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CHAPITRE IV

De la recherche de l’honneur

Pour savoir si l’homme a le droit de rechercher l'honneur, et dans quelle mesure il peut le faire, il faut, au préalable, déterminer la place que l'honneur occupe parmi les biens que l’homme poursuit et auxquels il peut atteindre.

Et d’abord, l’honneur est-il la fin dernière de l’homme, constitue-t-il sa béatitude ?

L'honneur a été apprécié de facon bien différente par les différentes écoles philosophiques. L’antiquité grecque et romaine a généralement fait très grand Cas de l'honneur, et Xénophon, par exemple, faisait de l’amour de l’honneur le caractère qui distingue l’homme des animaux. « L’honneur, dit Simonide dans un dialogue avec Hiéron, l'honneur me paraît être une grande chose, car, pour l'obtenir, les hommes s’exposent à toutes les fatigues et bravent tous les dangers. » Et plus loin : « Il me semble, Hiéron, que l’homme l’emporte sur les autres animaux par la recherche de l'honneur. En effet, on voit tous les autres animaux sensibles au plaisir de la nourriture, de la boisson et du sommeil, et aux plaisirs des sens ; mais la recherche de l’honneur n’est pas naturelle aux animaux sans raison, ni même à tous les hommes. Ceux qui portent inné en eux cet amour de l’honneur et de la louange, ceux-là l’emportent de loin sur les animaux, et on ne les appelle pas seulement des hommes {évlswro) mais des

hommes de cœur {ävôoec) ! ».

! XÉNOPHON. Hiéron, VII, 3.

C'est l'observation de la vie grecque qui inspirait de pareilles propositions, car la recherche de l'honneur y était le seul ou au moins le principal facteur de toutes les grandes actions. L'Etat athénien était presque une réalisation de la pensée attribuée à Cléobule, que l'Etat le meilleur est celui dont les citoyens craignent plus le blâme que la loi (Stob., 43, 131). Cléobule préfère la pression psychologique de l'opinion publique à la pression exercée par les lois 1.

Platon tient l'honneur pour inséparable du droit d’un homme : la perte de l’honneur entraîne, pour lui, la perte de tous les droits (Levg., XII, 934 C.).

Pour Aristote, l'honneur ne peut pas être le plus grand des biens, car il est plutôt dans celui qui honore que dans celui qui est honoré ?. La valeur de l'honneur consiste surtout dans l’assurance qu'il donne à celui qui en est l’objet, de son excellence et de sa perfection personnelles : cette excellence est donc un plus grand bien que le témoignage qu’en rend l'honneur ?. Aristote pense que l'honneur est la récompense de la vertu, mais non pas une récompense adéquate, et que l’homme vertueux doit, par conséquent, s'inquiéter davantage de pratiquer la vertu que d'obtenir des témoignages d'honneur.

Les stoïciens considéraient l'honneur d’une façon toute différente. La note caractéristique de leur philosophie consiste dans le mépris de tout ce qui n’est pas digne de la plus haute estime. La philosophie stoïcienne ne connaissait que l'individu, non la communauté. Le jugement d'autrui était par conséquent écarté. Pas plus que la santé et la richesse, l'honneur n'était un bien pour eux ; tout cela, toutes les situations les plus opposées n'étaient à leurs yeux que des

! ECKSTEIN. Die Ehre in Philosophie und Recht, p. 16.

? Honor videtur aliquid esse eo, quem quaerimus, fine infirmius minusque stabile ; quod in ïis potius qui honorem deferunt, quam in eo qui honore afficitur. Ethic., lib. I, Cap. V, 4.

Ii vero qui a viris probis et rerum intelligentibus honorem expetunt, opinionem de se propriam stabiliri et confirmari gestiunt. Bonos igitur se esse gaudent, eorum judicio, qui id dicunt, fidem habentes. ARIST. Efhic. ad Nüic., lib. VIII, c. vrrr.

choses indifférentes. Seul le bien absolu était un bien pour eux, l'honneur même n’était qu'un soso.

Epicure pensait de même que le sage ne doit s'inquiéter de l'opinion publique qu’afin de n'être pas exposé au mépris, car dans ce cas sa sûreté serait en danger. Cette thèse rentre bien dans le cadre de l’hédonisme épicurien.

Rome n'eut pas de philosophie particulière ; tout ce que Rome fit au point de vue philosophique tourna au profit du droit. Mais le Romain ne faisait pas moins de cas de l’honneur que le Grec 1. On honorait à Rome la déesse de l’Honneur. Le temple de l’Honneur était bâti près de celui de la Vertu, de manière qu’on devait passer par le temple de la Vertu pour arriver à celui de l’Honneur ?, disposition qui prouve que les Romains pensaient, comme Aristote et saint Thomas, que l’honneur est fondé sur la vertu 3.

Entre ceux qui font de l'honneur la fin dernière de l’homme en prétendant que c'est le plus grand bien qu'il puisse rechercher, et ceux qui, comme les stoïciens ne veulent Ii accorder aucune valeur, saint Thomas tient le milieu. Pour lui, l'honneur n'est pas le bien suprême, n1 la fin dernière de l’homme.

Il doit être en notre pouvoir d'atteindre notre fin dernière, sinon la sagesse de Dieu serait en défaut, qui nous aurait fixé une fin dépassant notre portée. Or, 1l ne dépend pas de nous de recevoir de l’honneur ou de n’en pas recevoir. Nous pouvons faire, quant à nous, tout ce qui est requis pour mériter l’honneur, nous pouvons pratiquer la vertu à un degré héroïque, mais là s'arrête notre pouvoir et nous ne pouvons forcer les hommes à reconnaître notre mérite et à

1 Honor alit artes, omnesque incenduntur ad studia gloria. Cic., lib. I, Tusc, c. 11. Honor est praemium virtutis. 24. Byutus, 81.

