IL T A DES POMPES OFFICIELLES
Il y a un costume officiel , une coiffure officielle, des plaisirs officiels, un enseignement officiel, des tentures officielles, des personnages officiels, des démarches officielles, un ton officiel, des visites officielles, des salons officiels, des dîners officiels, des sourires officiels , des illuminations officielles : on assure seulement qu’il n’y apxs de candidatures
OFFICIELLES
— Tu vas me poser “ l’Indépendance ” ; regarde moi bien, voilà la pose...
Et voici notre programme officiel :
Nous créons I’Officiel pour qu’on commence à nous ficher la paix avep tout ce qui est officiel : car nous venons de montrer qu’il n’y a plus rien en France qui ne soit réglementé officiellement et dont les règlements officiels ne soient gardées par des personnages officiels.
Il suffit d’être un, on forme un comité, et l’on se dépêche de demander l’appui du gouvernement et l’estampille officielle, et l’on signe Pour le comité le groupe du comité,
Pour le groupe le président du groupe :
Car on peut être à soi tout seul le président d’un groupe, le groupe lui-même et le comité.
Cette passion des choses officielles est vite insupportable ; à la longue, elle devient dangereuse.
Dangereuse parce qu’on s’accoutume à se payer de mots, de gestes, d'attitudes, qu’il n’y a plus de sincérité, plus d’effort spontané et individuel : je ne crois pas qu’il y ait de très belles choses à attendre, surtout des choses neuves, d’une société où le seul idéal serait d’être Ministre, oü subventionné par un Ministre, ou d’avoir les palmes.
Puis je suis persuadé que les mêmes personnages officiels que nous voyons sousent se conduire comme des canailles, plus vouvent encore comme des imbéciles, pourraient bien être en dehors de' leurs fonctions officielles, de très braves gens, pas plus bêtes què d’autres : les soucis officiels ont fait tout le mal.
Il y a un mot d’huissier (parbleu 1) très significatif. Un monsieur insislr pour voir le Ministre, ministre de la veille:
— Mais si, mais si, le Ministre est de mes amis, nous sommes compatriotes, il vient déjeuner chez moi : passez-lui ma carte, vous verrez qu’il me recevra tout de suite.
Mais l’huissier, flegmatique, le repousse du geste, laissant tomber de ses lèvres dédaigneuses et informées :
. — Quand ces Messieurs deviennent ministres, ce n'est plus du tout comme quand ils étaient députés !
F.t de même quand ils deviennent députés, .ce n’est plus du tout comme quand ils étaient candidats ; et l’homme se transforme déjà par le seul fait qu’il est candidat à quelque chose : il se transforme, ou mieux il se déforme, le temps de mettre un chapeau haut de forme.
Mais le pire défaut des choses et des gens officiels est d’aller à l'encontre de ce qui est simple. Et c’est en cela que je m’explique mal leur . succès en France, si contraire à nos traditions, à notre goût, à notre génie, qui sont tous faits de naturel, de bonhomie et de simplicité.
Nous avons un dicton populaire pour nous moquer des gens qui veulent péter plus haut que leur derrière.
Or tous les personnages officiels, ou qui y prétendent, me font précisément l’effet de ces péteurs excentriques.
Et le public ne bronche pas, il ne trouve cela ni extraordinaire, ni ridicule, il a même l’air de trouver cela très bien : pourtant, fût-ce sous la culotte officielle de drap officiel, un -derrière est toujours Un DER- RIÈRE.
Ressaisissons-nous, sacrebleu ! Et je ne sais pas pourquoi Je dis sacrebleu, car il n’y a pas besoin de se fâcher.
Ne nous fâchons pas, ne nous emballons pas ; seulement puisqu’on veut nous épater, ne nous épatons pas , voilà tout. Non qu’il ne faille jamais s’épater de rien, seuls les niaiB, les fats et les impuissants le prétendent : mais quand je m’étonne, quand j’admire, je neveux pas qu’on l’âit fait exprès, et que cela soit préparé d’avance.
