RICHESSE
TOME ossccscee CT 247,338,000 1,720,000,000 Californie... 207,874,000 1,340,000,000 Minnésota ........,., . 52,294,000 792,000,000 IS ANDAS .svosrocnscvsee 32,327,000 760,000,000 Orégon........,. 28,930,000 154,000,000 UtAR onrors soso soso 5,596,000 114,000,000 COIOPAT On rentes 'éceéesvécns 240,000,000 Maths 0 9, 131, 000 385,000,000 Washington... 5,601,000 62,000,000 NOMADE rnviaenés teens) rate eetatétuss 156,000,000 Dakota ...... rise serre nets see 118,000,000 GOT CNET ON OR 29,000,000 Montana ....….. done envers Étant 40,000,000 WYOMINY secs covsoso sososeoso so recrones 54,000,000
Augmentation ss. 810,563,051,000 Moyenne par année... 528,000,000
Nous avons donc le résultat suivant :
Moyenne par année de l’augmenta-
tion de chemins de fer............, 1,773 milles, Moyenne de l'augmentation de la po-
DUIATION. secs so cesteseresossosseée 393,190 âmes. Moyenne de l'augmentation de la ri-
OMR en dr Lee ben Et ee tete $528,000,000
Cela prouverait que chaque mille de chemin ü+ for a valu pour l’ouest : 222 âmes et $300,000.
L’an dernier, les ports de New-York, de Boston, de Portland (Maine), de Philadelphie et de Baltimore ont exporté pour $8536,315,318 de produits agricoles. Or, la statistique constate que les Etats que je viens de mentionner ont fourni 95 pour 100 de ces produits. Les mêmes causes ont toujours les mêmes effets et nous le voyons déjà dans le Nord-Ouest,
Il y a aujourd’hui, dans le Nord-Ouest, 250,000 âmes de plus
me
qu'en 1873 et la moilleure preuve de ce peuplement rapide se trouve dans l'augmentation du revenu des douanes et de l'accise, C'est là un critérium infaillible, Jugez plutôt :
Douanes, Accise,
1874 ......, booosese soins 8 66,509 $ 4,287 BAD etronit tbitersesee 179,877 8,176 11 CENT dodo ere 262,492 19,716 AOTT so ssossove RT 225,314 24,018 MB has cu 344,805 39,022 CT 294,591 53,741 1880 .. PAT 321,179 64,065 LUE cnesreserstentes 471,845 97,678 FOOT hrrarnivrerontiete 1,108,678 156,794 1988. 4e conosonss 1,888,605 188,872 1084 sos srevteernss 735,544 156,799 1885 19 mois) ......,.., 475,132 115,992
La quantité de terres vendues est une autre manière de juger du développement d'un pays nouveau, Or le Dominion est en état de montrer les recettes suivantes, indépendamment des ventes faites par la compagnio du Pacifique.
BOT Tniteisecsece NORTON IT AT 8 3,799 1: 1 RAAPEQ AE NN Mer AE te 19,424 ÉD irierreletenelreenar en déeeen rats e 23,828 ARR MN re tre tes PAL 120,479 198 séeoconsssn se NACRE TON ET ET 131,124 DORA NE A ne ER ner EME 1,744,456 LOS in iodiremenmette pau 1,009,019 LOE rorermrnrtoteroriderieentres te 951,636 0 2 PER AE RS ER PET 400,165
Il pout y avoir une diminution apparente pour les neuf derniers mois, Mais nous ne devons pas oublier que la plus grande partie des ventes se fait généralement au printemps et que, cette année, les troubles du Nord Ouest ont arrêté la venue des immigrants et les affaires dans cetto région. Nous devons aussi prendre en considération le fait que l’immigration ici comme aux Etats-Unis diminue à certaines
époques comme on peut s'on convaincre en référant au tableau suivant :
LOT D ovocone sversovsorvones cesse 00 po né en cé 227,098 1876, oorebees PONT TEOS rte a svéuss 169,986 AT ooséséosucess des reves décoboo densité éttoul 141,857 BOT os résnréentbes-sani trot vonnscnssosseueseusesse JDE TON
IT inenedisecstede vos RER vos teen teRte PERS LOU ndersosnssvre cts étaseo no seuitoccesentente - OBTINT
1) RARE nettes COR 1882... .sonvcsovosoovooe “eensosoeeee ounce vs 788,992 11 7 OR ET FAIRE RS ie ec CONTES 1884... TETE TENTE LEE T NET TELE ATTNIT ss D18,592 1885 (1er décembre—6 mois)... 243,415
Mais si le mouvement de l'immigration au Canada est un peu ralenti, il est loin d'être arrêté, ainsi que le prouvent les chiffres suivants :
Ventes du ler juillot 1884 au ler mai 1885 — Acres, Homesteads—1,860, de 160 acres chaque... 297,600 e 520, de 80 ‘“ HE ss 41,600 339,200 Préemptions—1,016, de 160 acres chaque... 162,560 «é 520, de 80 “ 4, 41,600 204,160 LOT PRO OT ITA see senoossosoessseseseooses 109,400 POSE ss rerssssaneetrennnhes 652,760
