PS
Augustin disait de la bonne réputation, qui du reste se distingue à peine de l'honneur : « Le témoignage de votre conscience vous suffit, mais votre bonne renommée est nécessaire au prochain. C’est une cruauté de se fier à sa conscience et de négliger sa bonne renommée, surtout lorsqu'on occupe un poste élevé 1. »
Bien loin donc qu’un chrétien ne puisse rechercher l’honneur et se réjouir de celui qu’on lui rend, il peut le faire plus que tout autre à raison de la haute dignité dans laquelle il est étabh, pourvu qu'il rapporte tout honneur à Dieu à qui seul honneur et gloire dans les siècles des siècles.
Nous ne faisons nulle difficulté d'admettre que celui-là nous paraît plus parfait, qui en soi, et abstraction faite de la charité due au prochain et de toute autre raison, se passe de l'honneur et fait son devoir uniquement parce. que Dieu le veut et que sa conscience le commande ?, mais nous pensons que c'est se montrer trop absolu de vouloir exclure la recherche de l’honneur du champ des aspirations humaines : c'est supprimer du même coup un frein qui empêche bien des écarts et un moteur qui pousse à une foule d’actions vertueuses, et c’est nuire grandement à la morale à force de vouloir la purifier.
Cet honneur que nous avons le droit de rechercher, non point pourtant sans condition, comme nous l'avons vu, dans quelle mesure pouvons-nous le rechercher ? Tout homme a droit dans la même mesure à l'honneur humain parce que tout homme participe dans la même mesure à la nature humaine. Mais quant à l'honneur individuel, 1l varie de l’un à l’autre; on ne peut, pour cet honneur, fixer une
1 Duae res sunt conscientia et fama. Conscientia tibi, fama proximo tuo. Qui fidens conscientiae suae negligit famam suam, crudelis est ; maxime in loco isto positus, de quo dicit Apostolus : Circa omnes teipsum bonorum operum praebeas exemplum. AUG. Sermo 355 (al. 49 de diversis) c. 1, n. 1. MIGNE, P. L., XXXIX, col. 1569.
? Melior est virtus, quae humano testimonio contenta non est, nisi conscientiae suae... Gloriam ergo et honorem et imperium... non debet sequi virtus, sed ipsa virtutem. AuG. Civ. Dei. Lib. V, c. XII, 4.
NMicNe CEXET col EC:
mesure constante, pas même une moyenne, car il est déterminé uniquement par les mérites personnels de chacun f. L'honneur est comme un tissu délicat, qui s’attache étroitement à l’homme. Les cellules s'ajoutent ‘aux cellules, et chaque membre d’un certain groupe social travaille à ce tissu. L'homme ne peut sortir de cette enveloppe et si les tisserands entendent leur métier, l'honneur est pour chacun un nimbe resplendissant, s’il s’est conduit noblement, une cuirasse importune, s’il a mal agi 2 Dans un Etat bien réglé et dans une société idéale, chacun recevrait autant d'honneur qu'il en a mérité, n1 plus ni moins.
Dans la poursuite de l’honneur comme dans celle de tout autre bien, on peut se comporter de trois manières différentes : on peut le rechercher autant qu’on le doit, on peut pécher par excès en le recherchant plus qu’on ne doit, et on peut pécher par défaut en le recherchant moins qu’on ne doit.
Dieu seul peut exiger un honneur sans mesure parce que seul il possède une perfection infinie. Mais excepté l'honneur qu'il reçoit du Verbe, Dieu ne peut jamais obtenir un honneur qui réponde à son mérite, car tous les hommages qui viennent de la créature sont nécessairement finis.
