!...

M MJBRR1IIL.

Oh ! moquez-vous de moi, raillez, allez... ne vous gênez pas... jo^vous donno l’exemple en m’en moquant moi-même : je suis un conscrit dans toute la force du terme, un mais, un sot... Ah 1 pis que tout cela, cousine, ou plutôt, jo suis tout ceiu à la fois... je suis amoureux !...

LA BARONNE

Savez-vous, colonel, que vous êtes fort entraînant? En vérité, je no saurais plaider votre cause aussi chaudement que vous- même; et pour le mal que je vous veux, je souhaiterais de grand cœur que, d’un coin de ce salon, ma petite amioei l entendu ce quo vous venez de me dire.

MAURREl'IL.

Ah! jo le souhaiterais bien aussi, car ce n’est certes pas m face d’elle que j'userais recom mériter !...

LA BARONNE

1) le faudra, pourtant, car, quanta moi, je me récuse...

MACBRECIL.

Comment I vous refusez de me servir? Pourquoi?

LA BARONNE

Mais non. du tout... et la preuve... tenez... Oh! c’est assez bizarre' sans que vous ni en eussiez chargée, et comme par intuition, sans doute, j'ai déjà parlé de vous à la mère et... vous supposez bien en quels termes... Mais je me récuse, colonel, parce que mieux que par moi, vous êtes par vousmémo tout recommandé auprès de madame Chennevières, car ello vous connaît.

MACBREUL.

Moi? comment donc?

LA BARONNE

Oh I ce n’est pas d'hier !... Je vous parle d’avant votre départ...

MACBREl'lL.

Madame de Chennevières?... mais je ne me souviens pas de ce nom...

LA BARONNE

Jo vous parle aussi d’avantson mariage ; je vous parle enfin du temps ou madame de Chenueviêres s’appelait mademoiselle de Neuvilly...

MACBREUL, sturifait.

Elise!...

LA BARONNE

Eli oui !...

MAL'BKEi'tL, altéré.

Elise do Neuvilly !...

LA BARONNE

Vous vous rappelez maintenant... (Le regardant.) EU mais! qu’avez -vous donc?...

MACBREl'lL, U part.

Elle est la fille d'Eliso !...

LA BARONNE

Mon cousin... vous vous trouvez mal...

MAl'BREUIL.

Non... non, ce n’est rien... merci...

LA BARONNE, à part.

Oh ! cela est singulier I...

MACBREUL.

Allons... tout est perdu, il n’y faut plus songer... Oubliez, ma cousine, tout ce quo je viens de vous dire...

LA BAnONNE.

Mais pourquoi, colonel ? Je ne vous comprends pas...

MACBREUL.

Vous ne savez pas que le nom que vous venez do prononcer est un obstacla insurmontable a la réalisation du plus cher de mes vœux...

LA BARONNE

Comment cela?

HAVBREOiL.

J’ai connu, en effet, mademoiselle de Neuvilly. Deux ans environ avant quo je no quittasse Paris, l'étroite amitié qui me liait à son frère, m’avait lait entrer daus sa famille sur le pied üe l’intimité.

LA BARONNE, s'asseyant à droite.

Eh bien I est-ce que ce n’est pas un trés-bon antécédent ?

M AI CRM il.

Ilélas I non. ma cousine, car cette intimité avait son danger. A force do voir la sœur de mon ami, je ne restai plus maître d’un cœur trop jeune d’oü la passion brûlait de s échapper... j’exprimai un amour que je croyais durable... Que no croit-on pas à vingt ans I!.. Mademoiselle de Neuvilly parut répondre à mes soins..*

LA BARONNE

Je comprends !... Vous avez aimé la mère de Mathilde !...

mal BRF.LiL, un peu honteux.

Aimé... non, ma cousine.

LA BAnONNE.

Que disiez-vous donc?

MACBREUL.

Effervescence de jeunesse, trouble du cœur peut-être, effet d’un rapprochement trop facile, imprudent sans doute... mais amour... hélas! non... J’avais malheureusement engage ma parote, lorsque ma famille, redoutant pour moi, trop jeune

d’ailleurs, un mariage sans fortune... Ah ! croyez- le, celle raison if avait de poids qu’auprès de mes parents... ai-je besoin de vous t'affirmer. Je viens de vous le dire, j’avais vingt ans a Leine, et ce n’est pas l'âge où l'on calcule.

LA BARONNE

Continuez....

MACBREUL.

Ma famille obtint par son crédit, et sans m’avoir prévenu, une permutation avantageuse : j’étais alors simple sous-licutcnanl. Circonvenu, entraîné, jo partis... (d ce c effort.) manquant ainsi a la parole donnée. Voilà, ma cousine, voilà mon olfense envers mademoiselle de Neuvilly; je n’essaierai pas üe m'en disculper auprès de madame de Cbcnnevières.

