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exercé lui faisait dédaigner ces déclama tions auxquelles certains orateurs poli tiques, même de mérite, se laissent trop souvent entrainer. Il s’adressait à l'esprit de ses auditeurs plutôt qu'à leurs passions, et il les captivait par les charmes d’une élocution toujours élégante, lorsqu'elle n’é tait pas brillante. On pourrait caractériser l'éloquence de M. Quesnel en disant qu’elle se rapprochait davantage de cette éloquence classique, dont on troûve plus d'exemples dans les sénats, que dans la branche popu laire d’une législature.
Une épigramme acérée, un trait emprunté à une fable, une citation heureuse étaient entre: sés mains une arme plus puissante qu’un long raisonnement ou une invective amère.
En dehors de la Chambre, M. Quesnel avait pris une part active aux procédés que le peuple du pays crut devoir adopter, en 1822, pour déjouer le premier projet d'union des deux provinces, et se soustraire aux
maux que lui préparait ce projet machiavélique.
À un diner politique, qui eut lieu à Montréal avant le départ de M. Papineau, — un des députés qui étaient chargés de faire valoir en Angleterre l’opposition des habitants du Bas-Canada à cette funeste mesure, — M. Quesnel prononça un discours, inséré dans les journaux de lépcque, qui
peut donner une idée exacte de sa manière
comme orateur, et justifier ce qui a été dit plus haut de son genre d’éloquence. T’objet de ce discours était de rendre hommage aux vertus du clergé canadien, et de faire ressortir ses éminentes qualités. Il s’adressa aussi au héros de Châteauguay, l’un des convives, et fit son éloge de la manière la plus heureuse et la plus délicate.
En 1829, l’arriéré des causes à l'enquête, dans le district de Montréal.-était si considé rable, que l’on passa une loi pour consacrer un plus grand nombre de jours à cette partie importante de la procédure, et autoriser la
ÿ nomination de commissaires pour pré:
sider aux enquêtes à la place- des juges du Banc du Roi, occupés ailleurs. M. Quesnel fut choisi avec M. O’Sullivan, autre avocat distingué, mort juge en chef du district de Montréal, pour remplir cette charge. Ce fut à cette occasion qu’ils furent tous deux nommés conseils du roi Le rang que M. Quesnel et son collègue occupaient au barreau, et la réputation dont ils y jouis saient leur donnaient de justes titres à cette marque de distinction.
M. Quesnel avait longtemps fait partie de la phalange patriotique qui combattit, pen dant plus d’un quart de siècle, pour nos liber . tés, et qui revendiqua avec une énergie per sévérante les droits que nous assuraient la constitution britannique et la qualité de sujets anglais.
On devait plus tard voir l’époque où plu sieurs dés membres de la Chambre d’assem blée qui apparténäient à la majorité, et qui avaient secondé constamment ses efforts
dans la-lutte engagée contre l'oligarchie, allaient se séparer de lui, à l’occasion des célèbres résolutions connues sous le nom des quatre - vingt - douze résolutions,
Lorsqu'’elles furent proposées en Chambre, quelques membres, parmi lesquels se rangea M. Quesnel, tout en reconnaissant la justesse de plusieurs de ces résolutions et la réalité des griefs qui y étaient dénoncés,, crurent cependant ne pas devoir en approuver l’ensemble. On ne saurait mieux expli quer la conduite de M. Quesnel, qu'il ne l'a fait lui-même dans le discours prononcé en cette occasion. La presse l’a recueilli, et quelques-unes de ces paroles éloquentes, citées par M. Garneau, sont en effet dignes d’être conservées par l’histoire, et bien propres à convaincre tout homiffe iinpartial de la sincérité de leur auteur et du sentiment consciencieux qui les lui inspirait. Lescraintes qu'il exprimait, le pressentiment qu’il paraissait avoir des malheurs qui se sont réali sés depuis, donnent aujourd’hui à ses paroles encore plus d'intérêt, en leur imprimant un
caractèré quasi prophétique. Nous en cite:
rons quelques - unes : | |
«de souhaite, disait-il, que: mes: prévi- « sions ne,s'accomplissent pas ; je désire me «tromper... Quoique je ne partage pas l’opi.. « nion de la majorité de cette Chambre, si «elle obtient le bien réel et durable du pays « par les moyens qu'elle emploie aujour- « d’hui, jé me réjouirai de ses succès avec « les hommes éclairés qui auront formé la « majorité... Si, au contraire, mes craintes «se réalisent, si la Chambre succombe, je « partagerai avec les autres les maux qui «pourront peser sur ma patrie. Je dirai :
« ce’ sônt, sans doute, les meilleures inten utions qui ont guidé là majorité de la « Chambre. Et l’on ne me verra pas munir «avec ses ennemis, pour lui reprocher d’a- « voir eu de mauvais desseins. ‘Voilà ce qui « ave ma consolation. »
sit l MUR
Dans shit soeibe: de publique s'était prononcée fortement contre les mem bres de Li minotité qui s'étaient opposés
aux 92 résolutions, et plusieurs d’entre eux perdirent leur siége aux élections suivantes. M. Quesnel ne jugea pas à propos de se pré senter devant des électeurs qui ne partageaient pas ses vues, et se retira de la vie publique. Cependant les événements de.
