M. DESCHANEL A LA LOUPE
Mais comme on ne soupçonnerait jamais qu’un pays qui a un aussi sale nom que La Loupe , puisse être représenté par un homme aussi chic que M. Deschanel, beaucoup de gens sont persuadés que Deschanel à La Loupe est un surnon du Président de la Chambre; on dit Deschanel à la Loupe , pour le distinguer de son père : Deschanel à la Loupe comme Riquet à la Houppe.
M. Loubet, lui, est allé faire ses pâques à Montélimar; c’est moins loin que Saint-Pétersbourg, mais c’est un petit commencement; avant de partir en Russie, M. Loubet a éprouvé le besoin de s’entraîner, de se retremper aussi, et de se recueillir.
J’ai connu autrefois un préfet, — je ne m’en vante pas, mais il faut bien avoir des relations dans tous les mondes, — un préfet qui soulevait l’admiration des Comices agricoles par la sûreté et l’élégance de ses improvisations; comme il ne se bornait pas à improviser, il avait aussi une fillette, gamine éveillée, dans les six ans et demi, qui ce jour-là me faisait les honneurs des jardins de la Préfecture ; au milieu du potager, elle s’arrête soudain sérieuse, et m’entraînant par la main :
— Cela, c'est le chou de papa.
Et j’appris ainsi le secret des improvisations préfectorales, essayées d'abord devant ce chou, confident discret et passif témoin des efforts et des défaillances.
M. Loubet doit avoir un chou, dans son potager de Marsanne, un chou devant lequel il est en train de s’exercer à dire des choses aimables en russe.
Nous ne voulons pas déflorer par avance ce voyage du Président en Russie, manifestation officielle à laquelle, le moment venu, l 'Officiel saura s’associer comme il convient.
Mais puisque nous avons parlé de chou, — ces choux sous lesquels les enfants poussent, suivant une agréable légende, — une remarque nous vient ici tout naturellement à la plume : le président Félix Faure, avec tous ses grands airs flambards, n’avait en somme qu’une fille ; le président Loubet, avec son petit air de père tranquille, en plus d’une fille, a deux garçons, et il h’y a même pas si longtemps qu’il a eu le dernier : cette performance doit lui assurer l’estime sympathique du peuple russe, qui verra tout de suite en lui un conseiller précieux pour le père de la petite Olga et de la petite Anastasie.
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A ce propos, et dans un but purement patriotique, signalons à, l’atlen tion de M. Loubet et du Tsar, le professeur
Gombault
élève des hôpitaux, spécialiste.
20, rue Oberhampf, près V Hôtel des Ventes, Cofseil Prix défiant toute concurrence.
Méthode scientifique infaillible permettant d'obtenir à son gré des Garçons ou des Filles sans rien changer a ses habitudes !
M. Gombault habitant Corbeil, ces messieurs n’auront qu’à se renseï gner auprès de M. Waldeck-Rousseau, qui y passe l’été.
M. Loubet à Montélimar, les députés partis, je ne vois plus guère d’intéressant dans Paris, que les vagabonds et les souteneurs.
Octave Mirbeau a raconté l’histoire, — et Gémier vient, à la Renaissance, d’en créer le type inoubliable, — du vagabond Jean Guenille, qui, rapportant au bureau de police dix mille francs trouvés par lui sur la voie publique, est coffré à cette occasion par le commissaire, parce qu’il n’a pas de domicile.
C’est du théâtre.
Voici de la réalité :
Sur les quais, au cours d’une rafle, on arrête vingt-deux individus; conduits au poste de la Sorbonne, et interrogés par le commissaire, l’un d’eux,/ — il ne s'appelle évidemment pas Jean Guenille, mais simplement Charles Garnot, — exhibe un livret de caisse d’épargne de 400 francs, à son nom.
— Vous vagabondez et vous êtes capitaliste ! — s’étonne spirituellement le commissaire.
Et voici ce qu’a répondu Charles Garnot :
— J’ai 400 francs d’économies à la Caisse d’épargne; mais pour les toucher, il me faudrait justitier d’un domicile et avoir deux témoins patentés ; je suis si mal nippé que je peux pas trouver de témoins, et comme j’ai pas d’argent, je peux ni acheter des nippes, ni louer un domicile. Alors, je couche sur les bancs avec mes 400 balles ; j’ai 400 balles à moi, dans ma poche, et j’ai du vent dans l’estomac...
Voilà le vrai placement de père de famille ! Quelle utile vertu, que l’épargne !
On comprend mieux aussi le soin que prennent certains escrocs avisés, quand ils vont réclamer de l'argent dans les banques, de s’habiller en médecins militaires ou en sergents d’infanterie de marine.
Car un caissier fera toujours moins de façons pour donner à quelqu’un qui porte un uniforme, de l’argent qui ne lui appartient pas, que pour rendre l'argent, qui lui appartient, à un mal-vêtu, sans uniforme.
— Neueuil et le Quart-d’OEil.
Nous tenions beaucoup, également — titre oblige — à avoir à enregistrer une histoire de souteneurs, dans ce premier numéro de l'Officiel.