2 Hoc insitum habuisse Romanos (nempe virtutem esse viam ad honorem) etiam deorum apud illos aedes indicant, quas conjunctissimas constituerunt Virtutis et Honoris. AuG. Civ. Dei, lib. V, CAD XI e3 de

3 Pour cet exposé de l’appréciation que les anciens: faisaient de l'honneur, nous nous sommes basé sur ECKSTEIN, Die Ehre in Phlosophie und Recht, p. 15-20.

en rendre témoignage 1. Cela dépend de leur volonté et non pas de la nôtre, et l’on a vu bien souvent des hommes qui étaient en butte aux outrages de leurs contemporains, alors que par leurs vertus ils s'étaient rendus dignes de tous les honneurs. Nul n'avait porté la perfection à la hauteur où la porta Notre-Séigneur Jésus-Christ, qui pouvait défier ses ennemis de le convaincre de péché; ses contemporains cependant, loin de lui rendre les hommages auxquels ses vertus lui donnaient droit, le condamnèrent au supplice le plus infamant. Cette conduite paraît contredire ce que nous avions dit du sentiment de justice inné en tous les hommes. Mais il faut remarquer d’abord que l’homme ne peut lire dans le fond des cœurs ; il doit conclure des manifestations extérieures aux dispositions intérieures, et il est, par conséquent, exposé à des erreurs. Et lors même qu'il connaît, d’une façon indubitable, la vertu de quelqu'un, il peut être retenu dans la manifestation de son estime par la jalousie qui l’emportera sur le sentiment de la justice, par l’orgueil ?, ou par la crainte de se condamner lui-même en honorant dans son prochain des vertus qu'il ne possède pas lui-même. Le paysan athénien voulait exiler Aristide parce qu'il était fatigué de l’entendre appeler le Juste : les hommes ont tous plus ou moins ce défaut, qu'ils sont vite lassés d’entendre louer et surtout de louer eux-mêmes les vertus de leurs contemporains.

l Ad felicitatem per virtutem pervenitur. Operationes autem

virtutum sunt voluntariae ; aliter enim non essent laudabiles. Oportet igitur felicitatem esse aliquod bonum ad quod homo sua voluntate perveniat. Hoc autem quod honorem assequatur non est in potestate hominis, sed magis in potestate honorantis. Non est igitur in honoribus felicitas humana ponenda. Cont. Gent, lib. III, c. xxvirr. Cf. I-TI. q. 2. a. 2. ARIST. Ethic. ad Nic., lib. 1, c. v... Quum tamen honos videatur aliquid esse eo, quem quaerimus, fine infirmius minusque stabile ; quod in lis potius qui honorem deferunt, quam in eo qui honore afhcitur ; summum vero bonum proprium quidam et ejusmodi, quod haud facile eripi possit, conjicimus.

? Man zollt nicht gerade gern Achtung wegen der drückenden Wirkung, welche dieses Gefühl auf die Selbstliebe ausübt. Kant cité par ECKSTEIN. Die Ehre in Philos. und Rechit, DR?

ET

A dépend de nous de mériter l’honneur, il ne dépend pas de nous de l'obtenir, par conséquent l’honneur ne saurait être notre fin dernière.

Il est encore impossible que l'honneur constitue la béatitude de l’homme, parce que l’honneur est le témoignage de l'excellence de quelqu'un. Or, l’excellence d’un individu se prend surtout en fonction de sa béatitude : plus un homme est heureux, nous voulons dire vraiment heureux, plus il est parfait, car le bonheur est le bien suprême, le seul qui doive être recherché pour lui-même. C’est quand l’homme est en possession du bonheur parfait et immuable, quand il jouit de la vision de Dieu, qu’il est digne du plus grand honneur. L'honneur suppose donc le bonheur, il suppose la fin dernière acquise, bien loin qu'il la constitue 1.

De plus, la fin dernière consiste dans l’opération la plus parfaite de la plus parfaite des facultés de l’homme, dans la connaissance de Dieu comme 1l se connaît lui-même, videbitis eum sicutr est. Or, l'honneur n’est pas une opération du sujet, mais bien de ceux qui le rendent. Il suppose des actions méritoires dans celui qui le reçoit, mais dans l’acte lui-même de l’honoration le sujet se comporte d’une façon purement passive ?. L’honneur n’est donc pas la fin dernière de l’homme,

d'autant plus que l'honneur peut être commun aux bons et aux méchants, tandis que le bien suprême n’est le partage que des bons.

Mais si l'honneur n’est pas le bien suprême, il est pour-

! Impossibile est, beatitudinem consistere in honore : honor enim exhibetur alicui propter aliquam ejus excellentiam : et ita est signum, et testimonium quoddam illius excellentiae quae est in honorato : excellentia autem hominis maxime attenditur secundum beatitudinem, quae est hominis bonum perfectum. Et ideo honor potest quidem consequi beatitudinem ; sed principaliter in eo beatitudo consistere non potest. I-IT. q. 2. a. 2.

? Finis enim ultimus hominis et sua felicitas est ejus perfectissima operatio. Honor autem hominis non consistit in sua operatione sed alterius ad ipsum qui ei reverentiam exhibet. Non est igitur felicitas hominis in honoribus ponenda. Conf. Gent. lib. IIT, CMESANUE

tant l’un des plus grands biens auxquels l’homme puisse aspirer, le plus grand même parmi les biens extérieurs.

C'est en effet le bien qui se rapproche le plus de la vertu, dont il est le témoignage. L’honneur ne donne pas la vertu, mais il la suppose et comme tel il est le plus grand bien après là vertu. Il est incontestable que l'honneur, l'honneur vrai qui ne peut s’acquérir que par la vertu et le mérite, l'emporte sur les biens que l’on peut obtenir même par le crime, tels que les richesses, les dignités et la puissance.