N. B.—Les ventes ne comprennent pas 153 lots de ville à McLeod.
On a dit dans cette Chambre ot dans la presse: ‘“ Pourquoi le gouvernement ne se prévaut-il pas de son droit de prendre possession du chemin, si la compagnie ne peut pas le finir, plutôt que de lui avancer d’autres fonds ?”” Jamais plus fausse politique n'aurait été miso en œuvre. Il ne faut pas oublier qu’il y a pour $829,000,000 de capitaux privés dans cette entreprise, et que ce n’est pas sur un dictum du gouvernement que ces particuliers s'inclineraient, laissant 1à leur argent, toute leur fortune peut-être. Les capitaux privés ont le droit de se défendre, c'est
leur devoir de le faire, et dans lo cas actuel, comme on ne peut pas exiger la livraison du chemin avant six années, ils le feraient, Ce n'est pas l'intérêt du gouvernement de chercher lu ruine des particuliers, Dans le cas du ‘“ Northern Pacific” il y a eu deux catastrophes de co genre qui ont produit la plus profonde secousse dans la grande république tout entière, La chute de Jay Cocke, puis celle de Villard ont entraîné des crises financières aiguës, malgré l'immensité des affaires qui 8e transigent à Now-York et dans lesquelles ces deux événements auraient dû se noyer, Mais si le contrecoup do ces deux chutes a été si prolongé dans un tel milieu, je me demande ce que deviendrait notre monde financier, dans les mêmes circonstances, J'entrevois un amoncellement de ruines qui ferait de nos rues des déserts ct de nos banques des cimetières, Pas un gouvernement no pourrait ainsi se substituer à la compagnie sans l'indemniser de ses déboursés, Les gouvernements ne peuvent pas de la sorte spolier les particuliers, profiter de leurs misères ou de leur impuissance, pour s'approprier le fruit de leur travail et de leurs économies. Quand le gouvernement a besoin d'argent, il le perçoit par une taxe qui pèse également sur tous ; il ne peut assaillir la bourse d’un citoyen et s'enrichir à ses dépens. Il est vrai que la loi de l’an dernier semble avoir posé le principe contraire; mais, au fond, elle n’a fait que nous assurer le contrôle des négociations nt empêcher, sans notre permission, l'épuisement inconsidéré des ressources du chemin, et pas un homme sérieux n'oserait dire qu’en prenant le chemin, la loi a prévu quo le gouvernement ne devrait pas indemniser, au moins en partie, les actionnaires qui y ont mis leur argent, Mes paroles, je le sais, vont donnor prise à l'honorable chef de l'opposition qui, l'an dernier, imbu de cette vérité élémentaire, nous disait: ‘ À quoi bon cetto rigueur, cette clause terrible qui vous autorise à prendre le chemin, sans forme de procès ? Vous ne pourrez jamais vous résoudre à reprendre ce chemin sans indemniser les particuliers qui y ont mis leur agent.” Personne, que je sache, n’a spécialement contredit l'honorable député sur ce point. Nous avions besoin de cette clause sévère pour surveiller la construction et les opérations du chemin et pour donner l'assurance au public que nous irions, en cas d’extrémité, aux limites de la rigueur permise. Do tous temps, les
gouvernements ont donné ces indemnités et de tous temps ils agiront ainsi. C’est déjà assez pour les particuliers d’avoir perdu leur travail et une certaine marge pour frais d’administration ct fausses dépenses qu'on no trouverait pas représentée dans les travaux existant. Le gouvernement, pour prendre possession du chemin, aurait done dû débourser à peu près les $29,000,000 d'actions payées, moins lo dépôt déjà entre nos mains pour garantir l'intérêt. Puisque la compagnie demande $815,000,000, parce qu'il y a de nouveaux besoins sur le chemin, nous n’aurions pu nous soustraire à cette responsabilité et il nous aurait fallu commencer, en conséquence, par ajouter à la dette nationale quelque chose comme $30,000,000, à un moment où nous avons pour $25,000,000 d'obligations à racheter, et $830,000,000 à emprunter. Qui peut dire à quel taux seraient tombés les fonds canadiens, sous l'inspiration de l’immense tentation d’agiotage que cette ruineuse négociation aurait fait naître.
Je n'hésite pas à dire que le résultat d’une semblable opération aurait été une perte énorme pour le trésor. Ce que je dis à n’est pas un argument nouveau. L'honorable chef de l’opposition s’en est servi avant moi. Il est vrai qu'il a paru s’en servir en manière de sarcasme, mais il sentait, tout de même, la force de cet argument lorsqu'il nous disait :
“ Et dans quelle position se trouveront le gouvernement et “ le parlement, à la fin des deux années, si ces promesses ne sont ‘“ pas remplies? Allez-vous sacrifier les intérêts de ces action- ‘ naires—ces pauvres gens qui ont dépensé leur capital sur le ‘“ chemin, qui ont fait tant de bien au pays, qui ont bâti un ‘“ chemin plus rapidement que jamais chemin n’a été bâti et ‘“ qui y ont dépensé plus d'argent qu’on n’en a jamais dépensé ‘“ auparavant? Votre charité et votre confiance et votre sym- ‘“ pathie sont immenses, allez-vous les exproprier, usuïiers au ‘“ cœur dur que vous êtes. Vous qui avez dit que la garantio “ valait deux ou trois fois la somme prêtéo, allez-vous mettre “les volets ct chasser ces gens de leurs maisons, de leurs ‘ foyers, les dépouiller de leurs palais, leur enlever leurs équi- ‘“ pages princiors ? Assurément vous ne vous conduirez pas ‘“ aussi méchamment ? Voilà l'appel qui sera fait, voilà l’appel “ qui sera entendu. Le passé nous dit ce que sera l'avenir.”
