ÉMILE CONQUE
Car telle est l’habitude familière et charmante des affiches électorales, que l'on y appelle toujours les candidats par leur petit nom: et en appelant M. Conque, Emile, nous sommes à peu près sûrs de ne pas nous tromper : nous serions plutôt, en disant Émile Conque , au-dessous de la vérité...
Faut-il le proclamer dès l’abord, Emile Conque n'est inféodé à aucun parti : sans cela, il est bien évident qu’il ne serait pas ici. • Mais voilà justement ce qu'il esL très difficile d’expliquer eu une formule nette, brève et précise.
Sans doute l'étiquette ne fait pas le reine de : mais on ne prendrai! jamais un remède qui ne porterait pas d'étiquette
Quelle étiquette mettre à Emile Conque?
Indépendant ?
Mais tout le monde sait bien qu’à l’heure actuelle, indépendant n'a pas d’autre signification que réactionnaire.
Les deux seuls députés qui, dans la dernière Chambre, faisaient suivre leur nom de l'éti juette « indépendant », sont MM Schneider, du Creusot, et Boni de Castellane : ça n’est guère encourageant.
Quant à libéral, inutile d'insister, n’est-ce pas ? libéral, ce seul mot suffit à évdquer V Inquisition, les carcans, la geôle perpétuelle, et les autodafés.
Nous avions pensé à inscrire : Candidat des honnêtes gens :
EMILE CONQUE Candidat des honnêtes gens.
Mais les honnêtes gens, il y en a vraiment trop, ou pas assez, et l'on ne peut jamais, avec eux savoir au juste qui l’on représente: car, les honnêtes gens, ce ne sont jamais les mêmes. .
Le candidat des honnêtes gens est toujours le candidat antiministériel : car il est bien entendu que le .Ministère qui fait les élections est toujours un ministère de bandits et de crapules .
Seulement si, comme cette année, le ministère qui fait les élections est d'opinions diamétralement opposées au Ministère qui avait fait les élections précédentes, on ne pourra être le candidat des honnêtes gens deux fois de suite, qu'à la condition absolue d'avoir soi-même changé d’opinion.
C'est ce qu’a admirablement compris M. Doumer.
— N’étiez-vous point radical autrefois, M. Doumer?
— Pardon! j’étais antiministériel. Comme anliminisléricl, j’ai obtenu du Ministère d’alors un poste, plutôt avantageux, dans les Colonies. Au bout de cinq ans, je reviens en France, résolu à quitter l’Administration pour rentrer dans la politique; je n’ai pds à me préoccuper si le Ministère est ou n’est pas ce qu'il était auparavant: j’étais antiministériel, — j’ai dû, comme fonctionnaire devenir ministériel, — mais, redevenu homme public, je redeviens antiministériel ; cela m’a d’ailleurs trop bien réussi une première fois pour que je ne recommence pas une seconde...
Et voilà comme quoi le candidat honnête homme par excellence est à l'heure présente M. Doumer.
Je crois que le plus logique est de proclamer