L'honneur est considéré par les hommes comme le plus grand des biens puisqu'ils ne l’accordent qu'à Dieu et aux hommes vertueux ; c’est par l'honneur qu'ils récompensent la vertu, pour autant qu'il est en leur pouvoir de le faire. Or ïl doit y avoir une relation, une proportion entre le prix d’une chose et cette chose elle-même. En justice, on ne donne pas un prix dérisoire pour une chose de grande valeur. Donc l’honneur qui est la récompense ou le prix de la vertu, qui est elle-même le plus grand des biens, le bien absolu seul excepté, ne doit pas être un bien médiocre et de peu de valeur dans l'estime des hommes. La valeur de l’honneur dans la pensée des hommes se déduit aussi de ce fait qu'ils le rendent à Dieu comme la chose la plus précieuse qu'ils aient à lui offrir 1.

Et l’on voit aussi que les hommes sacrifient tous leurs autres biens à l'honneur, et qu'ils préfèrent sacrifier leurs richesses, leur santé et même leur vie, plutôt que leur honneur. [l en est, sans doute, qui regardent comme leur plus grand bien les richesses ou les plaisirs des sens, mais les hommes les plus nobles et les mieux pensants placent leur honneur au-dessus de tout, et c’est leur jugement qui importe surtout dans la question qui nous occupe. Que ces derniers

! Res quae in usum hominis veniunt sunt res exteriores : inter quas simpliciter maximum est honor; tum quia propinquissimum est virtuti, utpote testificatio quaedam existens de virtute alicujus ; tum etiam quia Deo et optimis exhibetur ; tum etiam quia homines propter honorem consequendum et vituperium vitandum omnia postponunt. IT-IT. q. 120. a. 1. Cf. etiam ARisr. Efhic ad Nicom., LD EIVERC TNT

jugent sainement des choses, c’est ce qui ressort de la comparaison de l’honneur avec tous les autres biens extérieurs. Quel bien, en effet, opposerait-on à l'honneur qui puisse soutenir la comparaison ?

Les richesses ? Mais les richesses sont le partage des méchants comme des bons ; elles peuvent être la récompense du crime aussi bien que de la vertu, et si elles prouvent quelque chose en faveur de celui qui les possède, c’est uniquement à cause de la façon dont il les a acquises, par un travail sérieux et une économie sagement réglée, et à cause de l'usage qu'il en fait. Les richesses sont du reste un bien peu stable, dont la conservation ne dépend pas de leur possesseur, et qu'il faut perdre, au contraire, pour en tirer profit, et ce ne peut être un bien véritable que celui qu'il faut perdre pour en jouir.

La puissance non plus ne peut contrebalancer l’honneur : car bien souvent la puissance ne prouve aucunement en faveur de celui qui en est investi, tandis que l'honneur véritable suppose toujours la vertu.

On ne peut mettre en parallèle avec l'honneur les biens du corps : ceux-c1 tiennent à l’homme plus étroitement que les richesses et la puissance, car 1ls font partie de sa personne, mais 1ls sont certainement inférieurs à l'honneur qui est un bien de l’âme. L’honneur est, il est vrai, un bien extérieur, mais non pas purement extérieur comme les autres biens de l’homme, car 1l suppose un bien intérieur, la vertu.

Il est inutile de pousser ce parallèle : les hommes montrent assez tout le cas qu'ils font de l'honneur par les efforts qu'ils font pour l'obtenir et par les sacrifices qu'ils s'imposent pour le conserver.

Cet honneur qui tient la première place parmi les biens extérieurs, l’homme a-t-il le droit de le rechercher ? Il peut paraître superflu de poser cette question, car il semble évident à première vue que l’homme a le droit de poursuivre le plus grand des biens:qui soient à sa portée. Pourtant l'unanimité sur ce point est loin d’être parfaite.

Il y en a qui prétendent que la poursuite de l'honneur est absolument illicite pour un chrétien. Le chrétien ne doit

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chercher qu’à imiter son divin Maître, qui n'a jamais aspiré aux honneurs, et qui n'a reçu et n’a voulu recevoir que des outrages et des humiliations afin de nous montrer le néant des honneurs humains. La fuite et le mépris des honneurs est pour eux la caractéristique des vrais chrétiens.

« Le chrétien, pensent-ils, cherche à plaire à Dieu, et ne craint que d’être rejeté par lui. Sa volonté, absorbée tout entière par cette préoccupation, n’a pas le temps de chercher l'honneur de la part des hommes. Le chrétien remarque bien vite que l’homme nouveau, qui est né conscient de son indépendance intérieure, se nourrit et se développe par le contraire de la poursuite de l’honneur, par le service du prochain. Au contraire, dès que nous commençons à rechercher l'honneur nous perdons la liberté des enfants de Dieu, nous entrons en concurrence avec les autres hommes, et nous commençons à les envier. Dans cette situation intérieure, nous sommes liés par nos relations avec les autres hommes, nous sommes par conséquent privés de notre liberté. Or nous ne devons pas avoir de temps à donner à ce qui anéantit en nous la vie et la liberté 1. »

D'autres, au contraire, regardent la poursuite de l'honneur comme parfaitement justifiable, et nullement incompatible avec le titre de chrétien.