vaient plus tard l'y ramener,
Telle est l'opinion favorable que M. Ques nel avait laissée dans la Chambre, qu'un membre distingué de la majorité, M. Girouard, exprimait le regret que ses .élec.teurs ne lui eussent pas continué. le mandat qu'ils lui avaient confié jusqu'alors.
L'arrivée de lord Gosford trouva M. Ques nel dans la retraite, |
La réputation dont il jouissait, le. rôle qu’il avait joué dans la Chambre d’assem blée, la part qu’il avait prise aux différentes questions qui avaient agité l'opinion publi que, le désignaient d'avance comme pou vant donner des rènseignements exacts sur quelques - unes %e ces questions. Aussi, fut -
Là
il appelé devant la commi:sion présidée par lord Gosford, qui siégea à Québec et à Montréal pendant plusieurs mois, chargée de s'enquérir, de l'état de la province et des moyens de mettre un terme aux Gifficultés dont elle était le théâtre.
Dans son témoignage, M. Quesnel invoqua,.)eif faveur du Séminaire de Saint - Sulpice de cette ville, les capitulations, les traités et autres actes qui établissent les droits qu'on lui contestait. Cette question avait alors d'autant plus d'importance, que la spoliation des biens du Séminaire avait été méditée depuis longtemps. Sur d’autres matières de législation d’un intérêt plus général, et dont quelques - unes se ratta chaient à l’état politique de la province, il émit les opinions qu'il avait soutenues au sein de l'Assemblée, et qu il evait partagées avec la majorité quand il y siégeait, se mon trant ainsi conséquent à lui- même et fidèle à Ses convictions. | PART
PE HS t} ‘er
Ce Mine tolé ous de tord Gos:
ford, qu’il fut choisi pour être mernbre du Conseil exécutif.
Pendant lés troubles qui, en 1837 et 1838, agiterent le district de Montréal, M. Quesnel vit se réaliser les craintes qu'il avait expri. mées dans le discours Cité plus haut. Il avait annoncé qu’il partagerait avec les autres les maux qu’il pressentait : il eut, en effet, non seulement à gémir sur les souffrances dont un si grand nombre de ses compatriotes furent alors victimes, mais encore à déplorer l'infortune de plusieurs de ses anciens
amis politiques, pour, lesquels il avait
conservé des sentiments d'estime et daffection, que n'avait pu diminuer la divergence de leurs opinions politiques. Quelques-uns d'eux étaient en exil, et d'au-
tres, plus malheureux encore, étaient.
dans les fers. Lorsqu’à ces jours. néfastes.
eurent succédé des jours plus calmes, M.
Quesnel | et. qu élques-uns. de ses an-
ciens amis politiques se retrouvèrent ensemble avec bonheur, et purent bientôt
litique où les événements devaient les onduire. : |
Avant cette époque, on lui avait donné un émoignage d'estime et de confiance : ii ut chargé de présenter au gouverneur a requête dans laquelle on demandait la anction de l'ordonnance qui confirmait es messieurs du Séminaire de Montréal ans leur droit de propriété ; il s'agissait des eigneuries dont ils étaient en posses ion vant la cession du ‘pays à l'Angleterre.
ersonne ne pouvait s'acquitter de cette âche avec plus de tact et de convenance que , Quesnel,
Après que, l'union du Hat et èn Bas anada eût été décrétée,onsentit, dans cette ernière province, le. besoin d'envoyer au ouveau parlement des députés qui, par leur onnaissance de la langue anglaise et leur xpérience parlementaire, , pussent repré enter dignement: les citoyens d’origine rançaise, et veiller à leurs droits, dans la ituation assez cie que cette union leur vait faite, ‘ ms Rs rue PTS
Telle était leur position, sous ce nouveau régime, que leurs représentants ne pouvaient acquérir d'influence, : ni * aposer de respect à leurs collègues du Haut:Canada que par les talents et les connaissances.
Les électeurs du, comté de. Montmorency jetèrent. les yeux sur M. Quesnel, comme réunissant les qualités nécessaires pour les représenter avec avantage, et' l’élurent, spontanément et: unanimement, membre de l'Assemblée législative de la provinceunie. Leur. attente ne fut pas trompée.