L'homme peut rechercher l’honneur dans la mesure où ses vertus lui en donnent le droit. Nous ne pouvons prétendre qu'à un honneur exactement correspondant à notre dignité intérieure. Nous devons donc être modestes dans nos exigences nous souvenant toujours de notre tendance à nous surfaire, et nous ferons sagement de rester en deçà de ce que nous pourrions raisonnablement exiger, afin d’être sûrs de ne pas
Von dieser Ehre (die individuelle Ehre) gibt es kein konstantes, nicht einmal ein Durchschnittsmaf : ihre GrôBe bestimmt sich durchaus individuell. BINDING. Die Ehre und ihre Verletzbarkeit, Pre
? Die Ehre ist ein feines Gewebe, das sich eng an den Menschen schlieBt. Zetle reiht sich an Zelle, und jeder aus einem gewissen Kreise webt daran. Dieser Hülle kann sich der Mensch nicht entäuBern ; verstehen die Weber ihre Kunst, dann ist dem Einzelnen die Ehre ein strahlender Nimbus, war er edel, ein lästiger Panzer, tat er übel. ECKSTEIN. Die Ehre in Phil. und Recht, DES
oies E, Pie
aller au delà 1. L’humilité chrétienne nous sera d’une grande utilité dans cette appréciation que nous avons à faire de nos propres mérites : elle aura soin toujours de nous rappeler que nous tenons de Dieu tout le bien qui est en nous et de mettre nos défauts en regard de nos vertus. Il faut éviter de se montrer trop pointilleux dans la recherche des honneurs auxquels nous avons droit, car ce serait faire preuve de vanité et d’ambition, comme celui qui est trop exigeant dans la rentrée de ses créances se fait non sans raison soupçonner d’avarice.
L'homme qui est dans la disposition convenable par rapport aux honneurs, c’est l’homme magnanime. L'homme magnanime s'estime digne d'honneur, comme il l’est en effet ; et c'est pourquoi il accepte les honneurs que les hommes lui rendent comme lui étant dus ; il n’en témoigne point d’étonnement, et pourquoi donc serait-il étonné qu'on l’honore ? On est étonné de recevoir ce à quoi on ne pensait pas avoir droit ; mais l’homme magnanime se rend très bien compte qu'il a mérité les hommages qu’on lui rend et qu'il ne reçoit que ce qui lui est dû. Il ne fait pas grand cas des honneurs qui lui viennent de la part des hommes dont le jugement n’est pas droit ; les honneurs, même considérables, que lui rendent les hommes jugeant sainement des choses, ne lui causeront qu’un plaisir modéré ; il n’ignore pas, en effet, que la vertu l'emporte de beaucoup sur l'honneur, et que l'on ne peut trouver pour elle de récompense adéquate. Cependant il accepte ces hommages et s'en contente, comme des plus précieux qu’il soit au pouvoir de l’homme de rendre.
L'homme magnanime ne se laisse pas non plus détourner de la vertu parce que les hommes lui refusent les honneurs auxquels il a droit ; connaissant tout le prix de la vertu, il tient plus à mériter les honneurs qu’à les recevoir en réalité ?.
1 Ricx. ROTHE. Theologische Ethih, €. IV, p. 124-125.
2? Magnanimus videtur habendus is qui magna se mereri existimat, re ita habente. Perspicitur vero etiam sine argumentis, viros magnanimos in honore versari. Honore enim maxime magni viri sese dignos esse existimant, pro eo illi quidem ac merentur. In honoribus igitur
La mesure dans laquelle il est légitime de rechercher l'honneur, c’est donc de le faire pour autant que nous nous en reconnaissons dignes devant Dieu et notre conscience. Légitime lorsqu'elle remplit toutes les conditions ci-dessus énumérées, la recherche de l’honneur devient coupable et illicite dès qu’elle manque à l’une quelconque de ces conditions.
Saint Thomas ramène à la vaine gloire toutes les manières dont on peut pécher par excès en recherchant l'honneur. Ce défaut de la vanité est si enraciné dans la nature humaine qu'il n’est guère d'hommes qui puissent s’y soustraire.
Pascal disait spirituellement que « la vanité est si ancrée
dans le cœur de l’homme, qu’un goujat, un marmiton, un crocheteur se vante et veut avoir ses admirateurs ; et les philosophes même en veulent. Ceux qui écrivent contre la gloire, veulent avoir la gloire d’avoir bien écrit ; et ceux qui le lisent veulent avoir la gloire de l’avoir lu ; et moi qui écris ceci j'ai peut-être cette envie, et peut-être que ceux qui le hront 1 » l’auront aussi.