Pour savoir si l’on doit condamner la recherche de l’honneur ou si l’on peut la tolérer, il faut savoir de quel honneur

! Er (der Christ) sucht Gott zu gefallen und fürchtet das eine, von ihm verworfen zu werden. Er sucht die Ehre bei dem einen Gott... so hat er keine Zeit, sich bei dem Streben nach Ehre bei den Menschen aufzuhalten. Dagegen merkt er sofort, daf der neue Mensch, der in dem Bewuftsein der inneren Unabhängigkeit geboren wird, sich sättigt und gro8 wird durch das Gegenteil des Trachtens nach Ehre, durch Dienen. Sowie wir dagegen anfangen nach Ehre zu streben, verlieren wir die Freiheit der Kinder Gottes. Wir treten dann mit anderen in Konkurrenz und fangen an, andere zu beneiden... In dieser inneren Haltung sind wir durch unsere Beziehungen zu anderen Menschen gefesselt, also unserer Freiheit beraubt. Für das aber, was Leben und Freïheit in uns vernichtet, sollen wir keine Zeit haben. W. HERMANN. Realencyklopädie für prot. Theol. und Kirche. V, p. 228. Cf. PAULSEN System der Ethik I. p. 81.

on veut parler, et quels sont les motifs pour lesquels on le recherche.

Il est des honneurs vrais et il en est de faux. L'honneur est véritable quand les hommes nous honorent pour des qualités morales que nous possédons réellement, pour des vertus effectives et pour les autres avantages de l'esprit ou du corps, dans la mesure où ils peuvent servir au développement de la vertu.

Mais s’il n’y a qu'une vérité et un droit chemin, on peut s’égarer par diverses voies et à cet honneur solide fondé sur la vérité on peut en opposer trois espèces qui sont fondées sur l'erreur. On peut se tromper de trois manières dans l'estime que l’on fait de nous.

On peut nous honorer pour des qualités qui sont des vertus, mais que nous ne possédons pas ; on peut aussi nous honorer pour des qualités que nous possédons réellement et que l’on pense étre des vertus, tandis que ce ne sont que des vices ; enfin on peut nous rendre honneur pour des qualités que nous ne possédons pas et qui ne méritent pas d’être honorées.

Ces trois honneurs sont faux quoique à des titres différents : dans le premier cas l'erreur porte sur la personne, dans le second sur la chose, dans le troisième, à la fois sur la personne et sur la chose, L’honneur que l’on nous rend dans les deux derniers cas n’est d’aucune valeur et un homme raisonnable le regarde plutôt comme une injure que comme un honneur 1,

Quant à l'honneur qui est basé sur une erreur touchant la personne, quoiqu'il soit faux comme les autres, il ne laisse pourtant pas d’être vrai par un certain côté, car les hommes

1 Wann ist die Spendung seitens eines anderen cine Ehrung, eine wirkliche, nicht bloB scheinbare, vorgetäuschte ? Ich meine, nur wenn bei dem anderen ein wirklicher Eindruck von dem Vorzug jenes ersteren vorhanden ist. Und dieser Eindruck läBt sich nicht bestellen, er ist zwar nicht freiwillig, aber freiwüchsig, er kann durch Belchrung geweckt, aber doch nicht durch Verabredung oder wie ein Tauschwert beschafft werden. KArTTENguscH. Ehren und Ehre,

ont vraiment l'intention d’honorer celui auquel ils le rendent, et cela est sans doute un avantage, car si c’est un mal de n'être pas digne d’honneur, c’en est un autre encore que cela soit connu 1.

Cette distinction établie, nous ne voyons pas qu'il soit nécessaire d'interdire à l’homme la recherche de l'honneur pourvu qu'il n’en fasse pas sa fin dernière, pas plus qu'on n’interdit à l’ouvrier d'exiger le salaire de son travail, alors même qu'il compte sur la récompense que Dieu lui réserve dans la vie à venir. Nous voulons toujours parler de l'honneur véritable. Aucun homme raisonnable ne saurait faire grand fond sur un honneur qu’on lui rendrait pour des qualités qu'il a conscience de ne pas posséder. Il n'est pourtant pas obligé de publier ses défauts et ses fautes si l'honneur qu’on lui rend ne porte aucun préjudice au prochain. Il n’en serait pas de même si une charge honorable qu'on voudrait Iui confier, entraînait des obligations qui fussent au-dessus de ses forces : il serait tenu, dans ce cas, de révéler son incapacité.

A l'égard de cet honneur immérité, l’homme peut se comporter d’une manière purement passive. C’est être trop rigide, semble-t-1l, d’accuser d’hypocrisie ou de manque de jugement celui qui accepte des honneurs qu’il ne mérite pas. L'hypocrite recherche les honneurs que l’on rend à la vertu malgré son indignité ; l’homme loyal ne recherche que l’honneur auquel il a droit ; quand on lui rend des honneurs immérités, 1l pense et confesse qu’il n’en est pas digne, il fait son possible pour s’en rendre digne, mais il n’est pas obligé de divulguer ses tares. « Le moins que puisse faire un homme qu'on honore de cette sorte, c’est de recevoir cet honneur sans s'en estimer davantage ; et de souhaiter pour l’amour de ceux dont le jugement lui est si favorable qu’ils cessent de se tromper dans leur opinion, non par la connaissance qu'ils pourront prendre de ses défauts, mais par le règlement que lui-même apportera à ses mœurs 2. » Les natures élevées

! BoSsuET, op. cit., Lebarq, II, p. 423.

? BoSsuET, Dissertation sur l'honneur, Lebarq, IT, p. 422.

DE LA RECHERCHE DE L'HONNEUR ts

sont humilhiées par des honneurs immérités, et elles sont stimulées à faire leur possible pour les mériter ; quant aux natures vulgaires, elles se contentent de ces honneurs extérieurs sans se soucier d'acquérir les vertus qui en sont le fondement indispensable 1,

L'honneur, même véritable, ne peut être recherché sans conditions. L’honneur doit toujours, en dernière analyse, être rapporté à Dieu ?, cause première et unique de toutes les vertus et de tous les mérites qui rendent l’homme digne d'honneur. L'homme tient de Dieu non seulement son être et ses facultés, mais aussi les vertus et les qualités qui en font l’ornement et la perfection. L'homme n’est que l’usufruitier de tous les biens qu’il possède, et quand il prétend s’attribuer de l’honneur, il est comme un dépositaire qui userait à son avantage du dépôt qu'on lui a confié à.

