‹ L'honneur de la maison drame en cinq actesChapitre 21 sur 59 · MAUBREUIL, BEAUSÉANT · texte numérisé non relu

MAUBREUIL, BEAUSÉANT

beauséant, entrant par le fond.

Maubrcuil !... ah ! bonjour, cher... comment va, aujourd’hui?

MAUBUEUIL.

Bien... ( A part.) S’il pouvait avoir oublié !... beauséant, prenant sur la causeuse le mouchoir de la baronne quelle y a oublié.

Je suis venu trop tôt, n’est-cc pas? J'arrive ma! à propos...

MAUBREUIL

Pourquoi ?

beauséant, lui montrant le mouchoir.

Dame!... tu n'étais pas seul... (Ileyardanlla marque.) II. D. MAU BR EU IL.

Ma cousine était là tout-à-l’hcure...

BEAUSÉANT

Et je l ai fait fuir... jo vous ai interrompus...

MAUBUEUIL.

Nous no disions plus rien...

BEAUSÉANT

Alors je ne vous en ai quo plus interrompus... mes excuses... MACftREUIL, préoccupé.

Que veux-tu dire?... tu es fou... la baronne n’était plus là depuis quelques instants... et d’ailleurs, quand nous aurions été ensemble, quand nous aurions eu à causer, tu no nous aurais nullement dérangés : n’avons-nous pas tout le temps de nous revoir?

beauséant, riant.

De l'indiscrétion, dis- tu?... Georges, je suis indiscret ?... Ah I tu te compromets , mon cher...

Mais non, mille fois non...

BEAUSÉANT

Voyons donc , Maubrcuil... nous sommes seuls... pourquoi me faire des mystères, à moi, ton ami ?

mai bp. Eli!., impatienté.

Tu ne peux donc voir la chose la plus naturelle, l'incident le plus banal, sans y entendre malice?

BEAUSÉANT

Comment I voilà que tu te. Tâches?

MAUBREUIL

Non... mais je ne puis souffrir que tu effleures , même d'une plaisanterie, la réputation de ma cousine, qui est coquette, je te raccorde... légère , j’en conviens... inconséquente, je le veux ; mais qui , avec toutes ces imperfections dans la forme, est au fond la vertu , l’honneur même.

BEAUSÉANT

Moi, jo veux bien.

MAUBREUIL

Allons, assez sur co sujet.

BEAUSÉANT

Volontiers! Parlons d’autre chose.

MAUBREUIL , à part.

Mais comment savoir s'il se souvient encore...

BEAUSÉANT

Ah I dis donc... tu no sais pas qui je viens de rencoutrer tout-à-l’heure ?

Non.

Devine I

MAUBREUIL

BEAUSÉANT

Quoi?

MAUBREUIL

BEAUSÉANT

Qui jo viens de rencontrer.

MAUBREUIL, impatienté.

Non... je ne devinerais pas... parle donc I

BEAUSÉANT

Tu es irritable, mon cher... tu as quelque chose... quoi donc? H

MAURREUIL.

Moi, rien du tout... je ne sais quelles idées tu te fais...

BEAUSÉANT

F.h bien I je viens do rencontrer do Moissac!

Qui? do Moissac?

MAUBREUIL

BEAUSÉANT

Do Moissac, parbleu I notre ami de Moissac! un grand... blond... qui venait dans lo temps chez Tortoni... tu ne connais que ça... son père était banquier... on a dit même qu’il prêtait à usure... c’est bien possible, du reste... Comment, tu note rappelles pas ?

MAUBREUIL

Non.

BEAUSÉANT

Enfin, jo viens d© lo rencontrer. Quel événement I... quel cataclysme !... je ne le reconnaissais point, tant j’étais loin de m'attendro à lo voir...

BEAUSEANT.

C’est vrai... tu demeures chez elle...

MAUBRCUIL.

Chez sa mère... qui est ma tanto...

Elles demeurent ensemble...

, MAUBREUIL

Ah ! Beauséant, assez |„.

