‹ L'honorable A.-N. Morin [microforme]Chapitre 10 sur 41 · ES SS · texte numérisé non relu

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Girouard, au sac et à l'incendie de St-Benoît. “ Heureusement, disait Isidore Lebrun, M. Morin écrit avec goût le français.”

Mettons ici en regard de ce jugement de M. Isidore Lebrun, écrivain français distingué, le juge ment que M. L.-N. Carrier a eu le courage de porter sur le style de M. Morin, dans un ouvrage intitulé : “ Les Evénements de 1837-38,” où la grammaire êt le style ne sauraient étre donnés comme modèles du genre.

En pariant des 92 résolutions, M. Carrier dit que “le style en est vicieux ; la rédaction de ces 92 résolutions est diffuse et sans ordre,” et “ ne fait certainement pas honneur ni à leur père putatif, M. Bédard, ni à leur père réel, M. Morin, qui les avait rédigées sur des notes fournies par M. Papineau.”

Le lecteur pourra, quant au style de M. Morin, choisir entre l'appréciation qu’en a faite M Lebrun et celle de M. Carrier, qui commet une errèur gramnaticale grossière (trois négations : ne, pas et si), tout en voulant critiquer les écrits de cet homme si remarquable par ses vastes connaissances. Il n’y a peut-être pas un seul autre écrivain, dans le pays, qui voudrait endosser cette opinion gratuite de M. Carrier au $ujet de M. Morin.

Pour ce qui est de ces 92 résolutions, elles furent présentées à la chambre par M. Charles-Antoine Taschereau, qui était le président du comité préposé à l'examen de l’état de la province. M. Elzéar Bédard et M, Morin proposèrent l'adoption de ces

St-Benoît.

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C'est encore vers le même tempsque M. Morin fournit à Isidore Lebrun, de Paris (celui que nous avons déjà nommé), des données pour son Tableau des Canadas.

Nous avons encore à citer M. David.

“ Son influence (l'influence de M. Morin) était si grande, en mil huit cent trente quatre (1834), [1] son patriotisme et son intelligence, inspiraient tant de confiance au pays, qu'il fut chargé d'aller à

Londres porter à M. Viger le résultat des derniers événements, et une requête au gru ernement anglais basée sur les quatrs-viugt-duuze résolutions. Mais rien ne put ébranler l’entêtement du bureau colonial, qui resta sourd à loutes les remontrances.

MM. Viger et Morin révinrent en Canada bien décidés à laisser faire la tempête.” [2]

Il existait une scission, dans le parti canadien,

depuis mil huit cent trente-quatre ; cette scission devint plus tranchée, en mi! huit cont trente-six :

[1] Bibaud, jeune, dit : 1833.

[2] Le comité nommé en Angleterre, pour s’enquérir de la valeur des griefs de nos compatriotes, interrogea sir James Kempt, ci-devant gouverneur du pays, MM. Viger, Morin, etc. Garneau dit que ‘M. Morin avait eu unè conférence d'une heure et demie avec M. Stanley et sir James Graham, et ilsavaient discuté ensemble la question des finances et celle d’un conseil législatif électif.” :

MM. Nelson, Cuvillier et Quesnel, que secondaïént le talent et l’influence de M. Parent, dans Le Caw1dien, essayaient de calmer l’effervescence et d'arrêter la majorité sur la pente de l'insurrection.

‘M. Morin fut envoyé à Québec, dit M. David; pour encourager et rallier autour du même drapéat | ceux qui étaient restés fidèles à M. Papineau. Mais M. Morin n'avait pas le caractère et le talent qui soulèvent les masses, Il avait plutôt l’air d'un missionnaire que d'un conspirateur ; il paraissait plus tôt fait pour. porter la croix que l'épée. Les gens de Québec restèrent froids, lorsqu'ils apprirént la nouvelle de l'insurrection dans le district de Mon: tréal.”

D'un autre côté, voici ce qu'a écrit Garneau sur le même sujet : “ M. Morin fut nommé chef de l'as: sociation de Québec, qui faisait peu de progrès. On ne pouvait plus mal choisir ; car, si M. Morin était excellent pour agir sous la direction de volontés supérieures, il valait bien peu comme chef : c'était un homme doux, poli, d’un goût simple ét studieux, ayant plutôt la suavité de manières d’un eeclésiastique que l'ardeur emportée d’un conspirateur.” e

Cependant, l'association des ‘ Fils de la liberté,” formée à Montréal, publia un manifeste rempli de menaces. Les assemblées publiques se multi.

pliaient dans les paroisses de la rivière Richelieu et dans quelques-unes du nord de Montréa’. Nous | étions en LPS: et tout annonçait un recours Pre

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chain aux armes, dans les paroisses que nous venons d'indiquer.

Le district de Québec était resté comparative ment indifférent, sauf une manifestation qui avait eu lieu à Québec, mais de peu d'importance quant à ses résultats.