La raison toute seule nous amène à ces conclusions et ce n'est que par un orgueil poussé jusqu’à la folie que certains hommes en sont venus à se faire adorer comme des dieux.

La Révélation nous rappelle également cette obligation qui nous incombe de rapporter à Dieu toute gloire et tout honneur. La gloire et l’honneur suprêmes, Dieu ne les aliène jamais, 1l ne peut les aliéner sans cesser d’être Dieu : « Gloriam meam alter non daboi. » Il ne nous en laisse la participation que dans une mesure secondaire. Aussi saint Paul répète-t-il que c’est à Dieu seul, roi immortel des siècles, que nous devons honneur et gloire 5. Les hommes doivent redire sincèrement les paroles du Psalmiste : Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à ton nom donne la gloire 6.

1 EiSELEN, FRIEDRICH. Wesen und Wert der Ehre, p. 24.

? Qui ergo amat honorem Deum imitatur. Sed humiles animae in illo se honorari volunt, superbi prae illo. AUG. Contra Manich. Secund. cap. xvII1. MIGNE, t. XLII, col. 593.

3 Illud secundum quod homo excellit, non habet homo a seipso, sed est quasi quiddam divinum in eo, et ideo ex hoc non debetur ei principaliter honor, sed Deo. IT-IT. q. 131. à. 1.

ANTSATAE XL 8.

DATE de

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L'honneur ne peut être recherché non plus comme notre fin dernière. Tandis qu’en recherchant l’honneur pour son propre compte et sans le rapporter à Dieu, l’homme se fait en quelque sorte son Dieu, en recherchant l'honneur comme sa fin dernière, il fait de l’honneur son Dieu. Or, tous les biens créés, tant ceux de l’âme que ceux du corps, ne doivent être que des fins intermédiaires, des moyens pour atteindre notre fin dernière. Faire de l’honneur sa fin dernière, c’est tomber dans l’orgueil absolu (swperbia perfecta) qui sacrifie tout à l'honneur, même Dieu quand cet honneur mal entendu le demande.

On ne peut rechercher l’honneur comme une récompense adéquate de la vertu : ce serait faire injure à Dieu, en méprisant les récompenses qu’il nous promet, et qui ne sauraient être mises en comparaison avec l'honneur que les hommes nous accordent. Ce serait aussi faire bien bon marché de la vertu que de la pratiquer en vue d’une récompense aléatoire que les hommes peuvent à leur gré nous accorder ou nous refuser.

L'honneur n’est pas une récompense suffisante de la vertu et 1l n’y a que les hommes vains qui s’en contentent ; les hommes raisonnables le reçoivent de la part de leurs semblables, non point parce qu’ils voient dans l’honneur le bien suprême, mais parce qu'on ne peut leur donner ici-bas de plus grande récompense. Ils se gardent bien surtout de pratiquer la vertu en vue de l'honneur, ce qui, loin d’être un acte louable, serait une vanité et une ambition déréglée ; ils pratiquent la vertu pour Dieu, et en vue des récompenses qu’il réserve à ceux qui observent ses commandements.

Par suite il leur est assez indifférent que les hommes leur accordent ou non l’honneur auquel ils ont droit, car ils tiennent plus à être dignes d'honneur qu’à être honorés en eflet. Ne pratiquer la vertu que pour l’honneur qui y est attaché, c'est de l'hypocrisie et de l’ambition 1 : la vertu doit

Qui n’est homme de bien que parce qu’on le saura et parce qu'on l’en estimera mieux après l’avoir su; qui ne veut bien faire

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être toujours notre premier objectif, l'honneur ne doit venir qu'ensuite. Il faut rechercher l'honneur pour la vertu, comme on recherche la délectation en vue de l’action, delectatio Propler operañionem. La pratique de la vertu uniquement pour l'honneur extérieur qui nous en revient conduit, en morale, à de fâcheuses conséquences, car celui qui pratique la vertu pour l’honneur, ne manquera pas de pratiquer également le vice dans les milieux où le vice est en honneur. « C’est ainsi que les bons et les méchants désirent également l'honneur ; mais les bons marchent par le droit chemin ; les méchants, au contraire, parce qu’ils manquent des bonnes qualités qui y donnent droit, s'efforcent de l’acquérir par la ruse et la tromperie 1. »

Si la poursuite de l'honneur n’est pas toujours légitime, il ne suit pas qu’elle ne le soit jamais. Il est plusieurs raisons qui peuvent la rendre légitime : elles se trouvent parfois réunies, mais chacune d’elles, même prise isolément, suffit à justifier la recherche de l’honneur.

En premier lieu, on peut rechercher l'honneur pour les avantages personnels qui nous en reviennent.

On peut parler tant qu’on veut de la beauté du devoir et de la satisfaction qu’on éprouve à le pratiquer pour lui-même «sans espoir de nulle couronne humaine ou divine ? » ; l’univers entier n’est pas composé d’âmes aussi indépendantes et aussi désintéressées, et la grande majorité des hommes trouve un encouragement à pratiquer la vertu dans ce témoignage d'approbation qu’il reçoit de ses semblables et que l’on appelle l'honneur. Nous ne retirons rien du blâme que nous avons donné à ceux qui pratiquent la vertu pour l’honneur, mais nous pensons que, autre chose

qu’à condition que sa vertu vienne à la connaissance des hommes, celui-là n’est pas personne dont on puisse tirer beaucoup de service. MonNTAIGNE. Essais, liv. IT, chap. xvr, tome III, p. 302. Paris, 1823.