Oui, M. le Président, nous ne pouvions pas prendre possession du chemin dans des circonstances qui auraient été aussi onéreuses pour nous et aussi injustes pour la compagnie. Naturellement, l'on cherchera à tourner l'argument contre moi touchant uno autre partie de mes remarques, où j'ai démontré que la législation de cette année nous laisse toutes nos garanties. Si nous n'avons pu toucher au chemin maintenant comment pourrons-nous y toucher plus tard ? Il y aura cette différence entre les deux situations. C’est que los actionnaires qui ont bien voulu risquer $29,000,000 dans une entreprise devraient avoir les bénéfices de leur risque. Nous no devrions pas la leur enlever avant qu'ils aient pu voir les résultats de leur essai, ils auraient droit de nous dire : Puisque nous avons eu le courage d'exposer $29,000,000 peut-être la fortune entière de plusieurs d’entre nous, donnez-nous la chance de voir le bout de notre entreprise. Nous sommes à la veille de réussir. Uno crise générale nous frappe comme elle a frappé toutes les institutions et tous les pays; donnez-nous le temps de la passer. Vous n’y perdrez rien; puisque nous allons emprunter nous-mêmes ce que vous seriez obligés d'emprunter aussi, si vous vous mottiez à notre place.
Ces remarques seraient sensées et justes aujourd’hui, mais elles n'auraient plus de force quand, une fois le chemin terminé, la compagnie aura vu le résultat de ses risques, et si, une fois en pleine opération, elle ne pouvait tirer du chemin des ressources suffisantes pour faire face à ses obligations, Si le chemin paie, il n'y aura rien à dire, puisque nous retirerons nos intérêts ; s’il ne paie pas, le gouvernement sera dans la position des hommes d’affaires qui doivent voir à so protéger; car je ne doute pas que les $15,000,000 d'obligations ne soient bientôt souscrites par le public. Ure fois que la compagnie se sera mise entre les mains du publie, elle n’aura plus les mêmes raisons de nous faire appel, l’entreprise sera entrée dans une autre phase. Et si, mêmo alors nous pouvons nous protéger en protégeant aussi les actionnaires, il sera de notre devoir de le faire. Mais ce que je veux dire c’est qu’il ne sera plus de notre devoir de risquer davantage et que nous aurons toujours assez le contrôle de la situation pour nous garer de toute catastrophe, si la compagnie n’est pas alors en état de parer le coup.
En d’autres termes, lo devoir d’un gouvernement :st de mettre de la patience dans toute transaction intéressant ia position financière des particuliers ; 1l doit épuiser toutes les ressources pour les protéger; mais quand le dernier mot est dit, quand il ne reste plus qu'à choisir entre qui fera la perte, le gouvernement ou le particulier, il est toujours temps pour le gouvernement, s'il y a liou, de faire valoir ses titres, de réclamer ce qui lui est dû. Nous ne voulons pas perdre un sou de nos avances au Pacifique et nous avons pris les moyens de ne pas les perdre.
Je ne suis pas de ceux qui croient que les gouvernements peuvent exploiter les industries à meilleur compte que les particuliers. Quelle que soit l'intégrité des employés, le zèle et l'esprit public des ministres, il est impossible à un gouvernement de faire concurrence aux particuliers sur le terrain de l’économie. Ils n'ont point les mêmies ressources et les mêmes excuses, Une mesure parfois mesquine que l'intérêt personnel pourrait justifier chez une compagnie deviendrait un grief ou une tache sons le patronage d’un gouvernement. La pression oxtérieure sur l'esprit d'un ministre est souvent irrésistible. Puis comment un gouvernement peut-il être assez libre dans ses mouvements pour tenir tête à cette merveilleuse activité des hommes de chemins de fer qui ne reculent devant aucun obstacle. Ces grandes organisations ne paient le plus souvent que par le commerce qu’elles stimulent elles-mêmes. Elles ont leurs steamers, leurs entrepôts, leurs maisons de commerce, elles se font du fret quand le public n'on donne pas assez, elles ont à se défendre contre les coupe-gorges organisés par des rivales, ou elles ont à en organiser elles-mêmes. Comment voulez-vous qu’un gouvernement se fasse négociant, armateur, industriel, meunier, agioteur haussier ou baissier à la bourse, destructeur au besoin, rival implacable de ses propres administrés ? Ce serait contre lui des accusations sans fin de favoritisme ou d’injustices.
S'il réglait ses tarifs sur ceux des antres compagnies, on crierait au monopole; s’il les abaissait, ce serait de la concurrence déloyale, s’il les fixait d’une manière immuable ie commerce qui est si sensible aux lois de l'offre ou de la demande, de l’abondance ou de la disetto ne pourrait vraiment trouper son niveau,
oo se
Tantôt co serait trop, tantôt ce serait trop peu. En un mot vous auriez détruit la grande force d’un peuple: l'initiative individuelle ; vous auriez soumis l'intelligence si prompte, si souple de l’homme d’affaires aux théories de l’homme politique tâtonnant dans les expériences économiques, sans connaître le prix d’un risque, d’une audace, d’un élan qui valent aux particuliers des dollars et des sous. Le trafic se ferait au point de vue d’une localité plutôt qu’au point de vue du commerce; car il n’y a pas de force au monde capable de contrebalancer ces lois de la politique qui sont partout les mêmes. Aussi l’exploitation d’un chemin de fer par le gouvernement est-elle contraire aux idées anglaises. L'Intercolonial est une exception que les circonstances nous ont imposée; mais le même état de choses ne saurait exister en faveur du Pacifique qui est une ligne de luttes et de rivalités. Lors de la grande enquête faite par le parlement anglais en Angleterre en 1867 sur l'opportunité de faire acheter les chemins de for par l'Etat, l'opinion publique a été unanime contre le projet, et en citant quelques phrases du rapport qui résume la preuve, j'établis à n’en plus douter la thèse que je cherche à développer en ce moment. Ce rapport se trouve dans les vols. 38 et 39 des documents de la Chambre des Communes pour 1867. On y lit:
“ Nous avons ensuite à examiner si l'Etat étant propriétaire ‘ des chemins de fer serait capable d'améliorer le système d’ad- ‘“ ministration. Aucun témoin n’a recommandé l'administration ‘ directe par des officiers du gouvernement, mais quelques-uns “ sont d'avis que si l’on adoptait le plan d’afformer les chemins ‘“ de fer par groupes il en résulterait de grands avantages. ‘ Pap. xxxx. Rapport de 1867, vol. 38, page 12.