Nous avons déjà vu que M. Morin avait été envoyé à Québec pour rallier ceux qui étaient restés fidèies au drapeau arboré par M. Papineau ; mais qui n’était pas encore le drapeau de l'insurrection à main armée, Ce fut vers la fin de l’année 1836, que M. Morin vint se fixer dans la capitale, sous prétexte d’y pratiquer comme avocat,

Jusqu'à cette année, M. Morin avait partagé honnêtement presque toutes les vues du chef, M. Papineau, dont l'opposition au parti de loligarchie s'était maintenue dans les voies constitutionnelles.. Au cours de la session de cette année (1836], on voit le jeune député de Bellechasse appuyer de ses votes et de ses discours le grand tribun populaire du Bas-Canada, et surtout dans la dernière lutte entre le conseil exécutif et l’assemblée au sujet des subsides. “ Les débats, dit Garneau, du. rèrent deux jours. La plupart des membresprirent la parole. M. Morin proposa d'accorder des subsides pour six mois. M. Vanfelson ‘proposa en amendement douze mois avec les arrérages. MM. Papineau, La Fontaine, Taschereau, Drolet, Rodier, Berthelot parlèrent contre l’amondement ; MM. Power; Caron; de Bleury l'appuyérent.?

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La proposition de M. Morin passa dans l'affirmative par un vote de 40 contre 27 ; mais elle fut rejctée par le conseil, dont les membres, à cette époque et plus que jamais, méritaient le nom de Vieillards malfaisants. Cette affaire amena presque aussitôt la prorogation du parlement,

Nous avons vu, plus haut, que M, Morin vint se . fixer à Québec vers la fin de 1836, sous prétexte : d'y pratiquer comme avocat. ‘Aussitôt les par- . tisans de M. Papineau crurent voir quelque dessein daus cètte démarche de son disciple le plus dévoué ; ils se réunirent autour de lui, ils s'organisèrent et se mirent en rapport avec les libéraux de Montréal et des autres parties du pays, pour réfuter l'association constitutionnelle, qui, parlant au nom du parti anglais, priait le roi de maintenir le conseil législatif pour tenir en échec l'influence de l’assemblée ; de diviser les comtés de mänière à diminuer les représentants canadiens-français, de rappeler. lord Gosford et de réunir les deux Canadas. Elle: s'adressait en même temps au Haut-Canada pour l’engager à se déclarer contre les Canadiens-Fran-: çais euz-mêmes.”[1]

Le 4 de juin, il y eut, à Québec, une assemblée publique [sur le marché Saint-Paul] des personnes favorables aux 92 rés2lutions, ainsi qu'aux demandes de justice et de redressement de griefs faites par le pays. Ce fut M. Morin qui explique le but:

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de l'assemblée. ‘Il fut suivi par MM. R.-S.-M. Bouchette, Charles Hunter, Edouard Rousseau, L.-J. Besserer, M.P.P., Jean Blanchet, M.P.P., M. Bardy, M.P.P., Charles Drolet, M.P.P., qui adressèrent successivement la parole.” [1]

A titre de souvenir curieux, uons donnons 1ci quelques-uns des noms de ceux qui prirent part à cette assemblée et qui furent les auteurs de résolutions formant, par leur modération, un contraste frappant avec celles qui avaient été adoptées dans le district de Montréal : Joseyh Légaré, Ignace Gagnon, N.-F Belleau [aujourd’hui : sir Narcisse}, Barthélemi Lachance, J, Teed, McVeigh, P.-G.

Tourangeau [aujourd’hui : le directeur de la poste, H.-V,, Québecl, J. Tégaré, J. Picard,/[2] Eugène Trudeau, J.-D. Lépine, le Dr, Rousseau, R. Maloin, Michel Patry, T. Chabot, etc.

L'agitation se continuait dans plusieurs comtés et surtout dans quelques paroisses du‘ sud et du nord de Montréal. “ L'ugitation, dit Garneau, devenait sérieuse dans beaucoup de comtés ; elle finit par inquiéter le gouverneur, qui publia une proclamation dans le mois de juin, pour mettre le peupie en garde contre les écrits et les discours propres à le séduire. Il la fit lire aux milices assemblées. Sans se laisser intimider par cet avertisse-

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[1] Les Evénements de 1837-38, par M. L.-N. Carrier.

* [2] Probablement le député actuel de Richmond et Wolfe, à la chambre locale,

ment, M. Papineau descendit jusqu’à Kumouraska, en compagnie de MM. Girouard, La Fontaine et Morin ; il fit des discours à l'Islet et à Saint-Thoras, où le Dr Taché, [1] alors partisan exalté, avait monté quelques têtes parmi les cultivateurs.”

M. Carrier, déjà cité, dit que M\f. La Fontaine et Girouard traversèrent de Kamouraska à la Malbaie, située en face. et “où leur succès ne fut pas moins grand que celui qu'ils avaient obtenu sur la côte du sud.”

D'un autre côté, on tenait des assemblées à Missiskoui, à l’Assomption, à Lachenaie, à Deschambault, à l'Acadie, où l’on proterta contre les i injustices criantes de la métropole à l'égard du Canada français.

Le Canadien du 21 juillet et du 28 d'août 1837, reproduisait les paroles ou parties des discours des chefs à ces assemblées. “ Tout le monde, dans la colonie, est.mécontent, s'écriait M. La Fontaine ; on demande des réformes. Il est temps d’en venir à une couclusion.”