1 Gloriam, honorem, imperium, bonus et ignarus aeque sibi exoptant; sed ille verâ viâ nititur; huic quia bonae artes desunt, dolis atque fallaciis contendit. SazLusTe. Catilina, cap. x1, édit.

CROISET, pP. 17.

2? ALFRED DE ViGNv. Servitude el grandeur militaire, p. 262.

est de faire de l’honneur la fin de nos actions, autre chose de le considérer comme un moyen de les exécuter avec plus de perfection 1.

Aristote donnait déjà ce motif comme le fondement de la recherche de l’honneur : Les hommes, dit-il, recherchent le témoignage de leurs semblables, afin qu'ils sachent qu'ils sont bons 2. Le témoignage de notre conscience reste le principal et celui que nous devons écouter avant tout autre, mais ce témoignage a besoin parfois d’être corroboré par celui de nos semblables ; ce n’est pas là peut-être le plus haut idéal, mais nous parlons ici pour le commun des hommes, nous prenons l’homme tel qu’il est et non tel qu’il devrait être, et nous pensons qu’il serait bien inutile de lui proposer un idéal qui peut être sublime, mais qui dépasserait sa portée.

« C’est bien assez pour faire un vertueux parfait qu'il se porte à la vertu avec tant de franchise et de désintéressement, que, quand il ne lui reviendrait m1 utilité ni gloire de son action, il ne la ferait pas moins. N’allons pas plus loin, et ne nous avisons pas encore d'exiger qu'il ne se trouve dans une action vertueuse ainsi pratiquée aucun mélange d'utilité ni de gloire, et que l’homme de bien qui les y trouve attachées sans les y avoir cherchées n’y soit point sensible. Autrement on doit craindre qu’à force de vouloir épurer la vertu on ne la fasse évaporer à. »

Si l’on veut interdire à l’homme la satisfaction qu'il trouve dans l’honneur qui lui revient de la vertu, on en viendra bientôt à lui interdire aussi la satisfaction qu’il trouve dans le témoignage de sa conscience, il faudra qu'il pratique la vertu pour la vertu sans aucun retour sur luimême, ce qui est contraire à la nature humaine. On peut aimer les récompenses que donne la vertu, et être parfaitement vertueux, pourvu que l’on n’aime pas la vertu à cause

‘ La gloire est la récompense la plus honnête de la vertu, mais elle n'en doit pas être le motif. DE Sacv. Traité de la gloire, p. 16.

= Ethca ad Nicom.

# DE Sacy, Traité de la gloire, p. 21-22.

ai:

de ces récompenses, mais que l’on aime ces récompenses parce qu'elles viennent de la vertu. C’est ce que fait l’homme de bien : la gloire n’est point la fin qu’il se propose quand il court après la vertu ; c’est le moyen dont la vertu se sert pour lui plaire. Il ne se porte vers elle avec tant d’ardeur que parce qu'elle lui plaît ; mais elle ne lui plaît que par le charme de la douceur intérieure dont elle remplit et de l’honneur dont elle couvre ceux qui l’aiment et qui l’embrassent 1.

De plus, l’homme est un animal social, il ne vit pas pour lui seul, mais aussi pour la société. Or, on ne peut nier qu’au point de vue social comme au point de vue individuel, l’approbation de ses semblables ne lui soit nécessaire pour se développer complètement et donner la pleine mesure de sa valeur.

L'honneur dont un homme jouit auprès de la communauté élargit son champ d’action, le met à l'abri de bien des soupçons et des outrages, il lui attire la bienveillance de son entourage, tandis que la privation de l'honneur, fût-elle même injuste, restreint et annule même parfois complètement notre action sur nos semblables ?. Il ne suffit pas qu’un homme possède des vertus, 1l faut de plus que ces vertus soient reconnues et proclamées par le public, et c’est en quoi consiste précisément l'honneur.

Quoique la conscience personnelle de sa dignité et plus encore l’honneur devant Dieu l'emporte sur cet honneur dont nous jouissons devant les hommes, 1l n’en est pas moins vrai que cet honneur extérieur est un précieux bien moral, dont la possession ou la privation peuvent avoir les conséquences les plus décisives. De lui dépend l'autorité et l'influence de l'individu sur la société, ainsi que le succès de son action sociale, et la perte complète de l'honneur est une mort civile et équivaut à l'exclusion de la société 3.

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? Wem das gesellschaftliche Urteil mit Recht oder mit Unrecht die Ehre abspricht, der verfällt dem gesellschaftlichen Tode ; wem es Ehre zuerkennt, der gewinnt an Macht und Eïinfluf. EISELEN, Friepricx. Wesen und Wert der Ehre, p. 12.

3 Kocx. Lehrbuch der Moraltheologie, 280-2817.

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L'honneur extérieur peut parfois n'avoir pas grande valeur intrinsèque : sa valeur dépend, en effet, de la société qui le donne, et il faut, pour connaître sa valeur absolue, savoir si la société peut, et si elle veut juger selon la vérité !. Mais quelle que soit sa valeur absolue, il a toujours une valeur usuelle (Gebrauchswert) considérable, car il facilite grandement notre action ?.

L'individu par conséquent, considéré comme être social, a le droit, parfois même le devoir de tenir à son honneur, et de se le faire rendre dans la mesure où ïl l’a mérité. Il ne peut pas rester indifférent à l'égard de l'honneur ou même le mépriser, que ce soit par légèreté ou par fierté. Chacun doit à l'humanité et à la société de tenir à son honneur, et d'exiger la reconnaissance de sa dignité humaïne en général, et de sa dignité professionnelle en particulier. L’honneur extérieur, mais évidemment le seul honneur vrai, est pour chacun un bien essentiel et doit être par conséquent l'objet de ses plus sérieux efforts. Il n'y a que l’homme indifférent au point de vue moral qui puisse en faire peu depasse

L'honneur que nous pouvons rechercher pour nousmêmes, nous pouvons le rechercher aussi pour l'avantage du prochain.

