CANDIDAT
Candidat , simplement.
Candidat, en somme, c’est déjà un programme ;
El Conque, ne peut-on dire que ce nom seul en est un au%si ?
Si Conque est élu, il en sera quitte pour former un groupe.
Pourquoi M. Conque se présente-t il ?
La race des vieux républicains de Quarante-huit tend & disparaître; elle disparait de plus en plus; on doit même prévoir le jour où elle disparaîtra complètement, — et nous n'y pouvons rien.
11 y a bien pour les suppléer les amis et compagnons d'armes de Gambetta, — et de ceux-là, le nombre sera, longtemps encore, assez respectable : un de mort, dix de retrouvés ; car on arrive à concevoir que Gambetta a tutoyé pour le moins trois générations d'hommes politiques.
Enfin et surtout, il y a les jeunes couches de néo-parlementaires.
En Algérie, où les fonctions municipales sont rétribuées, si vous demandez à un colon ce qu’il compte faire de son fils, il vous répond très couramment: — Un maire \
Le café d'Harcourt et la taverne du Panthéon sont également pleins de jeunes hommes qui, depuis leur première communion, se disposent à devenir députés : il y en a même qui n’ont pas fait leur uremière communion, pour augmenter leurs chances.
Vous pressez sur le nez d’un petit gardon, il en sort encore du lait , — mais il vous parlera en même temps, des lois sur les boissons, et du privilège des bouilleurs de cru.
Autrefois, les étudiants envoyaient des vers à l 'Impartial ou au Progrès de leur province ; et s’ils ne devenaient pas de grands poètes, on en faisait des notaires.
Maintenant, ils envoient des articles sur la Mévente des vins et l'Impôt progressif : et comme tous ne sont pas élus députés, on les nomme tout de même sous-préfets.
A part cela, ils jouent toujours au jacquet et à la manille.
Ecole des Sciences Politiques, pépinière admirable I
Les éleves disent aux professeurs :
— Collez-moi toujours ; mais dans trois ans, je serai député, et vous serez bien aise de tenir me demander les palmes.
M. Conque n'est pas de ces petits jeunes gens.
M. Conque n’a pas tutoyé Gambetta, et en Quarante-huit tétait encore M"»* Conque, sa mère.
M. Conque, n'a pas de passé, — ça l’aurait gêné, — et nous aussi, — pour ce que nous voulons en faire.
M. Emile Conque est simplement un homme de bonne volonté.
Fatalement aussi, M Conque est un peu gobeur, car il faut bien, hélas I être un peu gobeur, pour consentir encore à faire preuve de bonne volonté.
— Et à Saint-Victor, ','onsieur le Préfet, qu’est-ce que cela nie
coûtera ?
— A Saint-Victor ? nous leur foutons un pont... vous vous en tirerez pour 60 francs !
Il est de ceux qui oui commencé par dire: — Je m’efforce à faire le bien dans ma modeste sphère !...
Mais, de sa modeste sphère, M. Conque jugeait assez sévèrement ce qui se passait dans des sphères plus importantes.
M. Conque fut entendu répélant en différentes circonstances :
— Si j’étais le Préfet de Police...
— Si j'étais le ministre des Travaux publics...
— Si j’étais à la place de Waldeck-Rousseau...
C’est par de telles phrases, et d’autres semblables, où, sans fatuité de sa part, mais encore une fois, par pure bonne volonté, M. Conque, dans les conjonctures les plus délicates, se substituait, en pensée, à nos gouvernants, c’est ainsi que, petit à petit, a été envisagée la possibilité d’une candidature Conque.
Les choses ont commencé à se préciser au Cercle :
— Vous feriez toujours un aussi bon député que cette canaille d'Untel, ou que Machin qui est gâteux...
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