* L'assemblée de Deschambault est convoquée, disait de son côté M. Morin, pour protester solennellement contre les résolutions de lord John Russell, qui a introduit, dans le parlement impérial, des mesures coercitives pour s'emparer de nos finances contre notre volonté, Cette mesure du mi-

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[1] Depuis, sir Etienne-Pascal:

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nistre est une violation, une spoliation de nos droits les plus sacrés, un acte insigue de tyrannie et d’oppression, que les Canadiens ne doivent pas endurer, qu'ils doivent combattre de toutes leurs forces et par tous les moyens. D’après ce qui vient de se passer en Angleterre, il est clair que le peuple

‘anglais n’a aucuve sympathie pour nous, et que

nous devons en chercher ailleurs. On nous méprise, on veut nous opprimer, rous anéantir. On veut nous tenir sous le joug d’une infâme oppression. Il n’y a plus de liberté pour nous ; l'esclavage va devenir notre partage. Cet état de choses ne doit durer que tant que nous ne pourrons pas le repousser.”

Afin de rendre justice à out, il est bon de femarquer ic, en passant, que quelques voix éloquentes s'élevèrent du sein du parlement anglais pour défendre la cause de nos compatriotes, auxquels la ‘ marâtre Angleterre” voulait arracher les droits les plus sacrés. :

Citons à ce sujet une partie du discours de lord Grenville.

“On a appelé préjugé, dit-il, l'attachement des Canadiens à leurs coutumes, à leurs lois, à leurs usages, qu’ils vréfèrent aux lois anglaises. Je crois qu’un pareil attacheinent mérite un autre nom ; car, suivant moi, il est fondé sur la raison et sur quelque chose de mieux que la raison : 1il.est fondé sur les sentiments les plus nobles du cœur humain,’

Voici quelques lignes d’un discours de M. Latou-

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chère, un des membres très marquants de la chambre des communes et d'origine française, comme l'indique suffisamment son nom. Il prit la défense de n03 compatriotes, et exposa avec force les droits : de notre race contre tous les préjugés hostiles. :

“ Je considère, dit-il, l'acte de 1791 comm: la grande charte des libertés canadiennes. Je crois que si l'intention de Pitt et des législateurs de son temps avait été mieux suivie,.le Bas-Canada serait parvenu à la prospérité qu’on lui destinait, et jouirait de cette concorde ct de ce calme que son alliance avec la métropole doit lui assurer. L'intention de Pitt a été de donner au Bas-Canada une chambre des députés et un conseil législatif, mais non pas de composer ce conseil de membres anglais seulement, qui ne représentent qu’une petite partie de ln population.’

Un troisième défenseur de nos droits et de nos libertés se trouva dans la personne de sir james Macintosh, qui déclara hautement que l’on ne pou: vait conserver notre pays qu'en le gouvernant avec justice. ‘“ Mes maximes, en politique coloniale, dit-il, sont simples et peu nombreuses.” Pro:ection pleine et efficace contre l'influence étrangère ; liberté complète aux colonies de conduire elles-mêmes leurs propres affaires et leur industrie, avec cbligation de payer les dépenses thpananENee de leur gouvernement.

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blée [1} est pleinement justifiable d’avoir agi comme elle a fait, Elle a sans doute le droit de déterminer l'emploi de l'argent qulle accorde. Toute assemblée possède ce droit, et c’est en l’excrçant que les communes acquièrent de l'importance. Si la chambre canadienne en était privée, son contrôle sur la dépense publique deviendrait une illusion. En 1827, elle a passé 31 projets de loi. La chambre haute les à tous désapprouvés. lie gouverueur en est-il responsable? Je réponds que oui. Le conseil n'est pas autre chose qu: san initrument. Ce conseil ne peut pas servir de contre-poids entre le gouverneur et la chambre élective. Des 27 membres qui le composent, 17 remplissent des charges quai dépendent du bon plaisir du pouvoir.”

Donnons encore une page de ce plaidoyer é'oquent en faveur des Français du Bas-Canada.

“Le ministre des colonies, continue sir James Macintosh, s'est adressé aux sentiments de cette chambre, pour exciter sa sympathie, non en faveur des pétitionnaires, mais en faveur de: Anglais du Bas-Canada, et, dans plusieurs endroits de son discours, il nous parle d'eux. Mais j: demande qu'on me montre une seule loi passée par l’assem-

blée du Bas-Canada contre les colons anglais ? Et

le rémède que l’on propose à un mal chimérique,

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[1] La chambre canadienne qui uvait refusé do voter

les subsides.