Pour avoir une notion exacte de la vaine gloire, 1l importe de savoir de combien de manières une chose peut être vaine.
Une chose est vaine d’abord lorsqu'elle n’a pas de subsistance, et dans ce sens on dit que les choses fausses sont vaines ; elle peut être vaine parce qu’elle n’a pas de fondement solide et parce qu'elle est sujette au changement ; enfin elle peut être vaine quand elle n’atteint pas sa fin ?.
et ignominis vir magni animi maxime cernitur. Ac magnis quidem honoribus et is qui a viris bonis deferentur, modice delectabitur, tanquam scilicet sua sibique accommodata, aut etiam sua virtute inferiora, consecutus. Virtuti enim omnibus suis numeris perfectae non facile par unus honos reperiri possit : verumtamen eos aequo animo accipiet, quod illi non possint ei tribuere majora. Eum autem honorem, qui et a quibuslibet et ob res parvas tribuetur, prorsus aspernabitur : haec enim ad ipsum non conveniunt ; itemque ignominiam atque infamiam contemnet, quia in eum jure cadere non pote- TUOT A RIST- E0220 D INC AT EEXe
1 PascaL. Pensées. Edition Brunschwigg, p. 400. Hachette, 1007.
? Sed ut sciatur quid sit vana gloria vel inaniter gloriari, sciendum est, quod vanum tripliciter accipi consuevit. Quandoque enim accipitur vanum pro eo quod non habet subsistentiam, secundum
La gloire est vaine au premier sens du mot lorsqu'un homme recherche l'honneur pour un bien qu’il ne possède pas. Si quelqu'un fait montre extérieurement, pour se faire honorer, de qualités et de vertus qu’il ne possède pas, il est un hypocrite. Mais cette hypocrisie prend différents noms selon la fin à laquelle elle tend en dernier lieu : on peut simuler la vertu pour obtenir une charge dont on est indigne, pour obtenir des biens et des faveurs temporelles, même pour induire quelqu'un au mal ; selon la fin à laquelle elle tend, l'hypocrisie revêt une malice spécifique particulière ; quand elle vise à acquérir des honneurs immérités, elle prend le nom de vaine gloire.
La gloire est vaine encore lorsqu'on prétend tirer de l'honneur d’un bien qui passe facilement ou d’un bien futile et de nulle valeur. C’est dans ce sens qu’on entend généralement la vaine gloire ou la vanité.
C’est donc de la vaine gloire de ue à l'honneur pour des avantages corporels comme la force, l’agilité, la beauté, et de faire ressortir ces avantages par la recherche et l'affectation dans la tenue et par un soin de la toilette poussé jusqu’à l'extrême. Cette coquetterie qui se comprend et s'excuse plus facilement chez la femme 1 est tout simplement ridicule chez l’homme. La force physique jouit d’une grande estime chez les peuples primitifs, où elle est à peu près l’unique loi, et même parfois chez des peuples d’une civilisation du reste assez avancée, comme les Grecs par exemple, qui faisaient grand cas des moindres avantages corporels 2. Mais c’est trop ravaler l'honneur que de lui
quod res falsae dicuntur vanae. Quandoque vero accipitur vanum pro eo quod non habet soliditatem vel frmitatem.…. quod dicitur propter mutabilitatem rerum. Quandoque vero dicitur vanum quando aliquid non consequitur finem. Secundum hoc ergo tripliciter potest dici gloria vana. Quaest. disp. De malo, q. 9. a. 1.
1 Honoris objectum constituunt qualitates tum morales, tum naturales, ut ….pulchritudo (qua mulieres commendantur) etc. NoLDIN. Summa theol. moralis, 6mé éd., vol. IT, n. 631.
? Die Hellenen waren das Volk der Wettkämpfe. Für alles und jedes gab es Preise, selbst für die Schônheïit alter Männer und für