Les hommes, lorsqu'ils voient la vertu honorée et estimée, sont naturellement portés à la pratiquer, mais s’ils la voient tournée en dérision, 1l y a grand danger qu'ils ne l’abandonnent, portés qu'ils y sont déjà par leurs tendances naturelles et par les difficultés qu'ils rencontrent dans la pratique de la vertu. Aussi saint Augustin disait-il que celui qui mène

1 Diese Anerkennung (des sozialen Wertes von Seiten der Genossenschaîft) hat keinen unbedingten Wert, sondern bedingt wird von dem Werte, welchen die Genossenschaft selbst besitzt. Es fragt sich, kann die Genossenschaft richtig urteilen, und will sie richtig urteilen. EISELEN, 0D. cit, p 12:

? Seine Ehre (des Einzelnen) ist die wesentliche Bedingung seiner Zulassung zur Gemeïinschaft und ebenso auch seiner Einwirkung auf diese. RoTHE RicH. Theologische Ethik, p. 123-124.

3 ROTHE RICH. op. cit., 123.

une vie vertueuse et ne veut pas recevoir de louanges est l'ennemi des intérêts humains qui sont d'autant plus en souffrance que la vertu est moins estimée parmi les hommes 1. Et ailleurs il donne comme légitime la poursuite des honneurs, si on le fait en vue du bien de ses subordonnés, ou pour tout autre bien qui découle de ces honneurs et distinctions. Ce qui est condamnable, c’est de les rechercher par un vain désir des grandeurs, par une pompe exagérée où par une nuisible vanité ?.

De l'exposé précédent, nous pouvons conclure que «l'effort sérieux et constant que l’on fait pour se rendre digne d’estime et d'honneur devant Dieu et devant les hommes par la pratique de la vertu et par son mérite personnel est parfaitement légitime au point de vue moral. Le véritable amour de l'honneur n’est point du tout en contradiction avec l’humilité chrétienne, qui ne consiste nullement dans un mépris dédaigneux de soi-même, mais qui n’est qu’un préservatif contre la trop grande estime de soi-même 3 ».

Ceux qui condamnent toute aspiration vers l’honneur prétendent que les textes par lesquels on pense légitimer la recherche de l’honneur ne supportent pas l’examen, et qu'ils ne prouvent qu'aussi longtemps qu'on ne les soumet pas au

1 Siquidem non recte vivere perniciosum est; vivere autem recte et nolle laudari, quid est aliud quam inimicum esse rebus humanis quae utique tanto sunt miseriores, quanto minus placet recta via hominum. AuG. De sermone Dei in monte, IT, 1.

? Placetne ut super salutem istam temporalem optent sibi ac suis honores et potestates ? Sane, si ut per hoc consulant eis qui vivunt sub eis, non propter haec ipsa, sed propter aliud quod inde fit bonum, licet ea velle ; si autem propter inanem fastum elationis pompamque superfluam vel etiam noxiam vanitatis, non decet. AUG. Epis. 130, c. vi. MIGNE, P.-L. Vol. XXXIII, col. 408.

3 Das ernstliche und redliche Streben, sich die Ehre und Achtung vor Gott und den Menschen durch Tugend oder persônliche Tüchtigkeit würdig zu machen, ist sittlich durchaus zulässig, denn die wahre Ehrliebe steht nicht in Widerspruch zur christlichen Tugend der Demut, die nicht eine verächtliche Geringschätzung seiner selbst, sondern nur ein Mittel gegen die eigene Selbstüberschätzung ist. Kocu, Lehrbuch der Movaltheologie, p. 282.

contrôle 1. Il nous paraît, au contraire, qu'il est des textes qui, même examinés de près, ne perdent rien de leur valeur probante.

Saint Paul nous recommande de nous prévenir d'honneur les uns les autres, de rendre à chacun ce qui lui est dû, à qui

l'impôt, l'impôt, à qui l'honneur, l'honneur ; saint Pierre

nous fait un devoir d’honorer tous les hommes ?. Ces textes qui établissent, d’un côté l'obligation de rendre l’honneur, supposent, d'autre part, le droit de le rechercher, car les deux termes de droit et de devoir sont corrélatifs 8.

Il est vrai que l’on trouve dans l’Ecriture, sur ce sujet, des textes qui paraissent contradictoires. Tantôt Notre- Seigneur nous recommande de faire nos bonnes œuvres devant les hommes, tantôt, au contraire, 1l nous ordonne de ne pas faire nos bonnes œuvres pour être vus des hommes 4. Cette contradiction apparente n’avait pas échappé aux Pères de l'Eglise, et saint Grégoire, entre autres, résout cette difficulté dans une de ses homélies. [1 conseille aux chrétiens de cacher leurs bonnes œuvres, afin de ne pas s’en laisser dépouiller par le démon. « Je vous dis ceci, ajoute-t-1l, non pas pour que notre prochain ne voie pas nos bonnes œuvres, puisqu'il est écrit : qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient le Père céleste qui est dans les cieux ; mais afin que, par nos actes, nous ne recherchions pas les louanges extérieures. Que notre action paraisse au dehors, mais que notre

i Die zuvor Genannten schützen das vermeintliche christliche Streben nach Ehre mit Schriftstellen.… Eine biblische Begründung, die nur so lange vorhält, als man die Stellen nicht aufschlägt. W. HER- MANN. Realenc. für prot. Theol. und Kirche., V, p. 227.