“ Le résultat pratique d'aucun plan pour l'achat par l'Etat ‘ et l’affermage subséquent des chemins de fer serait simple- “ ment de substituer la responsabilité moindre du concession- “ naire pour un temps limité à la rsponsabilité plus grande et ‘ plus durable du propriétaire administrant son propre bien. ‘“ Pap. xxxvi.
‘ En France, l'absence presque complète jusqu’à nos jours de “ toute compétition parmi les chemins de fer met hors de
“ question ce précieux équilibre qui est la sauvegarde de l’in- ‘“ dustrie britannique. Pap. xxxvii.
« L'idée de l’administration directe par le gouvernement “ semble être condamnée de tous les côtés. Les principales ‘“ objections soulevées sout le manque d'un intérêt direct, le “ défaut d’une connaissance approfondie de la chose ou d’une “ aptitude particulière, les habitudes d'administration dispen- “ dieuses et le danger d'abus dans le patronage. Page 112 du ‘ même rapport.”
Le pays s’est prononcé à plusieurs reprises sur la question et la décision n’a jamais varié. L’Acte de 1872 autorisant la construction du Pacifique déclare pertinemment qu'il devra être bâti par une compagnie privée et afin qu'il n’y ait pas de doute sur les dispositions unanimes du pays, quand le gouvernement Mackenzie arriva au pouvoir en 1874, il enregistra de nouveau dans nos statuts cette préférence universelle en faveur des compagnies privées, et quand même les hautes considérations que je viens d’énumérer n’existeraient pas, il en reste une qui prime toutes les autres, et qui touche aux relations des partis avec la politique. Je demande quelle serait la tempête déchaînée dans cette Chambre, si vous étiez appelé dans le moment, M. le Président, à nous investir de la propriété du Pacifique et de l'immense patronage qu'elle implique. Avec quelle terreur ne verriez-vous pas l'opposition songer au fait que toutes les ressources du Pacifique seraient directement entre nos mains. C'est alors que toutes les philippiques, toutes les violences des anciens et des nouveaux jours feraient tressaillir les échos de cette enceinte, et l’on ne trouverait pas d’éloquence assez expressive pour nous dénoncer à la furour des électeurs,
Certes, M. l’Orateur, si nous avions vécu pour l’amour du pouvoir, nous aurions pu nous munir de cette arme invincible. Mais avant de songer aux plaisirs du pouvoir nous devons penser aux devoirs qui l’accompagnent, et nous ne devrions pas jeter ces causes do perturbation dans le monde politique.
Nous voulons la lutte franche, ouverte, loyale, dépouillée des éléments comme des apparences de l'influence indue.
Avant de terminer, je dois de nouveau prier la Chambre de me pardonner la longueur des remarques que j'ai cru devoir
faire sur cette importante question. Ce n’est pas souvent qu’il m'arrive d’abuser du bon vouloir et de la patience de mes collègues ; j'espère que la rareté du fait me vaudra leur indulgence et je me résume,
Je pense avoir prouvé qu'il était juste que le gouvernement fit ce qu’il a fait l’année dernière,
Je pense avoir démontré par les faits et les chiffres que j'ai mis devant la Chambre qu'il est juste que le gouvernement vienne en aide à la compagnie du chemin de fer du Pacifique canadien, de la manière pourvue par ces résolutions, non pas en lui donnant notre argent, mais en aidant, en relevant son crédit sur les marchés financisrs de l’univers.
Nous n'avons pas affaire à une compagnie d’exploiteurs ou même à de simples entrepreneurs, mais à une compagnie qui a prouvé, tout le pays le sait, que son dessein n'était pas de tirer des bénéfices de la construction même, mais du rendement qu’elle obtiendra du chemin, une fois qu'il sera bâti. J'espère que nous aurons l'appui même de nos honorables adversaires.
Nous nous attendons à la critique; nous savons que nous serons critiqués ; peut-être est-ce mieux qu'il y ait une critique. Il est bien que les actes du gouvernement soient scrutés; mais nous ne Craignons rien. Dans cette affaire le ministère a agi avec honnêteté, avec franchise, avec le seul et unique objet, non de mettre les finances du pays dans une position moins bonne, mais d’affermir le crédit de la compagnie à l'existence et au succès de layuelle le crédit de tout le pays est si intimement lié. Je sais que l’on trouvera à redire, mais il est un espoir que je veux exprimer avant de reprendre mon siège, et, en cela, pour un moment, je veux me faire l’apologiste des institutions américaines, du peuple américain et du sentiment qui prévaut aux Etats-Unis. Soyons unis au moins dans un sentiment, celui de ne pas diffamer notre pays, de ne pas décrier son crédit, de ne pas tenter de renverser nos institutions, ni d’abattre ce que nous avons élevé, car ce sont de nobles œuvres, de grandes œuvres qui, dans l'avenir, seront l'honneur nonseulement du ministère —car que sont les ministères dans tout cela ?— mais de tout le pays.