M. Quesnel répondit à cette marque de confiance en travaillant, de concert avec ses collègues du Bas - Canada, à améliorer la législation de cette section de la province, et à faire fonctionner, autant que possiblé, le nouveau régime, dans l’intérêt dé ses compa triotes. Bientôt ilconquit, par son talent et sa parole, une grande influence, dont ilse servait pour contribuer à tirer le parti le plus favorable de notre ROUVe He EM onee" — qué. Sa modération, ses dispositions | liantes, l'intelligence des intérêts du B
Canada, la part qu’il avait prise aux discus sions des questions agitées avant l'union, le rendaient éminemment propre à accomplir cette noble tâche. Tant qu'il demeura dans la Chambre basse. il unit ses efforts à ceux de ses collègues qui avaient les mêmes vues que lui, pour atténuer les inconvénients de l'union imposée au Bas-Canada, et même pour lui faire produire, s’il était possible, quelques avantages en faveur de ses compatriotes.
Après la résignation du ministère Baldwin et Lafontaine, M. Quesnel, qui avait soutenu les ministres dans cette démarche, rentra de nouveau dans la vie privée.
L'anienbitient qu 1l avait “he en Cham re aux ministres démissionnaires, n’empé ha pas leurs successeurs de l'appeler âu iége du gouvernement, pour lui confier es fonctions attachées à la place de procueur général, demeurée quelque temps va ante dans le Bas-Canada. Il s’en acquittz vec une habileté et ‘un : soin qui lui
concilièrent la confiance et l'estime :dé lord .Metcalf.. Les quälités dont M. Quesnel fit preuve en cette occasion; permirent à M.
D.-B. Viger, alors membre de l'Exécutif, d'apprécier encore davantage ses talents :et ses aptitudes. Inutile de dire que les devoirs dont se trouvait chargé celui qui représentait le procureur général exigeaient, non -seule ment un travail assidu et beaucoup ‘d’apti tude pour les, affaires, mais encore upe variété de connaissances légales, et des notions étendues de droit public et privé.
Plus tard, en 1848, M. Quesnel. fut appelé à siéger dans le Conseil législatif de la province, précédé d’une réputation qui lui valut de suite un rang éminent dans cette bruns de là nd je «ti
«Parmi. les saivirei qu il a FH FES la Chambre haute,il en-est-un qu'il n'est pas permis d'émettre. : rides une’ Lsecl un ‘ses
poliation. Heureusement qu'il se trouva à des hommes animés, comme M. Quesel, d’un respect profond pour le droit e propriété. Frappé de l'injustice extrème ue respirait l’une des premières mesures roposées pour l'abolition des droits seigneu iaux, il la dénonça avec énergie, dans le onseil, comme empreinte d’un caractère de poliation. Grâce à son opposition et à celle e ses collègues, elle fut rejetée. Quant à elle qui, plus tard, fut adoptée, c’est en rande partie aux ‘changements nombreux t importants qu'il suggéra, de concert avec uelques autres, pénétrés du même senti ent de justice, qu’elle put obtenir la sanc ion du Conseil. Si toutes les idées de M.
uesnel avaient prévalu, la protection offerte ux seigneurs eût été plus efficace, sans endre la condition des censitaires moins avorable.
Sans nous arrêter à toutes les autres esures auxquelles M. Quesnel a pris part, ous avons cru à propos de parler en parti ulier de la mesure seigneuriale, à cause de
l'agitation qu'elle a produite dans le pays, de la diversité des opinions qu'elle a fait naître parmi les jurisconsultes, et des grandes difficultés qu'offrait sa solution.
Concilier autant que possible les droits des seigneurs et des censitaires, combattre bien des préventions injustes et refouler le torrent d'idées fausses partagées par: des: hom mes estimables, était une tâche digne d'un publiciste éclairé, d’un législateur sage et prudent, et cette tâche, M. Quesnel a travaillé à l’accomplir autant que les circons tances le lui ont permis.
Pendant plusieurs années, il a été à la tète d’une de nos plus anciennes institutions monétaires, la banque du Peuple, dont il était encore président quand il est mort. Les services qu'il lui a rendus sont encore une preuve de la variété de ses aptitudes, et de la facilité avec laquelle il savait se rendre maitre des questions les plus étrangères à ses études habituelles. fi
C'est surtout dans le commerce’ intime de
a vie privée, que. M. Quesnel déployait ces ualités de l'esprit et du cœur qui donnent ant de charmes à la société.
Conteur aimable, il égayait sa conversaion d’anecdotes piquantes. Ses plaisanteries taient toujours assaisonnées d’un sel attiue, Des connaissances variées, qu’il possé ait dans:.les lettres, les sciences et les arts, ntéressaient tous ceux qui s’entretenaient vec lui Les étrangers concevaient une aute opinion de son intelligence. M. A. de uibusque, éminent littérateur français, qui demeuré parmi nous quelques années, vait occasion de le voir fréquemment, et il arlait de lui comme d’une tête fortement rganisée.