c'est’ de changer la représentation ? et l’objet de ce : changement, ce sont les intérêts de ces 80,009. Anglais ? Mai, quelle influence, quel pouvoir peuventils avoir contre plus de 400,000 Canadiens, qui ont entre leurs mains toutes les terres, toutes les propriétés du pays ? Î.es Anglais, à peu d'exception près, sont renfermés dans les villes, et se composent, en graude partie, de marchands ou d'agents de marchands. Ce sont tous des gens resqectables, je n’en doute pas ; mais aurons-nous, en Canada, une colonie anglaise distincte du reste de la population ? Les Anglais formeront-ils un corps favorisé ? Auront-ils des priviléges exclusifs ? Serontlis unis d'intérêts et de sympathies, pour assurer la domination protestante ?. Et donnerons nous à tes colonies six cents ans de calamités, comme à lIrlande, pars: qu’il se rencontre une population anglaise avec des sympathies et des intérêts anglais ? Au rom du ciel! n’'introduisons pas un parcil fléau dans un autre pays. Que notre politique soit de donner à toutes les classes des lois équitables ct une égale justice ; et qu'on ne fasse pas croire que les Canadiens nous sont moins chers, qu'ils ont moins de droit à notre considération, comme sujets du roi, qu'ils sont moins dignes de la protection des lois que les Anglais ! La chambre ne doit établir ‘aucune distinction entre ces deux classés d’hommes. S'il est de la nature d’un gouvernement équitable de donner la plus grande portion du pouvoir politique à ceux-qui ont la plus grande’ portion de

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« là propriété et qui forment la majorité, quel droit 4 la minorité de se plaindre? Si la liberté civile et.

le pouvoir politique ne suivent pas le grand nombre æt la propriété, le peuple ne peut plus les tenir que du bon plaisir de ses gouvernants. Je regarde comme des chosès dangereuses la distinction des races et la division d'un peuple en deux classes distinctes.”

Ces nobles paroles, ces actes de justice sollicités par quelques rares exceptions de la députation britanniqué, ne purent faire ouvrir les yeux à la très grande majorité, qui voulut toujours ignorer le demi-million de la race française ou qui ne le reconnaïssait que pour essayer d’en faire l’esclave des 80,000 Anglais dont parle sir James Macintosh. I] y a tout lieu de croire que, malgré tous les efforts réunis des hommes distingués de cette époque, notre pays aurait vu foudre sur lui tous les maux de la malheureuse Irlande, si nous n'euesions pas eu pour voisins les Etats-Unis qui, dans une position à peu près identique à la nôtré, avaient courageusement secoué le joug anglais.

Les chambres canadienh:s furent convoquées pour le 18 d’août, c’est-à-dire peu de temps avant le recours aux atmes, sur la rivière Richelieu, et alors que les esprits étaient vivement surexCités. Le parlement fut prorogé peu de Jours après sa convocation. La brusque clôture des travaux législatifs, par proclamation de lord Gosford, ferma tons te issue à un arrangement amical.

‘ À Québec, quelques jeunes gens, dit notre his-

— 70 — torien, après avoir vainement essayé d'organiser une société semblable à celle des Fils de le liberté, (1) reçurent un envoyé secret de Montréal, qui les informa qu'on allait prendre les armes, et qui les détermina à en faire autant. M. Cazeau, l’un d'eux, comptant sur les ouvriers du faubourg Saint: Roch, prépara quelques balles, qu’il eut beaucoup de peine à cacher à la police, lorsque, plus tard, elle fit une descente chez lui.

Ce club secret avait pris M. Morin pour chef ; mais ses idées ne faisaient pas grands progrès. M, Morin s'en plaiguait à ses amis du comité central des Deux Montagnes. Il leur écrivait, le 25 octobre, pour les remercier de la manière dont ils appréciaient ses effurts pour le soutien des libertés populaires et de la cause canadienne. ‘ Ces ef. “ forts, disait M. Morin, ainsi que les vôtres, au- “ raient déjà été couronnés de succès sans l'influ- ‘‘ enre que les meneurs, l’intrigue, l’iguorance et “la corruption ont exercée sur ceux qui avaient ‘“ une prédisposition ou qui étaient les plus expo- “ sés..…. Avec de la constance et du courage, “ nous détruirons un mal éphémère, nous démas- ‘ querons l’avilissement et la corruption de nos “ennemis et de quelques ci-devant prétendus # amis,”

+ Garneau ajoute immédiatement : ‘ M. Morin,

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malgré ce langage, était un homme doux, poli, d’un goût simple et studieux, ayant plutôt la suavité de | manières d'un ecclésistique que l’ardeur emportée 0 d'un conspirateur. On ne pouvait le charger d'un . | rôle qui fût plus contraire à son caractère. Ce qui faisait dire au Casadien : “ Ce fut pour lui un | “ jour bien malheureux que celui où il se posa chef | “ de parti dans ce district. Tant qu’il n'eut qu’à À ‘ agir sous la direction immédiate de volontés su- a ‘ périeures, plus habituées que lui au commande- | ‘“ ment, il vit s’accroître sa réputation d'homme | “habile ; mais, depuis, il n’a fait que jouer de ‘“ malheur, et prouver que s'il a les talents de 1 ‘ l'exécution, il n’a pas encore acquis ceux de la À “direction.” : 1h Il y a du vrai dans cette appréciation du carac- | tére de M. Morin ; mais il est une autre considé- 74 ration importante que la justice nous commande D d'enregistrer ici. Cette considération, la voici e dans toute sa vérité : c’est que M. Morin commen: 2 çait, ainsi que plusieurs autres. chefs, à s'aperce- 1 voir qu'il est plus facile de soulever les masses que de les diriger ; il voyait déjà que ce mouvement allait plus loin qu’il n’était prudent de le faire, et il regrettait d’avoir aidé, par son influence, ses discours et ses écrits, À des manifestations qui, contenues d’abord dans les limites des voies constitutionnelles, allaient aboutir à l'insurrection à main armée ; qu'à l’insurrectio1 des esprits qu’il avait encouragée, allait succéder la révolution avec