Je n'ai pas objection à ce que nos honorables adversaires critiquent notre conduite. Je n’ai pas même objection à ce que
ces honorables messieurs traversent la Chambre et prennent les sièges que nous occupons en ce moment. Pour moi, je donnerais volontiers ma place aux membres de la gauche. Ceux qui en ont fait l'expérience savent que ce n’est pas le plaisir d’être ministres qui nous fait rester au pouvoir ; la jouissance n’en vaut certainement pas ce que les gens sont portés à croire, et je céderais mon portefeuille à mes honorables adversaires et mes collègues dans le cabinet, j'en suis sûr, céderaient volontiers le leur si nous pouvions seulement penser que les honorables messieurs, appelés à nous remplacer, seraient imbus d’un plus grand esprit de patriotisme que nous-mêmes ?
Loin de là. Il ne nous sera pas même donné de voir nos honorables amis de la gauche offrir leur concours et soutenir—non pas le gouvernement, nous n’en avons pas besoin—mais le crédit du pays; et il nous faut reconnaître que, toujours, ils ont tenté de détruire le bon nom du Canada au lieu de sauvegarder son honneur, Mais que ces messieurs s: :e tiennent pour dit, ils ne le ruineront pas, ils ne ruineront pas la bonne renommée et la réputation de l’homme d'Etat qui, depuis vingt-cinq ans préside aux destinées du pays, ils ne ruineront même pas le chemin du Pacifique, la plus grande de toutes les œuvres que nous ayons entreprises.
Depuis le jour où je suis entré dans la politique, j'ai toujours remarqué la persistance de nos honorables adversaires à prédire la banqueroute de la nation. Toujours les mêmes diatribes. Je les ai entendues, en 1854, lorsque, n'ayant pas encore quatorze ans, j'entendais, pour la première fois, deux des plus grands orateurs de notre province, M. Morin et M, Papin; celui-ci disait, en cette ocasion, que le chemin de fer le Grand-Tronc avait conduit le pays à la ruine et à la banqueroute. J'ai entendu la même chose des années après, et pourtant j'ai vu la patrie croître d'année en année, de plus en plus prospère. J'ai entendu ces dénonciations en 1864, lorsque le projet de l'union des provinces s’agitait dans le pays, et lorsque, tout jeune homme, j'allais de comté en comté, de paroisse en paroisse, lutter pour la cause de la Confédération, J'ai entendu nos adversaires politiques dire que la Confédération serait la ruine. de notre province, qu’elle se terminerait par une banqueroute générale ; que l’immense étendue de pays que comprennent les
sept provinces et qui s'étend de l'Atlantique au Pacifique, était sans vitalité communo, sans force de cohésion, ot s’effondrerait dans le désastre,
Mais, M. le Président, il y avait une vitalité commune, il y avait une force de cohésion, et c'était l'énergie de la race canadienne, l'énergie des hommes qui ont créé ce pays, et ces éléments de force ont sauvé le Canada on dépit de tous ces fâcheux augures, en dépit de tous ceux qui ne cessent de décrier la patrie.
J'ai entendu les mêmes déclamations en 1872, et je me rappelle que, lorsque j : me portai candidat à l’un des sièges dans cette Chambre, j'entendis l’un des plus forts champions des
idées libérales dans la province do Québec, mon honorable ami de Verchères (M. Geoffrion), dire que les £300,000 payés par le gouvernement du jour pour tout le Nord-Ouest, étaient une perte pour le pays et que ces territoires inhabités où errait encore le buffalo ne nous seraient jamais d'aucun profit. Et depuis lors, j'ai vu des millions de capital se placer dans ces territoires et des milliers et des centaines de milliers de colons afïluer dans cette région qui deviendra le grenier de l'Amérique Anglaise du Nord comme l’ouest des Etats-Unis est devenu le grenier de nos voisins. J'ai vu le progrès de la patrie en dépit de tout ce qui a été dit pour le retarder, Et puis enfin, quand cette grande entreprise du chemin de fer du Pacifique fut discutée en public, il y a eu la répétition des mêmes choses que j'avais entendues auparavant en 1854, en 1864 et 1867, en 1871 et 1872. J'ai entondu tout cela depuis le commencement de cette entreprise, et, malgré tout, nous en avons vu les résultats; nous avons vu le pays croître de plus en plus, devenir l'objet de l’admiration des hommes politiques et des hommes d’affaires des Etats-Unis et faire naître un sentiment de jalousie de l’autre côté de la frontière.