BEAUSÉANT, SOUrUmt.

Ce cher colonel !... Elle est jolie...

MAUBREUIL

Tu n’as perdu , je le vois, ni la rage de la plaisanterie, ni la manie de 1 indiscrétion...

Pourquoi cela ?

MAUBREUIL

BEAUSÉANT

Mais tu no sais donc rien ?... do Moissac a disparu... on ne le voit plus du tout... depuis que madamo d’Almont est revenue de Russie. Que diable J c’est bien d'aimer les gens, mais il y a des bornes à tout.... do Moissac néglige ses amis.... Madame d Almont devrait bien nous lo laisser f après-midi au moins... alors la ponte Solange, no dépérirait plus... elle en est folle... Contlreville finira par s'en apercevoir, quand il ne sera plus occupé... à occoper Vernier. Tu sais, de Clagnv le décoche au mari toutes les lots qu'il va rendre visite à la teinme... Tu n'as pas 1 air d’ccouler co quo jo to dis I...

MAGaitEGlL.

Que mo font lea intrigues de gens que je ne connais pas ?

BEAUSÉANT

Ah ! Maubreuil... tu es glacial avec moi !... l'absence t’a refroidi beaucoup. Ce que ça le fait!... ce que ça le fait!... Eh bien I et à moi , donc, crois-tu que ça me fasse quoique chose ? On cause... et l’on n’a pas toujours dos choses de la plus haute importance h se dire. Tu es froid... autrefois, lu étais plus gai, plus chaud, plus riant... je t'aimais mieux autrefois I...

maubreuil, le regarddnt.

Autrefois I... (A part.) Ah ! sur celle voie, peut-être... (Haut.) Oui.... oui.... nous étions jeunes.... et nous nous amusions.... c’étjit le temps des conquêtes... le bon temps I... tu t’en souviens ?

BEAUSÉANT

Parbleu!... Te rappelles-tu Paquita?

MAUBREUIL

Paquita... non.

BEAUSÉANT

Ingrat! Paquita. la chanteuse, qui a quitté pour toi le marquis de Thrasylc... T’a-t-elle aimé, celle-la !... Entre nous, tu n'étais pas 'précisément son premier, à beaucoup prés!... C’est égal... tu en étais bien fier!...

Oui. je faisais alors consister ma gloire dans une réputation de Don Juan...

BEAUSÉANT

Que lu méritais!... Je me rappelle les roueries quo tu as déployées auprès d'Horlense... la petite llorlen.se !...

maubreuil, à part.

Quelle mémoire!... (Haut.) comment, tu as su...

BEAUSÉANT

Dame ! oui ... tu avais confiance dans ce temps-la... nous nous disions tout...

maubreuil, à part.

Et c’est dans un de ce» moments on j’étais si fier du triomphe que... Oh? je fus bien imprudent cl bien coupable en lui conGant alors un pareil secret!...

BEAUSÉANT

Et puis, tu no me l'aurais pas dit que je l’aurais deviné le lendemain, rien qu’a ton air radieux... car les lendemains, mon cher, lo monde semblait l’appartenir 1... Ab 1 tu avais des lendemains superbes...

MAUBREUIL

Tu ne me cites là que des conquêtes faciles; j’en ai enregistré de plus glorieuses... Kappelle-moi donc...

BEAUSÉANT, ri<WI/.

Ah’ oui... oui... je sais ce que tu veux dire...

maubreuil, à pari.

Ohl mon Dieu I...

Attends... c’est son nom qui m’échappe... ah! je lo tiens L.. Labaudrayel... madame do Labaudrayel...

maubreuil, à part.

Il ne l’a pas nommée !... oh ! il a oublié!...

BEAUSSANT.

Tou stage • duré longtemps auprès d’elle!... Le mari n'était pas soit... enfin tl l'est, devenu... comme les autres. Ah! mon gaillard!... tu allais bien!... (Pendant cette scene, plusieurs personnes sont entrées dans la salon du fond. — Pendant les suivantes, les salons continuent à s'emplir.)

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