SCÈNE X.Wlll. US
Angleterre, il y avait des malheureux qui naissent riches de tous les dons de la terre, mais déshérités de cette faculté qui fait qu'on le* apprécie à leur valeur. Eh bien, j'étais de ces rêveurs malades que novembre emporte d'habitude avec les dernières feuilles. Tout-à-roup comme à la suite <ie ce spectre qu'on appelle le spleen, je m'acheminais vers les mois mortels... je vou> rencontrai.— Il sembla à votre vue que la main d'une fée m'arrachait un voila de dessus les yeux... Tout [n'apparut alors sous son vrai jour, avec sa véritable couleur... C'était une erreur, une folie, une faute peut-être... mais vous m'en avez puni comme d'un crime. BDMiE. ,
Moi?...
SIR EDWARD
Oui... j'ai été sans raison... mais nous, vous avez été sans pitié.
ed.mi i .
Comment cria'.'...
S III Edward.
Vous pouviez me repousser... vous pouviez me dire que vous ne m'aimiez pas, que vous ne m'aimeriez jamais, — c'était votre droit... mais voua m'avez méprisé, raillé, exposé au ridicule devant un homme, un fat, que unis 1V62 (ail passer pour votre mari et qui par bonheur ne l'était pat... Afa ! voila m qui au moment de vous quitter me froisse douloureusement le cœur... c'est qu'on amour si vrai, si réel, si profond, ait été complètement méconnu de celle à qui il s'adressait. Ali! c'était mal, .Madame, très -mal.
E 11 M É E , lui tendant U main.
C'est vrai, Monsieur: et maintenant que je vous connais mieux, j'en suis fâchée...
Oh! me dites-vous ces paroles du fond du cœur?
EDMÉE
Du fond du Cœur. — Oui, Monsieur.
SIR EDWARD
Merci, .Madame... merci. Maintenant qu'a nos \eux j'ai cessé d'être un bouffon, pour redevenir un homme, — j'accepte ma destinée; — j'ai touché votre main, j'ai lu mon pardon dans vos yeux, je puis mourir!
46 L'HONNEUB EST SATISFAIT.
EDMÉE, le retenant.
Mourir... vous... Monsieur! Sir Edward, quelque danger que vous ne dites pas vous menace.
Oh! oui! Madame, un bien grand... celui de ne plus vous voir...
EDMÉE
Vous allez vous battre avec mon frère?
SIR EDWARD
Moi, Madame...
EDMÉE
Il devait, dans un quart d'heure, revenir vous prendre avec les témoins. Ne niez pas, j'ai tout entendu.
SIR EDWARD
Oui... et je comprends... Vous tremblez pour votre frère...
EDMÉE
Monsieur!
SIR EDWARD
Tranquillisez -vous, Madame, dans un duel dont vous (Mes la cause... entre deux hommes qui vous aiment tous deux... un seul court quelque danger... c'est celui que vous n'aimez pas...
Que dites-vous là, Monsieur?
SIR EDWARD
Que l'on ne défend une vie que lorsque cette vie a quelque prix... Or, moi qui suis seul, isolé, moi que personne n'aime, qu'ai-je ii faire de la vie?... pourquoi la défendre au péril d'une autre.'.. CVst bien assez d'être indifférent, je ne veux pas être maudit.
Monsieur !... mais ce n'est pas pour mon frère seul que je
Crains... Vous me croyez donc bien cruelle, que VOU8 pouse/.que
la vie d'un homme m'importe si peu... cet homme me fùt-il inconnu?...
SIR EDWARD
Madame...
Mais tous ne m'êtes pas même inconnu, vous... Est-ce que,