Mais il y a une chose que je n’ai pas entendue, une ch :e que je voudrais entendre de la part de nos adversaires,
L’année dernière, je traversai les Etats-Unis pendant que la lutte pour l'élection du Présidont était dans toute son ardeur. Jamais il n’y eut une campagne électorale où les injures personnelles aient été aussi fréquentes et aussi envenimées: elles
dominaient tous les sujets de discussion. C'était à regretter et
de bons citoyens le regrettaient; mais j'ai trouvé, ce qu'il me fait peine do no pas trouver dans ma patrie, j'ai trouvé quo, tandis que chacun de ceux qui péroraient sur les hustings, parlant de son adversaire comme du pire et du plus vil de tous les hommes, pas un seul d’entre eux n’a osé ternir si peu que ce soit, l'éclat de l’une des étoiles du drapeau des Etats-Unis ; au contraire, tous se donnaient la main pour soutenir le crédit du pays et de chaque Etat dans lequel se faisait la lutte,
M. le Président, les calomnies de ceux qui veulent vilipender le gouvernement, et qui désirent détruire le crédit du pays, de ceux qui veulent ruiner le grand œuvre du chemin de fer du Pacifique canadien, ne serviront de rien. ÆElles seront comme ces vents affolés qui soufflent la fumée et la poussière et portent les ténèbres avec eux, Les noires idées de ces hommes, leurs noires pensées, tout ce qu’il y a de noir dans leur cœur, tout ce qui est souflé et soulevé contre nous et contre cette entreprise, ne fera pas plus que ces vents qui ne peuvent détruire les monuments de l’ancien monde. Ils peuvent donner une teinte plus sombre au granit et au marbre, mais les pyramides de l'Egypte etles grands monuments de l’Europe restent, comme le chemin de fer du Pacifique restera, aussi solides que si ces vents n'avaient pas passé sur eux,
LETTRE ADRESSÉE AUX CANADIENS FRANÇAIS, LE 28 NOVEMBRE 1885, SUR LA QUESTION RIEL.
MESSIEURS
Un vent de révolte souffle, en ce moment, avec violence sur la province de Québec, menagant de renverser sur son passage, si on ne l’arrête, le parti conservateur et le ministère. Plaise à Dieu que là, seulement, se borne le désastre, et que la nation à laquelle nous appartenons n'en soit pas la ruine la plus sérieuse. Un parti politique peut vite se réorganiser, un ministère est bientôt oublié et se remplace encore plus facilement qu'il ne s'oublie; mais les blessures que reçoit un peuple saignent longtemps et ne se guérissent jamais complètement.
Autant je respecte le sentiment national qui produit le mouvement actuel, autant je déplore la cause de ce -soulèvement, autant je gémis sur les tristes conséquences qui peuvent en résulter, La meilleure preuve que ce mouvement est mauvais, c’est qu’un esprit d’injustice semble le dominer. On soupçonne, on accuse, on condamne d'anciens et fidèles serviteurs du pays, sans les entendre, avant même qu'ils aient parlé.
Depuis dix-huit ans que je suis député, on n’a jamais mis en doute la sincérité de mon patriotisme et de mon dévouement au peuple. C’esi avec une conviction qui n'a pas diminué chez moi que j'ai travaillé pour ce peuple dont je suis sorti et à qui je dois tout. J'ai été accusé souvent de prédilections exagérées pour la cause canadienne-française, parce que je faisais tous mes efforts pour donner à la province de Québec les moyens de développer, le plus rapidement possible, ses immenses ressources, sous l'impulsion d’un puissant courant d'influence française, Je n'ai pas à regretter mes efforts, j'étais dans mon droit; car je n’attaquais pas les intérêts de nos concitoyens d'origine britannique. Stimulé par leur esprit d'entreprise, je voulais voir les miens marcher de pair, avec eux, dans la voie de la prospérité matérielle. Et aujourd’hui l’on m’accuse de
manquer à ce grand sentiment national, de le renier! C'est là uno injure que je ressens profondément, que je ne mérite pas, et dont j'ai droit de me dire blessé.
On me reproche d'avoir failli à l'honneur en restant à mon poste, après que le cabinet fédéral cut refusé de comn'uer, en un emprisonnement pour la vie, la sentence de la peine capitale portée contre Louis Riel par le tribunal, et l'on regarde lo refus de donner ma démission sollicitée par un grand nombre d'amis, comme une faute énorme dont je serai la première victime. Je n'aurais pas parlé ici, de cette affaire, si un des chefs de l’opposition, M. Mercier, n'avait déclaré, à l'assemblée du Champ-de- Mars, à Montréal, qu'il m'avait écrit qu'il était prêt à marcher, avec ses amis, sous mes ordres, si jo donnais ma démission comme membre du cabinet fédéral, Oui, j'en conviens, j'ai été pressé, sollicité, prié, par mes amis, commo par mes adversaires politiques de prendre la direction de co mouvement populaire. Ces offres étaient bien flatteuses pour moi, la perspective qu’elles m'ouvraient bien attrayante, Je me voyais le défenseur reconnu de notre race, suivi, acclamé par tous mes compatriotes, interprète de leurs sentiments et de leurs aspirations. Ce rôle auquel tous me conviaient, m'assurait une éclatante réparation des opprobres sans nom dont certains hommes m'ont abreuvé, depuis trois ans; mais entre ce rôle séduisant et moi-même, j'ai vu se dresser, comme une muraille infranchissable, le serment que j'ai prêté de remplir mon devoir, au risque de perdre amitiés et profits, et le sentiment intime, la conviction inébranlable, que ce que l’on me demandait était contraire à la justice et aux intérêts bien entendus de notre province. J'ai vu, comme conséquence logique de ce mouvement, l'isolement des Canadiens-Français créant l’antagonisme de race, provoquant des représailles, des luttes, des désastres, J'ai senti qu'il y avait plus de courage à braver le courant qu'à le suivre, ot j'ai laissé passer, sans faillir à mon devoir, la foule égarée qui m'’accablait des noms de traître et de lâche. Qu'importe ma personne ? Dans les crises difficiles que traverse une nation, los hommes ne sont rien, le salut du peuple est tout. La responsabilité du pouvoir impose, à ceux qui en sont chargés, l’obligation de voir: au delà des intérêts du moment, de bien étudier si, en cédant à un entraînement populaire, quelque légitime qu’il
paraisso, ils ne compromettent pas, pour bien des années, une cause sacrée,
Examinons les faits qui ont motivé ma conduite et celle de mes collègues.