toutes ses ho:reurs, et quirépugaait à son caractère doux et paisible. Il y a un fait acquis à l’histoire : c'est qu. non-seulement M. Morin, mais les autres chefs de 1837, M. Papineau même, ont regretté la tournure qu’avaient prise les événements. Pour celui qui a connu les sentiments intimes de M, Morin, il est facile de croire que l'effusion du sang devait naturellement répugner à son excellent cœur, Il y a d'ailleurs, dans le pays, des personnes encore pleines de vie et qui ont été témoins des regrets exprimés sur ce point par le sujet de cette biographie. 11 reconnaissait bien la justice de nos récrimi. nations, de nos plaintes, en face des injustices commises à notre égard par l'oligarchie de l’époque ; mais il désavouait à tous les points de vue le recours aux armes. |

Si l'on considère, d’un autre côté, le carac tère profondément religieux de M. Morin, on ne peut croire qu'il ait encouragé, ou approuvé même, la lutte à main armée que l'autorité ecclésiastique désapprouvait hautemznt et par ses patoles et par ses écrits. En un mot il se convainquit, lui et les autres chefs, de ce fait répété par l'Histoire de tous los pays : que l'on peut assez facilement donner l'impulsion aux masses ; mais que la direction est presque toujours en dehors du contrôle do ceux qui provoquent des soulèvements populaires. Ea d'autres termes et suivant l'expression d’un grand écrivain : “L’impulsion appartient aux hommes ; 4 le fn, le but, sout du ressort divin, ”

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Nous venons de faire allusion à l'autorité ecclésiastique de cette époque de deuil. La page suivante fera connaître l'attitude qu’elle prit à l'égard de oeux qui conduisaient le peuple canadien à W révolte et de là à l’effusiun du sang ot: à tous les malheurs qui en ont été la suite.

“En 1837, dit Garncau, le siége de Ouébeë était rempli par Mgr Signaï, qui avait si ccédé, en 1833, à Mgr Panet, successeur de Mgr Plessis, Il approuva les paroles adressées par son auxiliaire [1] au peuple égaré par les agitatétirs. “ Depuis longtemps, nos très chers frères, disait Mgr Lartiguë, nous n'entendous parler que d’agitation, de révolte même, dans un pays toujours renommé, jusqu’à présent, par sa loyauté, son esprit de paix et son amour pour la religion àe ses pères: . On voit partout les frères s'élever contre leurs frères, les amis contre leurs amis, les citoyens contre leurs cohcitoyens ; et la discorde, d’un bout à l'autre de ce diocèse, semble avoir brisé les liens de la charité qui unissaient entre eux les membres d’un même corps, les enfants d’une même Eglise, du catholicisme, qui est une religion d'unité.

Encore uné fois, nous ne vous -donnerons pas nôtre sentiment, comme citoyen, sur cette question puremént politique, qui a droit ou tort entre les di=

PARRPPRRNRRREERRNNRERRnEnEnnrRrEntErEE EE ECEREEEECCECCE CEE ERECERECRECECRECOPCEONERCERCRRCETECEEEPCERERRCCRRRRRERRERERRRRERERRNR RER EEE

[ 1] Mgr Lartigue, évêque de Montréal, qui avait adressé un mandement aux Canadiens pour les mettre en garde contre les conseils des Mc Ctce

verses branches du pouvoir souverain ? (ce sont de ces choses que Dieu a laissées aux disputes des hommes) ; mais la question morale, quels sont les devoirs d’ur catholique à l'égard de la puissance ci-vile établie et constituée dans chaque Etat ? cette. question religieuse, dis-je, est de notre ressort et de notre compétence.

Ne vous laissez donc pas séduire si quelqu'un voulait vous engager à la rébellion contre le gou: vernement établi, sous prétexte que vous faites partie du peuple souverain : la trop fameuse convention nationdie de France, quoique forcée d'admettre la souveraineté du peuple, puisqu'elle lui devait son existence, eût bien soin de condamner elle-même les insurrections populaires, en insérant dans la déclaration des droits, en tête de la Constitution. de 1795, que la souveraineté réside, non dans une partie, ni même dans la majorité du peuple, mais. dans l’universalité des citoyens... Or, qui oserait. dire que, dans ce pays, la totalité des citoyens veut la destruction de son gouvernement ?....”

Ce mandement fit beaucoup d'effet.

Mais l'excitation était trop grande, dans plusieurs . paroisses, pour s’apaiser subitement.

Un grand nombre de mandats d’arrestation furent lancés contre les chefs canadiens,dont vmgt-six étaient accusés du crime de haute trahison, entre autres M. Papineau, le Dr O’Callaghan, le Dr Nelson et M. Morin, qui se dérobèrent aux poursuites en se çachant chez des amis, Quant à M. Morin,

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il alla se réfugier dans les bois [dans une cabane à sucre], en arrière de la paroisse de Saint-François : de la rivière du Sud, et non pas en arrière de sa paroisse natale, comme on l'a écrit. On dit aussi. qu'avant d'aller à Saint-François, il s'était tenu caché quelque temps chez un M, Godebout, de Beau port.