Quand quelqu’un dit : — je vais vous étonner! — si les assistants se mettaient à tourner leurs pouces d’un air détaché, en sifflotant la Valse Bleue, c’est l’étonneur qui serait étonné, d’abord, puis démonté, et ridicule.
Actes officiels, pkrsonnaoer officiels : tournons nos pouces et sifflotons la Valse Bleue.
Et c’est de cette façon que 1 'Officiel sera un journal comique.
Notre Offictrl n’a cependant pas la prétention d’être plus comique que le Journal Officiel de la République française; il le sera seulement moins sournoisement, avec plus de netteté et de franchise.
Au lieu de nous borner à faire défiler les pantins, sans plus, nous les ferons danser un peu, et. nous tirerons sur leurs ficelles.
Et puis le grand amusement, avec un pantin, c’est de regarder ce qu’il y a dedans : c’est du moins l’avis des enfants, qui, pour s’amuser, leur ouvrent le ventre.
Nous ne sommes plus des enfants, nous n’ouvrirons pas les ventres ; il suffira à notre joie de prendre le pantin par les oreilles, et de le regarder sous le nez.
MHHIH
Le moment semble bien choisi pour prendre sa place au théâtre : aussi bien le percepteur vient de nous remettre notre billet de faveur, avec notre feuille d’impositions : c’est cher, mais on est bien assis.
Or il paraît q,ue nous sommes à un tournant de l'histoire , ce qui ne se voit pas tous les jours et doit constituer un spectacle pas ordinaire.
NOUS SOMMES A UN TOURNANT DE L’HISTOIRE
! Voilà ce que vont répétant 581 députés par toute la France, depuis qu’on les a congédiés, et lâchés dans leurs circonscriptions.
NOUS SOMMES A UN TOURNANT DE L’HISTOIRE
Malgré le tournant, cette histoire-là ne nous empêchera pas de payer le terme : eux non plus , d’ailleurs, quoique, en somme, tout ait été assez bien combiné, puisqu’on a licencié les députés à temps pour qu’ils puissent s’en aller avec leurs meubles : — Je suis capitonné , — proclame orgueil-
leusement le wagon de déménagement; — je voudrais bien l'être, — soupire, en palpant son portefeuille, le député qu’on déménage.
NOUS SOMMES A UN TOURNANT DE L’HISTOIRE
Ce sont, les députés qui le disent : Il s’agit surtout du tournant de leur histoire.
On crie sur les boulevards :
« Nos députés ! leurs portraits et leurs biographies, vingt centimes au lieu d'un franc cinquante. »
Il y a un intéressant problème d'arithmétique à proposer dans les écoles de la Ville de Paris :
Fin 1898, « Nos députés » se vendaient 1 fr. 50; au bout de quatre ans. ils ne valent plus que quatre sous ; si la durée du mandat de député, était portée à six ans , comme il en avait été question, quelle serait la valeur de « Nos députés » à l' expiration de la législature ?
Raisonnkmknt : En 1898, iVos députés valaient 1 fr. 50 ; en 1902, ils ne valent plus que 0 fr. 20 : leur dépréciation est donc, pour quatre ans, de 1 fr. 50 — 0 fr. 20 = 1 fr. 80 ; pour six ans, elle sera de moitié plus, soit 1 fr. 30 + 0,65 = 1 fr. 95.
Au bout de six ans, non seulement les gens ne paieraient plus pour avoir les portraits et biographies de Nos Députés; mais si on voulait leur en faire cadeau, il faudrait, leur donner neuf sous avec. c. <j. F. d.
Tous les arrondissements ont vu, en attendant qu’on les débarque, débarquer leurs représentants : la province ne s’était pas trouvée depuis longtemps à pareille fête ; il y a du ministre dans le Lot-et-Garonne, dans la Sarthe, dans l’Ariège ; — et M. Méline est à Remiremont
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