Louis Riel a quitté, l'an dernier, les Etats-Unis, dont il s'était fait naturaliser citoyen, pour venir combattre les institutions, les lois, les autorités canadiennes, Il a levé l'étendard de la révolte dans notio Canada, si tranquille et si heureux dans la paix.
On vous a dit pour tenter do justifier la rébellion de Piel: “ Les Métis ar aient des griefs que le gouvernement ne voulait “ pus fuire disparaître,” Je laisserai le Père André répondre lui-même à cette afllrmation. Au procès de Riel il a déclaré que: ‘ Les réclamations des Métis ont souvent changé de ‘“ forme après l’arrivée de Riel, Avant son arrivée, ils vou- ‘ laient des patentes pour leurs terres, ensuite des scrips don- ‘“ nant des droits transférables sur des terres, comme il en avait ‘© été donné aux Métis du Manitoba, puis des terres riveraines ‘ et l’exemption de la taxe du bois, Le gouvernement répondit ‘à leur requête, en leur accordant des lots le long des rivières, ‘* C'était une concession très importante. La seule question qui ‘ restait à régler était celle des patentes et des droits aux coupes ‘“ de bois et elle était en bonne voie de règlement,
“ Vers lo 4 mars, un télégramme fut reçu, annonçant que le ‘“ gouvernement avait fait ces concessions.”
Ainsi, d’après le Père André, les principales réclamations étaient réglées et les autres en train de l'être. Dès 1883, le gouvernement avait décidé d'envoyer le chef du département des des terres, M. Lindsay Russell, régler ces réclamations, mais un accident, arrivé à cet oflicier, l’'empêcha de partir.
Durant l’année suivante, ie gouvernement dut s’enquérir du meilleur mode de satisfaire les Métis, qui n'étaient pas euxmêmes fixés sur ce qu’ils voulaient, soit au moyen de concessions gratuites de terres non transférables, soit en leur accordant des scrips comme au Manitoba, soit par des certificats du Trésor pour une somme déterminée.
Au mois de janvier 1885, le 26, le gouvernement adoptait une ordonnance en Conseil instituant une commission chargée de régler toutes les réclamations des Métis. Le 8 février sui-
vant, un télégramme fut envoyé au Nord-Ouest pour fuire connaître la nomination de la commission et, quelques jours plus tard, des circulaires étaient adressées aux maîtres de poste, aux prêtres de ces contrées, pour les informer de l’arrivée prochaine de la commission,
On sait que celle-ci se composait de MM. Street, Forget et Goulet, et qu'elle a réglé la plupart des réclamations, Riel, qui qui était très bien renseigné sur tout ce qui se passait, se hâta de précipiter les événements afin d'empêcher un règlement qui aurait dérangé tous ses plans et tous ses calculs, Il est évident que son orgueil et son ambition n’y trouvaient pas leur compte, dans une solution si simple, si pratique, qui aurait épargné aux Métis la ruine, au pays une centaine d'existences et plusieurs millions de dépenses dont vous soldez le compte avec le reste de la nation,
Il ne fit alors du reste que répéter ce qu'il avait fuit en 1870.
On sait au’à cette époque, Mgr Taché était accouru de Rome pour tâcher de pacifier son diocèse en insurrection. Arrivé aux Grandes-Fourches, un malheureux accident lui survint, Malgré les plus vives souffrances, Mgr continua sa route vers le fort Garry. Riel en fut informé, et sentant que son règne allait finir, il n’hésita pas à jeter un cadavre entre les siens et la conciliation qui arrivait avec le saint missionnaire, Scott fut immolé et son sang, jeté comme un défi à toute tentative de rapprochement.
On a tort de prétendre que ce révolté avait un noble but, qu'il venait aider ses frères et revendiquer leurs droits. In disant cela, on lui prête des sentiments qu'il n'avait pas, on l’'affuble d’un vêtement d'emprunt pour cacher le rôle sinistre qu'il a joué dans le drame de l'insurrection du Nord-Ouest, S'il eût été mû par un patriotisme éclairé, il aurait suivi une autre voie, il aurait pris d’autres moyens, il aurait recherché et pratiqué d’autres conseils que ceux que lui donnait son ambition. Il savait où aller, il n’avait pas long chemin à faire. Il savait le zèle et la tendresse de celui qui l'avait élavé, protégé et déjà, une fois, sauvé. Mais, non. ‘Une ambition effrénée “ qui a vicié son intelligence et l’a poussé jusqu’au délire, une ‘ soif désordonnée de pouvoir, un orgueil insensé qui l’a con- “ duit jusqu’à l’apostasic, ont été les mobiles de ses actes ; ”
voilà ce qu'en a dit le plus grand prélat du Nord-Ouest, Un mobile pire encore, un mobile sordide, le faisait agir, si l'on en croit les témoignages les plus respectables. Le Père André, dont on ne saurait mettro en doute los sympathies pour Louis Riel, a déclaré, sous serment, au procès de Régina, que ce prétendu défenseur des droits des Métis l'avait prié à plusieurs reprises, de se servir de son influence, auprès du gouvernement fédéral, pour lui obtenir $100,000, et qu'il lui avait déclaré qu'en retour il s'engagerait à quitter le Manitoba pour aller où il plairait au gouvernement fédéral de l'envoyer, Comme le Père André lui faisait remarquer l'énormité do cette somme, il n'hésita pas à déclarer qu'il se contenterait de beaucoup moins, Quant aux réclamations des Métis, Riel se bornait à dire: ‘“ Jo ‘ suis moi-même la question métisse, si je suis satisfait, les Métis “ le seront.”