M. David raconte ainsi cet incident dans la vie

de M. Morin :

“ Poursuivi par les agents de police, M. Morin se sauva dans les bois, où il vécut pendant quelque temps, grâce à la discrétion et à la charité de plusieurs personnes qui lui apportaient des vivres ; mais il revint à Québec, se montra en public, au départ de Sir John Colborne, puis se constitua prisonnier et demanda un procès, qu'on lui refusa.”

Après l'avoir gardé quelques jours en prison, aurait dû ajouter M. David, on le laissa tranquille.

Tous les écrivains qui se sont occupés de cette belle figure historique, la plus belle et la plus pure de notre écrin national, ont omis, sur cette partie de sa biographie, certains détails intéressants et connus encore de la plupart de ses contemporains, Il est bon de les insérer ici avant qu’ils ne se perdent.

Voici, en premier lieu, ce que racontent les anciens de la paroisse natale de M. Morin, qui l’ont coruu, lui et son père,

Lorsque le chef des patriotes, à Québec, apprit qu'un mandat d’arrestation allait être lancé contre

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lui, il se rendit de nuit à la maison paternelle, afin de s’y tenir caché. Son père, brave homme, dans toute la force du terme, mais incapable de transiger avec sa conscience, ne voulut point recevoir sous son toit ce fils qu'il avait élevé dans tous les sentiments de l’obéissance à l'autorité religieuse, et qui venait, cependant, de désobf r à cette même autorité en encourageant le mc ent de l’époque. On voit que ce paysan caiadien tenait à la rigidité des règles saintes recommandées par Massillon. Et, cependant, M. Morin, père, aimait du plus bel amour paternel son fils Norbert, qui déjà avait jeté beaucoup d'éclat sur son modeste nom de laboureur ; mais, suivaut lui, ce fils était cou pabie : il sut refouler son amour pour lui, et ne vit que sa désubéissance. Un tel motif, même s’il est exagéré, doit commander le respect.

Après ce refus du père de recevoir chez lui le fils que sa conscience lui montrait comme un grand coupable, refus qui dut faire saigner le cœur si aimant de celui-ci, le fugitif alla se cacher dans une cabane à sucre, comme il vient d’être dit, et où il demeura plusieurs mois.

Peu de personnes étaient dans le secret de la retraite de M. Morin. C’étaient des amis intimes qui lui fouruissaient les vivres nécessaires et les nouvelles qu'ils avaient de la ville, Leur discrétion le sauva de l'emprisonnement, et leur charité l'ewpêcha de mourir. A ces deux beaux titres, leurs noms méritent d’être conservés : MM. Gol. |

elle, afin 1me dans de tran-

| recevoir ;s tous les eligieuse, tte même de l’époenait à la par Masaimait du t, qui déjà deste nom était cou lui, et ne même s’il ches lui le 1e un grand cœur si aier dans une dit, et où il

secret de la mis intimes saires et les Æur discréleur charité

peaux titres, |

: MM. Gol-

bert Lavergne dit Renaud, marchand, de Saint- Thomas de Montmagny, Ls. Blanchet, père de l'hon. J.-G. Blanchet, F.-X. Morin, Pierre Morin- Ducharme, Martineau, etc.

Le personnage principal, dans cet acte de dévouement, fut le Dr. E.-P. Taché [depuis, sir Etienne]. C'est lui qui fit venir M. Morin, qui le plaça dans cet endroit, et qui le maintint dans les bois, en lui donnant un homme pour compagnon et serviteur. M. Taché fut aidé, daus cette noble entreprise, principalement par les personnes déjà nommées, et surtout par M, Fraser, celui qui, plus tard, a occupé le poste de gardien du phare de l'île Rouge, vis-à vis de l’île Verte.

Tous ces amis de M.Morins'étaient volontiers associés à M. Taché, et tous allaient lui rendre visite, à tour de rôle, dans son isolement.

Pendant l'hiver, on eut vent que la police de Québec avait reçu l’ordre de chercher M. Morin

de ce côté, et l'on fit changer d'endroit au fugitif

tout eu le gardant dans les bois environnant Saiat- Thomas et surtout sous les bons soins de M. Pru-

. dent Lavergüe, père de M. P.-E. Lavergne, ar-

penteur, Québec,

D'après ce que nous avons appris de diffétentes sources, M. Morin dut changer de cache plusieurs

© fois. C’est ainsi que l’ancienne mévagère de M. -et ds Mme Morin, Mme N, Vachon, [née Leroux, ]

* (Daffirme positivement qu'il se tint caché -quelque temps dans la sucrerie de son frère à lui, Louis Morin, puis, plus tard, chez son cousin, le notaire Morin, de la paroisse de Saint-François de la rivière du Sud. |

Nous avons vu plus haut, dans la citation que nous avons faite de M. David, que M. Morin ‘“ se

montra en public, au départ de Sir John Colborne,” etc. Voici ce qui était arrivé.

