EDMOND. MATHILDE
matiulde, à part.
Il n'aiicn I pas que je dise oui... (liant.) Monsieur Edmond, ceite bonne nouvelle que vous apportiez a mon père, le fera rester/ n’es £co pas?
EDMOND
Rester ? où cela, mademoiselle T
MATHILDE
Vous ne savez donc pas qu’il voulait partir ?
EDMOND
Non, je suis venu, à la vérité, prévenir monsieur de C.hennevières d'un heureux résultat obtenu dans uno affaire dont i l m'avait chargé ; mais j’ignore quel rapport il peut y avoir entre cette affaire et ce projet de départ.
Allons... je me suis trompée., j’avais espéré trouver dans vos paroles la raison et fa fin des graves préoccupations do mon père.
EDMOND
Préoccupations que je ne puis comprendre moi-mémo, mais dont pourtant il ne faut. pas vous inquiéter outre mesure. Depuis quinze ans, vous le savez, mademoiselle, la maison do votre p-re m'est ouverte.
MATHILDE
Depuis quinze ans !
EDMOND
Oui, c’était à l'époque où la mort de mon père, ancien ami d’enfance do monsieur do Chenneviéres, nu* laissa orphelin, sans autre ressource qu’une éducation dont peut-être je n’eusse trop su que faire, si l’appui moral et materiel quem î prêta votre famille...
MATHILDE
Pourquoi rappeler cela ?
EDMOND
El pourquoi le tairais-je ?... niais je voulais vous dire qu’a cèlte époque déjà, la même tristesse pesait sur vos parents.
MATIULDE.
Est-il possible !...
EDMOND
Oui, j’élais encore enfant et pourtant cela me frappa. Paul avait quatre ans, vous, deux ans à peine, quand pour la première fois je vis monsieur doChennevieres, il retenait de voyage, et portait dans ses traits l’empreinte d’une longue souffrance morale. Madame votre mère me parut affectée aussi du changement que cette absence avait apporté en lui. Elle s'efforça de le distraire, do dissiper ces sombres nuages ; tous ses efforts furent vains, et bientôt la tristesse la gagna elle-même, mais sons rien diminuer de cette angélique bonté, qui fut pour moi presque maternelle, et qui a tant do fois soutenu ou relevé mon courage.
MATHILDE
N’csl-co pas là vous exagérer quelques services...
EDMOND
Non, mademoiselle, et je suis heureux de les proclamer. Dieu merci, la reconnaissance n’est pas lourde a mon cœur! Ah ! que ne m’est-il aussi facile d'exprimer tous les sentiments que m'inspire la vuo de ce qui se passe ici I
MATHILDE
Quo sc passe- t-il donc do si extraordinaire ?...
EDMOND
Croyez-vous donc que sans être saisi d’admiration et pénétré d’un doux et religieux respect, je puisse vous voir chaque jour, vous, si jeune, si belle...
MATiiiLDF, arec embarras.
Monsieur Edmond...
EDMOND
Partager celte ineffable bonté, ce dévoilaient, celle pieuse résignation, entre deux cœurs chagrins, vieillis avant le temps, brisés par je ne sais quel orage I...
MATIIII.DE.
N'ai-je pas pour récompense leur amour à tous deux ?
Edmond, dure passion.
Mais est-ce donc là l’unique bonheur qui vous soit réservé ?
MATIULDE, sans dureté.
Monsieur Edmond, vous ai-jo jamais dit qu'il ne me suffit pas?
EDMOND
Oh! pardon, mademoiselle, vous me rappelez à moi-même... Hélas, il est trop vrai I rien au monde ne aurait digne do vous I MATIULDE, l'tVrmeiff.
Je n'ai pas dit cela !
Edmond, avec douleur.
Je le pense, moi !
MATHILDE
El vous êtes un ingrat de le penser. Jamais, vous devriez le savoir, Mathilde de Chenneviéres ne regardera comme indigne d’elle ce que les siens chérissent et honorent, (Elle fait une référence et se dirige vers la porte de droite.)
edmond, à part.
QiTentends-je !...
MATHILDE, souriant.
Adieu, monsieur. (Elle sort rapidement.)