MAURICE, MATHILDE
Maurice, entrant.
Ah ! c'est loi, mon enfant... Je venais lo faire mes adieux.
MATIIILDE.
Tes adieux ! comment I...
MAURICE
Oui, Mathilde, il faut que je parte aujourd’hui même... Une lettre que jo viens de recevoir, m'oblige à uuo absence do quinze jours au moins.
MATIIILDE, stupéfaite.
Une lettre !... Tu n’as reçu quo ccllo de mon frère...
Maurice, troublé
Non, non... pas celle-là... une autre... très-pressante...
MATIIILDE.
Voyons, mon père, j’ai mal compris... Partir aujourd’hui quand c'est demain...
Que Paul arrive... Oui, Mathilde, il le faut... de graves Intérêts sont compromis, et je ne puis différer absolument... Tu préviendras ta mère...
MATHILDE
Oh I non, ce n’est pas possible, tu ne partiras pas aujourd'hui, mou bon père. Demain, il sera temps encore, et au moiu; lu l’auras vu, il l'aura embrassé...
MAURICE
Mathilde, ce que lu me demandes r«t imposable...
i; HONNEUR DE LA MAISON.
UAIHIIDF.
Songe donc [ ce pauvre Paul ! Depuis plus do quinze ans i! n a pas vu son pore. Oli ! j’étais bien petite, et pourtant je m’en souviens. Quand nous allions le voir à sa pension, maman et moi, tes occupations no le laissaient pas le loisir de noua accompagner... lit déjà Paul nous disait do sa toute petite voix : — Il va bien, mon papa? pourquoi donc ne vient-il jamais voir son petit Paul? — lit nous lui répondions : — Tu le verras dimanche. — Mais le dimanc he arrivait, on laissait sortir Paul, cl tes vilaines affaires te tenaient éloigné du samedi au lundi... Plus tard, Paul a sauté du collège a S.iint-l'.vr... On nn lui a accordé que quinze jours à nous donner. Mais fa fatalité ne s'était pas lassée; tu étais parti la veille pour la Touraine. Nous t’avons bien écrit que Paul était ici... La lettre s'est égarée, et In l'as reçue le jour où Paul«était reparti... Au sortir de Saint- Cyr, l’armée le réclamait. Je ne sais plus où tu étais alors, mais je sais bien que tu n'étais pas la pour recevoir scs adieux. Depuis il a eu un congé... Mais pourquoi en dire si long? Depuis l’égo de cinq ans, il n’a pu venir ici,jamais qu'en ton absence... Est-ce vrai, mon père, est-ce vrai /
MAURICE
C'est vrai, MalUildo ; le sort l'a voulu ainsi sans doute.
MATIIILDP..
Et quand aujourd’hui le sort daigne enfin t’oublier, quand, pour la première fois depuis si longtemps, lu peux revoir ton lils, c’est toi qui ne veux pas, c'est loi qui veux partir I Oh! non, mon perc, ce n'csl pas possible ! n’es. -ce pas, tu resteras?
MAURICE
Mon enfant I ma fille!... aie pitié do moi... Tu ne peux savoir ce que je souffre a lu refuser...
MATHILDE
Ainsi, vous me refusez ! Olif je n’insiste plus, car j'y vois clair... Qui me dit que Paul so tromperait en pensant cela?
MAURICE
Comment !...
MATHILDE
Qui me dit que lorsqu'il vous trouvait absent, le hasard causait votre absence?
MAURICE
Que dis* tu ?...
MATHILDE
Jusqu'ici j’avais cru que le sort vous servait mal... Que Paul arrivait toujours quand vous deviez partir*.. Je vois que vous partiez toujours quand il devait arriver... Poutquoi, par exemple ? Dieu le sait I
MAURICE
Tu te trompes, Mathilde, je te le jure...
MATHILDE
Vous ne fuyez pas la présence de mon frère ?
MAURICE
Mais pourquoi veux-tu que je la fuie?
MATIULDE.
Ce n'est pas son arrivée qui te force à partir t
MAURICE
Non, sans doute, mon enfant... et je regrette aussi vivement que loi...
MATHILDE
Bien vrai?...
MAURICE
Bien vrai I
MATHILDE
De sorte que si, au lieu d’arriver demain, Paul était venu aujourd'hui, tu aurais été bien aise de passer au moins celte journée avec lui ?
MAURICE
Mais certainement, ma fille !...
MATHILDE
Oh! mon bon père, que je suis heureuse! Réjouis- toi donc alors, et sois heureux uussi... tu vus le voir, l'euibiasscr... il est ici...
Maurice, à part.
Il est icil...
Mathilde, ouvrant la porte de gauche.
Paul, viens donc ! viens donc!... Il nous écrivait bien qu'il viendrait aussi vito que sa lettre. (Paul entre. — Lui montrant Maurice.) Tiens... le voilà... c'est lui... (Elle le pousse vert Maurice.)
SCA.NE VI.