M. Morin était revenu clandestinement à Québec, après avoir entendu dire que le gouverneur qui avait voulu le faire arrêter, était à la veille de partir. Des amis de la ville le tenaient caché aux regards des sbires du farouche proconsul anglais. A l'instant même où le navire qui emportait Sir ‘John Colborne quit‘ait la rade de Québec, un ami de-M, Morin [2] le rencontra au haut de l'escalier do la rue Buade, les yeux tournés attentivement vers le port.— Vous ici ? lui dit cet ami.— Oui, répondit M. Morin ; puis, montrant du doigt le

navire du ci-devant gouverneur, il ajouta : “Il

part, et moi, je reviens.”

Une autre considération.

On avait accusé M. Morin de haute trahison, et est-il raisonnable de croire que, s'il se fût senti coupable de ce criuc, il eût demandé qu'on lui fit

need

[1] Mme Vachon demeure à Saint-Roch de Québec.

[21 Il vit encore, et c’est lui-même qui à ads cet incident à l’auteur, .

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ation que orin ‘ se olborne,”

nt à Quéuverneur

veille de oué aux 1] anglais.

Dortait Sir >C, un ami : l'escalier ptivement mi.— Oui, lu doigt le uta : “IL

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de Québec.

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son procès ? Et peut-on supposer que ses ennemis l'eussent ‘* laissé tranquille,” s’il y eut eu la moindre probabilité de réussir à le faire condamner ? Des personnes dignes de fo. assurent que le mandat en vertu duquel on devait arrêter M. Morin, pe reposait que sur une plainte du gouverneur lui-

‘même, qui ajoutait ainsi à son titre officiel celui de ‘délateur et d’espion officieux.

Et, encore une fois, M. Morin était coupable seulement de n'avoir point prévu que le peuple se porterait, sur quelques points du pays, à des excès regrettables. Voilà tout son crime, si toutefois il y a crime à ne pas lire assez loin dans l’avenir ; et cette imprévoyance, il l’a regrettée vivement, lorsqu'il a vu que des plaintes, des demandes de redressements de torts, on passait à la révolte et à l'effusion du sang.

Le parlement impérial suspendit, en 1838, la constitution accordée en 1791, et nous envoya, pour gouverneur, ‘lord Durham, qui arrivaà Québec le 27 mai. Ce nom est resté, en Canada, comme synonyme du nom detyran, La langue française fut bannie du langage parlementaire, et l’on ne reconnut plus, sur cette terre française, que

-Vidiome anglais. Non satisfaite de tout cela, l'An-

gleterre, pensant nous noyer dans l'élément britanniqne, avait décidé de nous unir au Canada an-

glais, ou le Haut-Canada, projet qu'elle caressait

depuis 1822.

L'union des deux Canadas fut le sujet dé lon-:

PES AT te

gues discussions au sein du parlement auglais, où plusieurs orateurs s’élevèrent avec force contre ce projet de loi, considéré alors comme l’arrêt de mort de notre race, sur le sol de nos ancêtres, et dont, cependant, nous avons su, au grand dépit des francophobes, tirer le meilleur parti possible.

Parmi ceux qui s'élevèrent avec le plus de force et d’éloquence contre cet acte d’injustice flagrante et imnéritée, fut lord Gosford, ci-devant notre gouverneur. “Son langage devait avoir d'autant plus de poids qu'il avait eu l'administration &u pays entre les mains, et qu’il connaissait les sentiments de la population et la force des partis.” [1] Qu'il nous soit permis de consigner ici ce discours, qui est tout un plaidoyer en faveur des Patriotes de 1837, et qui rétablit les faits sous leur vrai jour.

“Je regarde, dit-il, l’union comme une expérience très dangereuse, et comme une mesure injuste et arbitraire en elle-même, Si, comme je le crois, ceux qui l’appuient le font parce qu'ils sont convéinËus que la population française est en état de résistance organisée au régime britannique, j.mais ils ne furent dans une plus grande erreur. Pour ma part, je ne crois pas que, dans aucune de nos colories, Sa Majesté ait un peuple qui, par inclination autant que par intérêt, ait plus de désir de rester sur un pied d'alliance et d'amitié avec

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[1] Garneau.

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l'Angleterre. Je n’ignore pas les fausses représentations que l'on a répandues ici avec trop d'activité ; mais je ne, crains pas de déclarer, malgré tout ce que l’on peut prétendre au contraire, que ce que je dis est fondé sur la vérité, et peut être pleinement nrouvé.

On a beaucoup parlé de ce qu'on appelle la révolte récente ; ce sont là des mots qui sonnent bien haut, et qui sont très utiles à ceux qui leur donnent cours. Mais, qr'oique je sois disposé à réprouver toute espèce de soulèvement et de troubles, ,e dois reconnaître qu'il n’est que juste de regarder de plus ‘près au véritable état des choses avant de stigmatiser les événements qui ont eu lieu ; dans des termes qui doivent exciter des préjugés très grands et très funestes pour les Canadiens.