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3 Ist es auf Seite des Einen eine Pflicht, Ehre zu geben, wem Ehre gebührt, so ist es auf Seite des Andern ein Recht, diese Ehre zu erstreben und zu fordern. Lazarus. Cité par EcKsTEIN, Die Ehre in Phil. und Recht, p. 47.

4 Sic luceat lux vestra coram hominibus, ut videant opera vestra bona, et glorificent Patrem vestrum, qui in coelis est. MATTH., v, 16.

Attendite ne justitiam vestram faciatis coram hominibus, ut videamini ab eis; alioquin mercedem non habebitis apud Patrem vestrum qui in coelis est. MATT., vI, 1. ’

intention soit toujours de les garder secrètes, de telle sorte que nous donnions au prochain l’exemple de nos bonnes œuvres, et que cependant notre intention soit uniquement de plaire à Dieu, et que toujours nous désirions le secret L »

Du reste, ce droit à l’honneur est reconnu et établi même par des partisans du camp adverse et Kattenbusch, entre autres, le défend on ne peut plus catégoriquement en se fondant précisément sur l’un de ces textes auxquels d’autres protestants refusent toute autorité en cette matière. « Pourquoi penser qu'être chrétien au sens de Jésus signifie être insensible aux honneurs en général ? Que des esprits sérieux, mais inquiets, aient pensé qu'il n’était pas légitime de se réjouir des honneurs humains, même mérités, cela prouve une fausse intelligence de l'Evangile. Paul recommande fortement aux chrétiens de Rome de rendre à chacun ce qui lui est dû, à qui l'impôt, l'impôt, à qui l'honneur, l’honneur. Cela signifie en premier lieu que les chrétiens doivent souhaiter et accorder à chacun l'honneur. Cela signifie de plus qu'ils peuvent aussi se réjouir des honneurs qui leur reviennent, lorsqu'on les leur rend. Il suffit qu'ils ne fassent rien pour l’honneur, et qu’ils se souviennent que, dans certaines circonstances, 1l peut y avoir un honneur, non pas malgré, mais à cause des outrages reçus ?. »

«1 Hoc autem dico, non ut proximi opera nostra bona non videant, cum scriptum sit : Videant opera vestra bona et glorificent Patrem vestrum, qui in coelis est : sed ut per hoc, quod agimus, laudes exterius non quaeramus. Sic autem sit opus in publico, quatenus intentio maneat in occulto : ut et de bono opere proximis praebeamus exemplum, et tamen per intentionem qua Deo soli placere quaerimus, semper optemus secretum. S. GREG. Papa. Hom. 11 in Evang. MIGxE, PPT EE VI col Arr:

? Warum denkt man, daB Christ im Sinne Jesu sein, bedeuten müsse, unempfänglich für Ehren überhaupt zu sein ? Da ernste, aber ängstliche Geister gemeint haben, sich auch verdienter menschlicher Ehren nicht freuen zu dürfen, bedeutet nicht das Rechte, sondern ein MiBverständnis des Evangeliums. Paulus schärft den Christen zu Rom ein: « Gebet jedermann, was ihr schuldig seid : (Steuer, dem die Steuer gebühret), Ehre, dem die Ehre gebühret » (Rôm. xur, 7). Das bedeutet zunächst : Christen haben jedem seine

Dans cette restriction, « que les chrétiens ne doivent rien faire pour l’honneur » est indiquée la différence essentielle qui distingue les chrétiens de ceux qui font de l'honneur le fondement de leur système de morale.

Les chrétiens accompliraient leurs bonnes œuvres, alors même qu'il ne leur en reviendrait aucun honneur ni aucun avantage ; ceux au contraire qui font leurs bonnes œuvres uniquement pour l'honneur ne les feront. plus lorsqu'elles cesseront de leur valoir de l’honneurt. Il en est de l'honneur pour les chrétiens comme des récompenses futures que la religion leur promet. Ce serait une faute pour eux d’être ainsi disposés qu'ils cesseraient de faire le bien et d'éviter le mal, s’il n’y avait aucune récompense à espérer et aucun châtiment à craindre ; mais, tout en faisant leurs bonnes œuvres pour Dieu, il ne leur est pas du tout interdit de s’aider de l’attente des récompenses dans l’accomplissement de leur devoir. Ainsi de l'honneur, qui ne doit jamais être la fin, mais uniquement un moyen.

Nous admettons fort bien que nul ne peut prétendre vivre et travailler pour le royaume de Dieu qui recherche l'honneur devant les hommes, sans s'inquiéter de l'honneur devant Dieu ?, mais quand on le recherche dans une juste mesure et dans l’ordre voulu, il ne peut rien y avoir de répréhensible dans la poursuite de l’honneur. Et non seulement il est permis, mais 1l est quelquefois nécessaire de le rechercher, et nous pouvons appliquer à l'honneur ce que saint

Ehre zu gônnen und zu geben. Das heisst weiter : sie môgen sich auch selbst der Ehren freuen, die ihnen zufallen, wenn sie ihnen zukommen. Sie sollen nur nichts um der Ehren willen tun, und wissen, es gibt eine Ehre unter Umständen nicht trotz, nein vermüge erfahrener Schmach. KaTTENBUScH. Ehren und Ehre, Pr 26:

© Honorem vero, et virtutem eligimus propter seipsa (eligeremus enim ea vel appeteremus, etiam si nihil ex eis nobis proveniret). D. THomas in Ehic. ad Nicom. Lib. I, lectio IX. — Unter allen Umständen sei Pflichterfüllung auch wenn wir durch sie Schande statt Ehre ernteten, die Parole. ErSELEN. Wesen und Wert der Ehre, DZ

? Dr. HERMANN ScHuLTz. GrundriB der evangelischen Ethik,

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