PAUL, ELISE
Paul, à lui-méme.
Pourquoi cette question? Il ne mo retient pas, lui... c'cst un homme, et il sait qu’on est forcé de se battre... Mais il ne m’a pas serré la main... Oh I j’ai froid au cœur... Il ne m’a pas dit adieu... ou au revoir, comme ma mère !... (En disant cela, Paul tourne les yeux vers la chambre de sa mère, et voit Elise qui tnenf d’en sortir, pille, sans roùu, càancelan/e, et qui se tient a la muraille.) Ma merci... oh! mon Dieu!... qu'as-tu donc? élise, haletante.
Tu m’as trompée I...
PAUL
Dieu!...
élise.
Tu me disais que tu ne te battrais pas... tu mentais !... tu me disais qu’il no s’agissait que d’une querelle de jeu... tu mentais !...
PAUL
Mais, ma mère...
ÉLISE
M. de Maubreuil no jouait pas, lorsque cette scèno a éclaté : il venait à peine de me quitter... lu vois bien que ce n’csl pas cela!... Par grâce, dis-moi la vérité, car la vérité seule peut me donner les moyens d’empéchor un etime...
PAUL
Un crime I...
élise, embarrassée.
N’en est- ce pas un pour une mère que de laisser tner son enfant?... El il te tuerait, cet homme-là, mon fils... il te tuerait, j’on suis sûre...
PAUL
Mais, qui peut le faire supposer...
ÉLISE
J’étais là, derrière celte tapisserie... j’ai tout entendu! (Paul baisse la tête.) Tu croyais donc que j’étais allée dormir? Ah ! tu ne sais pus ce que c est qu’une mère, va (...(Elle l'embrasse.) Dis -moi la vérité, entends-lu... il mo la faut tout entière. Dis-la moi bien atroce, car je ne le croirais plus maintenant... Voyons, Paul, causons... A peine Maubreuil avait-il mis le pied dans le premier salon, lorsquo le bruit do cette querelle parvint jusqu’à moi. Un pressentiment m’entraîna. Ne me dis pas quo je suis étrangère à cette querelle, car je ne te croirais pas, je te le répète... Ne me dis pas quo mes terreurs m'égarent... Tu te tais I... Voyons, mon fils, lu ne veux pas répondre à ta mère?., je vais l’aider à tout me raconter. Monsieur de Maubreuil a dû dire... quelque chose do bien infâme .sans doute... mais tu ne l’as pas cru, Paul, n’est-ce pas?... mais repctc-moi donc ce qu’il a dit, malheureux !...
PAUL
Puisque vous le voulez, ma mère, puisqu’il lo faut, vous saurez tout. Un lâche, un misérable vous a insultée, oui, c’est vrai... Il faut que je m’accuse, rarjo suis coupable aussi... Prononcées par un homino sans valeur, ces paroles auraient été, sans aucun doute, démenties par monsieur de Maubreuil luiméme, si ma fureur, ma violence, n’eUssent rendu impossible, sous peine de faiblesse, toulo rétractation do la part do celui à qui je prétendais l’imposer...
ELISE
Ainsi, vous avez répondu par un acte d’une violence extrême à des paroles dont il vous a plu de rendre monsieur de Maubreuil responsable... Et. maintenant, loin de penser à rétracter vos fureurs, vous songez à vous battre, ce malin, à sept heures !...
PAUL
Mais qui te fait croire?...
ÉLISE
Mais j’étais là, te dis-je, et je sais tout.
PAUL
Eh bien ! ma mère, si vous avez dit vrai, me ferez-vous reproche d’avoir défendu ce qu'un fils a do plus sacré en ce monde, l’honneur de sa mère!...
Etes-vous bien certain do l’„ voir défendu, mon fils? Votre emportement a fail d'une insulte qu'on pouvait étouffer, un éclat retentissant...
LHONNKltt DE LA MAISON
Étouffer cotte inutile !... mais lu n’y penses pas!... c’eût été me tendre complice «Ses misérables qui l outrageaient; étoulfer celle insulte ... c'est a peine ce que j'aurais pu faire si j’avais douté de toi, ma mère. Et quami donc aurai-je lé droit de punir une lâclielo et de châtier une insolence, si ce n’ost lorsque l’insolence et la lâcheté osent flétrir ce qu’il y a de plus respeclablo et de plus saint? Toi, ma mère, outragée devant moi !... toi, un ange ! loi, la lille dévouée, l'épouse sans tache, la mère adorable 1...
élise, courbée sous la honte.
Oh! ponDieul...
PAUL
Toi, enfin, qui dois commander à tous l’estime et le respect !..
ÉLISE
Assez, mon fils, assez...
pacl, acre exaltation.
Jo te ven ais souillée par un odieux mensonge, et tu voudrais quo moi, ton fils, moi dont l'honneur est inséparable du lieu... élise, avec angoisse.
Ah I tais- toi, Paul, tais-loi !...
PAUL
Tu voudrais que je restasse froid et sans colère en face de l’insultcur. Non ! oh! non... malheur à qui loflense!... cl monsieur de Maubreuil expiera chèrement son mensonge... car tout-à-J’hourc. je m’accusais à tort... l'autre misérable ne faisait quo le répéter, j’en suis sûr!...
ÉLISE
Mais ce combat est impossible F... il est impie !... Ce duel m'épouvante, te dis-je... tu ne peux te battre avec cet homme.
PAUL
Pourquoi donc?... j’ai comme lui mon épée et mon courage: il n’a pas mon droit...
ÉLISE
Ton bon droit, malheureux !... tu es donc sans pitié?... regarde-moi, tiens... regarde, Paul... la mort doit être surines traits... ma terreur, c’est un pressentiment.... Tu n’iras pas à eu combat, Paul... moi vivante, tu ne sortiras pas I
PAUL
Mais c’est mon déshonneur et le tien que tu demandes... Ah I pourquoi t'ai-je revue!., laisse-moi... adieu...
élise, Raccrochant à lui.
Non...
PAUI..
Laisse-moi, le dis-je...
élise.
Paul... je vous défends de sortir I...
Ma mère, pour la première fois de ma vie, je vais vous désobéir.
euse, à genoux.
• Eh bien, non... je n’ordonne plus... vois, je te supplie, je te conjure ù genoux...
PAUL
Non... non...
ÉLISE, d'une voix uffaiblie.
Par pitié l..r
paul, se dégageant.
Ah ! par amour pour moi, lu me rendrais indigne 1... élise, s'affaissant sur elle-même.
Paul, tu me tues I... {Elle s’évanouit.)
PAUL, qui allait sortir, se retournant.
Ma mère!... (Il se prend la tête dans ses mains.) Ah ! quel tlierl... si i’allemls quelle ait repris ses sens, ce sera a r6> commencer !... Comment la quitter, maintenant?... ah !... Mathilde I... {Il court chercher sa soeur.)
BCÈKX v.