La partie du Bas-Canada agitée par les troubles, n’embrassa jamais qu'une petite section du district de Montréal, sur la rivière Richelieu. Maintenant, quel était son état politique avant les troubles ? Elle était déchirée par les divisions les plus violentes et les plus haineuses, fruit d'élections contestées avec acharne:ent ; l'esprit Ce parti, comme c'est le cas en de semblabies circonstances, était monté au plus haut degré d’exaspération, et con-

tribua beaucoup à ce qui est arrivé. A l'appui de .

mon assertion, je puis citer un fait très. concluant, Le seul endroit, au nord du Saint-Laurent, où

il y ait eu des troubles, est le comté des Deux-

Montagnes. Eh bien ! ce comté se trouvait juste-

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ment, sous le rapport de la violence des luttes électorales, dans le même cas que la rlvière'Ricnelieu, Il y a, surtout à Montréal et dans les environs, des habitants anglais, auxquels tous les hommes libéraux et indépendants doivent être hostiles, et dont les actes et.la conduite ont été caractérisés par un esprit de domination sur toute la population d'origine française ; ils ont toujours aspiré à posséder le pouvoir et le patronage du pays. C'est à eux qu'il faut principalement attribuer les troubles qui viennent d'avoir lieu. Pour prouver ce que j'avance, je n’ai qu’à rappeler à vos Seigneuries une ‘de leurs premières démarches peu de temps après mon arrivée en Canada.

À une assemblée qu’ils avaient convoquée, il fut résolu de lever un corps militaire sous le nom de : British Rifle Legion, ou quelque nom semblable, ‘et une de leurs règles fut que les soldats éliraisnt

leurs officiers. Je saisis la première occasion pour faire des remontrances d’une manière amicale ; “mais c® fut en vain, Je fus obligé d'ordonner la dissolution du corps par une proclamation, après m'être assuré, en consultant les hommes de loi de la couronne, que sa conduite était illégale et inconstitutionnelle. Une section intéressée et violente du parti fhercantile voulait, en persévérant dans ses fausses représentations, faire appuyer ses desseins par ses amis, en Angleterre ; et ce sont ces fausses représentations, ainsi répandues, qui ont amené jes malheurs qui sont arrivés. Tant que ce

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sont ces qui ont : que ce

parti sera encouragé ou soutenu, la méfiance et le mécontentement règneront.

Je suis heureux, cependant, de pouvoir-dire que ces remarques ne s'appliquent qu’à une petite partie de la population britannique, fixée principale- :

ment aux environs de Montréal, et à quelques par-

tisans, à Québec. Bien des Anglais ont souvent, et dars les termes les plus énergiques, réprouvé la violence de ceux dont je parle.

Il est aussi un fait curieux : c'est que quand les

troubles éclatèrent, la populace, car je puis pres-

que l'appeler ainsi, qui y prit part, n'était pas commandée par des Canadiens-français. A Saint-Denis, c'était un Anglais, M. Wolfred Nelson ; à Saint-Charles, un M. Brown, moitié Anglais, moitié Américain ; à Saint-Benoît, un Suisse, qui agissaient comme chefs. Les troubles, comme je l'ai déjà dit, n’éclatérènt que dans une partie du district* de Montréal, Dans le reste de ce district, dans les quatre autres du Bas-Canada: Gaspé, Saint-François, Québec et les Trois-Rivières, tout demeura tranquille, et les autorités civiles y conservèrent toute leur force. Les troubles furent complètement réprimés dans l’espace de trois semaines ; il me fut envoyé de toutes parts des adres-

ses pour réprouver la conduite et: la violence de quelques hommes égarés, poussés par des gens mal

intentionnés, et pour me déclarer la détermination des Canadiens d'appuyer le gouvernement. a paix et la tranquillité étaient rétablieg dans.toute

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la province du Bas-Canada avant mon départ.

Mais cela ne fuisait pas le compte du parti qui voulait écraser la population française.

Convaincu de l'exactitude de ce que je dis, je ne puis m'empêcher de regarder l'union des deux provinces comme un acte des plus injustes et des plus tyranniques, proposé dans le but de priver la province inférieure de sa constitution, sous prétexte que quélques hommes mal intentionnés ont commis des actes coupables, «/ de la livrer, en noyant la population française, à ceux qui, sans

cause, lui ont montré tant de haine ; car ce projet de loi doit la noyer.[1]

Vous donnez à 3 ou 400,000 habitants la même représentation qu'au Bas-Canada, qui a une population d'au moins 700,000 âmes : et ensuite vous imposez la dette de la province supérieure, qui est,

dit-on, d'un million, à une province qui n’a presque aucune dette. Peut-il y avoir ‘rien de plus arbitraire et de plus déraisonnable ? En vérité, on peut mettre en question la légalité d’un tel acte ;

LEP PTE PE EC EPP EEE CPC PEC EEE CE DECEPCECCOCCCCPCCOOECEC EC PEECECECERECEECCCCCCCCERECCONCCOEEESENERERENNERERRRR RENE vs.

[1] Heureusement, il n’en a pas été ainsi, Les hom- . mes distingués que la Providence nous a donnés, dans ces jours de dure éprouve, et dont M. Morin était un des plus marquants, ont fait tourner à notre avantage une mesure que l'on considérait comme notre arrét de mort. Plus tard, lorsque les exigences égoïstes et injustes des Anglais du Haut-Canada eurent rendu l'union impossible, nous yîtmes surgir d'autres hom- 1nes nou moins distingués qui nous donnèrent la confédération des provinces. :

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