Fort à propos ont recommencé les batailles rangées de la Chapelle et de la Villelte.
Au coup de sifflet de Wurden, dit Polyte, de Jolibauit, dit Neneuil de Humbert, dit Titine, et de Touchet, dit Coco, voici accourir la bande des Tatoués, coutre les Grains de Beauté qui les provoquèrent : Paris sera toujours le pays de la bravoure et de la solidarité.
Donc voilà des gens qui étaient bien décidés à se battre ; mais on n’a le droit de se battre que quand on en a reçu l’ordre officiel ; quand on a envie de se flanquer des coups dans la rue, les sergents de ville interviennent, qui ont précisément pour métier de flanquer des coups aux autres, même s’ils n’en ont pas envie : et M. Lépine a fait coffrer tous ces paladins.
11 y a ceci de remarquable que la bata'ille s’était engagée parce que le chef des Grains de Beauté, Wurden dit Polyte, accusait le chef des Tatoués, Erao Mathias, d’être de la police ; or, si Emo Mathias avait été vraiment de la police, lorsqu’on l’a ramassé avec un coup de couteau entre les épaules, on lui aurait donné une médaille au lieu de le conduire au Dépôt.
Mais c’est ici que nous touchons à l’un des côtés les plus significatifs du caractère officiel, qui est d’embêter les gens pour leur prouver qu’on existe, et de se mêler de leurs affaires sans attendre qu’ils l’aient demandé : et c’est pour cela que les gens officiels sont si occupés.
Nous avons estimé qu’enfln le premier numéro de l'Officiel serait incomplet sans une histoire de cocu : nous enregistrerons simplement, toute chaude, l’extraordinaire démarche d’un coiffeur de la Montagne- Sainte-Geneviève.
Ayant acquis la preuve indiscutable que sa femme le trompait, il sollicite une audience du commissaire de police, oonvoque, avec des airs de mystère, tous les membres de sa famille et arrive au commissariat escorté de sa femme, de ses frères, de son fils âgé de neuf ans, de son gendre, d’un oncle, d’une tante, et de son neveu apprenti typographe. Tous, très intrigués, demandent ce qui va se passer : — Vous allez voir, vous allez voir, — répond le coiffeur qui ménage ses effets. Enfin, introduits chez le commissaire, il fait ranger tout le monde autour de lui, assure sa voix, tire un papier de sa poche, et commence à lire cette déclaration :
— Monsieur le commissaire, vous êtes le président du conseil de famille qui s’ouvre en ce moment en votre haute assistance, et stigmatisera comme il convient, je veux l’espérer, la conduite inqualifiable de mon épouse adultère ici présente...
Et le voilà qui révèle, point à point, tous les détails de son infortune, devant tout ce monde, plutôt gêné, l’oncle, la tante, le typographe, et le petit garçon de neuf ans...
— Qu’est-ce que vous voulez que ça me foute ? a observé assez judicieusement le commissaire.
Mais ce coiffeur était bien français, qui, cocu, en réclamait pour son argent, et avait le suprême souci de ne pas l’être sans phrases — sans phrases officielles.
T.es cocus ns nous feront pas oublier les législateurs : ils nous y ïamènent.
Nous ne pouvons nous jeter nous-mêmes dans la mêlée électorale ; tant de mains à serrer d’une main, tant de petits verres à vider de l’autre, comment ferionsnous pour tenir la plume du conseiller et du pamphlétaire ?
Mais nous ne saurions être absents de la grande consultation nationale en ce moment ouverte dans tous les collèges.
Aussi avons-nous résolu d’y faire intervenir la personnalité de
Monsieur Conque
C’est
Monsieur Conque
qui nous représentera devant les comices, c’est Monsieur Conque
qui, pour nous, serrera les mains, prononcera les discours, et videra les petits verres de la propagande.
L’Officiel de la semaine prochaine contiendra des
déclarations importantes concernant
La Candidature Conque et montrera M. Conque à l’œuvre.
Mais, d'ores et déjà , nous tenons à assurer les Lecteurs de /'Officiel qu'ils peuvent , en toute confiance , signaler à M. Conque, les abus à combattre, les réformes à poursuivre, et les injustices à réparer.
Il est probable queces injustices ne seront jamais répurées, que les abus continueront de plus belle, et que pas une seule des réformes n'aboutira.
Mais, quand tout cela aura figuré dans
le Courrier de M. Conque,
au lieu d'avoir simplement à brûler des lettres, c'est /'Officiel que les ministres et autres personnages officiels seront obligés de jeter au feu.
Edmond Chatenay, Editeur.
L’Imprimeur-tiéraiit : J. Weruer.
Imprimerie spéciale de l 'Officiel, 51, rue de Clicliy
1" Année. — N» 2. 1 0 Centimes.
20 Avril 1902.
L’OFFICIEL
Un An : © francs. 14, Rue Damrémont, PARIS
Il semblerait qu’avec ses trente et un ans bien sonnés, le Suffrage Universel ait passé l'âge d'être violé.
Cela n’empèche qu’il y a en ce moment en France, au bas mot, quinze cents gaillards, qui s’accusent mutuellement de vouloir