LA baronne , îfl levant.

J’entends !... Elle vous aimait, elle...

MACBREl'lL, confus.

Jo n’oserai dire... mais, du moins, elle avait accepté ma recherche...

LA BARONNE, à part.

Pauvre Temmel... oh! je comprends maintenant son émotion !...

MAUBRECIL.

Vous voyez, ma cousino, que jo no dois plus penser a mademoiselle Mathilde.

LA BARONNE

En effet!...

MACBREUL.

Lo sentiment qu’elle m’a inspiré devait être le châtiment de ma conduite... je souffrirai ce châtiment sans me plaindre : je l*ai mérité.

LA BARONNE, à part.

' C’est bien fait, je suis vengée... ça lui apprendra ! ( liant .) Eu vérité, mon cher Mauhrcuil, vous êtes un amoureux complet : vous n’avez pas seulement l’ardeur d'un jeune homme, vous en avez aussi toute l'étourderie.

MACBREUL.

Que voulez-vous dire?

LA BARONNE

Je veux dire qu’après vingt ans, épouse d'un homme qu’elle estime cl quelle aime, madame do Chennevières ne se souvient seulement pas quo vous l’ayez offensée?

MACBREUL.

Quoi ! vous pensez!...

LA BARONNE

Je pense que si Elise vous a aimé jadis, c’est qn’elle vous jugeait digne d’amour, et qu’elle ne pourrait blâmer aujourd’hui les mêmes sentiments dus SB fille. Elise iTcal plus une femme, mon ami, c’est une mère ! Et d’ailleurs, pour obtenir votre pardon, n’avez vous pis près de madame do Chonnevières une amie dévouée?

MACBREUL.

Et celte amie...

la baronne, lui tendant la main.

Ingrat!... Est-ce que vous doutez d’elle?...

MACBREUL.

Que vous êtes bonno I...

LA BARONNE, Soupirant.

Je n'ai plus que ça à faire.

MACBREUL.

Mais vous entreprenez une tâche bien difficile I...

LA BARONNE

Impertinent) Est-ce que je m’en chargerais sans cela?... Je no vous dis pas que i’amènerai madame ae Chennevières à vous offrir la main de sa Tille... Oh I non... ce serait trop demander; mais, enfin, vous reverrez Elise, vous vous ferez pardonner. Et quant à mademoiselle Mathilde... et il me semble que l'amour que vous prétendez éprouver doit bien avoir la force d’accomplir le reste.

MACBREUL.

Ob ! s’il no s'agisssait que de cela !... .

LA BARONNE, à part.

Fat!... (Haut, changeant de ton.) Mais, je m’aperçois que je m’intéresse trop à vous. Voila un temps infini quo je bavarde, que to vous écoule, que je vous réponds... Je ne songe plus que rlieure s’écoule, que mes invités vont arriver et que j’ai mille ordres à donner. Mauhrcuil, c’est votre faute : il faut que vous la répariez.

L’HONNEUR DE LA MAISON

MAUBREUIL

Comment t

LA BARONNE

Je vous charge spécialement de recevoir et de faire patienter ceux qui viendront... Adieu... à toul-à-l'heure, et comptez sur mon amitié... Eh bien!... vieil amoureux, voulez-vous bien sourire et espérer tout de suite!... (Elle sort par la droite.)

8CÈKE HI.

MAUBREU1L, seul

C'était la flllo d’Elis© de Neuvilly !... Ah ! cet amour lient de la fatalité... et pourtant la baronne semble ne pas désespérer... elle est sincère... quel intérêt aurait-elle à m'abuser?... Oui, mais elle ne sait pas à quel point je fus indigne... elle ne sait point que cet abandon était une lâcheté, presque un « rime ! En effet ma faute apparente, c’est une peccadille, une étourderie... Tandis quo ma faule réelle ... ce lut uuo lâche trahison, une séduction perfide .. Maudite jeunesse !... Qlccc ironie.) On dit que c'est J aigu des nobles sentiments... Allons, n'y songeons plus !... mon rêve n'aura pas etc long!... mais s’il me faut renoncer à Mathilde, au bonheur, je ne renoncerai pas du moins à me réhabiliter prés de sa mère, à obtenir ce pardon que m’a fait espérer la baronne... Ce pardon, si Elise daignait nie l’accorder, no serait-ce pas le moyen de tuer le passé, mémo a nos propres yeux, les seuls qui le connaissent, même dans nos propres consciences, les seules qui so souviennent!... beauséant, a » dehors.

Ne m’annoncez pas... Je m’annoncerai moi-même... je suis connu ici... le vicomte do Beauséant I...

maubreuii, acre «aimsemenf.

Ah I... (Silence.) Lo hasard a parfois de singulière* ironies !... Je l'oubliais : (Montrant Beauséant <ju i entre.) Le voilà , lui... lui qui sait tout!...

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