Une imagination vive et féconde ne nuisait as, Chez lui, à l'exercice d’un jugement ujours sain, auquel la modération natulle de son caractère laissait toute sa liberté. es amis recouraiéent volontiers à lui dans urs difficultés, et ce n’était pas en vain wils en appelaient aux ressources de son
génie. À ces qualités brillantes de l'esprit, il joignait celles encore plus précieuses du cœur. D'une obligeance qui ne se lassait jamais, il saisissait volontiers l’occasion de l'exercer. N’exigeant rien pour lui, toute sa sollicitude se portait sur les personnes qui, à titre de parents on d'amis, avaient des droits à ses faveurs. Il environnait des soins les plus attentifs ceux qui habitaient sous son toit. Tout ce qui pouvait contribuer à leur bien-être devenait pour lui une occupation constante, L'amour des enfants, ce trait caractéristique de la bonté, était presque une passion chez lui. Dans sa maladie même, c'était une consolation pour lui de se voir environné de ceux qu'il avait vus naïître, et qui avaient répandu tant de sérénité sur ses dernières années.
M. Quesnél avait une vieillesse heureuse et exempte d’infirmités, quand il fut atteint de la maladie qui devait mettre fin à ses jours. Ilen souffrait déjà depuis plusieurs mois, sans qu'il se doutät qu'elle fût aussi
sérieuse, se flattant toujours de recouvrer des forces qui l’abandonnaient.
Ce ne fut que lorsque les symptômes devinrent plus alarmants et que les médecins lui eurent fait connaître son état, qu'il en vit toute la gravité. Il reçut cet avertisse ment avec beaucoup de sang-froid, parlant de sa maladie, déclarée mortelle, comme il eût parlé de celle d’un étranger: Une attaque de paralysie, prélude d’une mort. prochaine, dut faire évanouir jusqu’à. l'ombre de l'espoir. Son intelligence, par un .bienfait signalé de la, Providence, n’en reçut aucune atteinte, et ses facultés demeurèrent intactes jusqu’à.la dernière heure. Îl trouva. dans la foi chrétienne, dont il avait toujours. conservé le sentiment, et dans les secours de la religion, les consolations dont. l’homme a tant besoin dans ses derniers moments.
Il reçut le saint viatique et l’extrême-onction avec des sentiments bien propres à toucher.ceux qui en furent témoins,
Après ectte attaque de paralysie, M. gs nel vécut encore quelques semaines, ‘qu'il
“employa à se préparer davantage, par de pieux exercices, au moment suprême qui s'approchait visiblement.
Il eut la consolation de recevoir plusieurs fois la sainte communion, et toujours avec une foi vive et une tendre piété. Tous ceux qui l'ont vu dans ses derniers moments, ont admiré la vivacité des sentiments chrétiens qui l’animaient, et plusieurs membres du clergé en ont été singulièrement édifiés.
Nous sommes heureux de rendre ici un hommage mérité au dévouement du Rét.
P. Schueider, un des membres de la compagnie de Jésus, qui, en assistant M. Quesnel pendant sa maladie, avait su gaÿner toute sa confance.
Les membres de la famille qui enwouraient M. Quesnel, lui témoignèrent un dévoue ment filial, et lui prodiguèrent, jour et nuit, les soins les plus affectueux et les plus en pressés. Aussi fit-il voir combien il y était sensible, en ‘exprimant la crainte qu'ils ne
efforts pour le soulager. Ce sentiment lui faisait même désirer. le moment qui l'enlèverait de ce monde.
Le temps approchait où cette belle existence allait s’éteindre. M. Quesnel, à la suite d’une agonie de quelques heures, qui ne fut accompagnée d'aucune convulsion, expira doucement, le 28 juillet 1866, vers quatre heures et demie de l'après-midi, environné de sa famille, et assisté par le Rév P. Schneider, qui a recueilli son dernier soupir.
La plupart des contemporains de M. Quesnel l'ont précédé dans la tombe. L'absence de quelques autres a privé l’auteur de cette notice biographique de renseignements qui auraient pu lui donner plus d'intérêt. Il n’a pu l'écrire, du moins en grande partie, que d’après des impressions, des souvenirs, dont quelques-uns remontent à une époque assez éloignée de nous. Aussi, il ne se dissimule pas combien l'esquisse qu'il vient
de tracer est imparfaite. et. combien elle est
loin de reidre à une mémoire qui lui est chère toute la justice qui lui est due. Con:
fiant dans l’avenir, il se flatte, que, plus tard,
avec le secours de ge ie une : plume