Je ne crois pas que mes compatriotes, si chatouilleux sur le point d'honneur, si désintéressés dans leur patriotisme, pardon: nent cet acte de vénalité. Et l’on ne peut dire que c'était là une conversation oiseuse de Riel, dont on ne s’est pas occupé. Le contraire est la vérité: des démarches ont été faites pour donner suite à cette proposition,
Louis Riel n’en était pas, l'hiver dernier, à ses débuts comme agitateur, On se rappelle les troubles de 1869, le meurtre inutile de Scott qu'il fit exécuter, lorsque ce pauvre malhet “eux était dans l'impossibilité de lui nuire. On se rappelle qu’i! s'engagea, quelque temps après ces malheureux événements, en recevant une somme d'argent du gouvernement canadien, à ne plus reparaître au Canada pour y faire de l'agitation, Au mépris de sa promesse, à l'automne de 1884, il revient au Canada et se mot, secrètement, avec une habileté consommée, à préparer une nouvelle révolte. Pour réussir, il commenco d’abord à miner ct à ruiner l'influence des prêtres sur les Métis, et, lorsqu'il a aveuglé ces derniers, il les pousse à la boucherie. Après le dernier combat, il n’a pas le courage de suivre Dumont dans sa fuite; il préfère se laisser arrêter, pensant bien que la province de Québec qui l'avait sauvé uno fois, le sauverait encore. Il s’est trompé dans ses calculs. Fauteur de rébellion pour la seconde fois, il n'avait plus les titres à l’indulgence qu'on a l'habitude d'accorder aux accusés politiques.
Mais là n’est pas le trait le plus noir de sa faute. Personne ne nie que c’est lui qui a soulevé les tribus indiennes du Nord- Ouest, et qu'il a été la cause directe du massacre affroux où nombre de personnes, dont déux missionnaires catholiques, ont péri, victimes de la barbarie des Sauvages. Demandez à tous les prêtres, à tous les Métis du Nord-Ouest, quel est le meurtrier des Pères Fafard et LeMarchand, et tous vous répondront : “ Riel.” Lui seul avait pu persuader aux tribus sauvages de se soulever; et il est responsable, au premier chef, des meurtres que ce soulèvement a causés ; or, soulever les Indiens est regardé par tous les gouvernements, qui en ont sous leur contrôle, comme un crime aui mérite la peine capitale, parce que c’est un crime contre toutes les lois de l'humanité. La guerre, pour les Sauvages, est la guerre d’extermination, sans quartier, sans merci pour les personncs sans défense, pour les femmes et les enfants. C’est le plus grand attentat possible contre la civilisation et un crime qui sort de la classe des crimes politiques.
Avant l'exécution de Riel, ceux qui voulaient le sauver ont fait valoir, à son profit. la prétention qu’il était fou, et, par là même, irresponsable de ses actes. On a exigé du gouvernement, au dernier moment, qu’une enquête fût faite, sur son état mental. Cette enquête a eu lieu, Riel a été trouvé assez sain d’esprit pour avoir conscience de sa faute et les faits les plus récents ont confirmé le résultat de cette enquête. En effet, depuis son exécution, on se donne bien garde de le traiter d’insensé. On le met au rang des patriotes, des héros, des martyrs. On va même jusqu'à demander qu'on l’enterre sous le monument des nobles victimes de 37-38. Que diraient Cardinal, Duquet, de Lorimier, Chénier, si on leur proposait de partager leur gloire avec un homme qui voulait troquer la cause des siens contre de l'argent, qui terrorisait les religieuses et les prêtres, qui appelait les Sauvages au massacre des blancs et qui faisait égorger de saints missionnaires |
Il est mort en se repentant des crimes dont il avait été la cause, mais ce serait un outrage de lui faire partager l’auréole glorieuse des patriotes, morts pour la liberté en 38, de le mettre au rang des victimes de ces jours héroïques, k
Le vénérable évêque de Saint-Albert, Mgr (rrandin, a dit que la conduite de Riel, pendant qu’il dirigeait l'insurrection, avait
été odieuse et monstrueuse, et qu'il avait systématiquement persécuté la religion. Si c’est là le héros que l’on veut nous füuire vénérer, je ne serai pas de ses admirateurs.
On voudrait même aujourd’hui faire passer Riel pour un saint, Qu'il soit mort en bonnes dispositions, je l'espère, Dieu seul en est le juge. Quant à nous, nous n'avons pas à considérer comment il est mort, mais comment il a vécu; or, sur cette dernière question, il n’est pas besoin que je me prononce moimême, je n'ai qu'à citer le témoignage des missionnaires du Nord Ouest qui, étant là sur les lieux, l'ont connu, ont pu juger ses actes, ses principes, sa piété, sa vertu, et, certes, ils ne nous ie donnent pas pour un saint. A part les appréciations que j'ai déjà citées, voici ce que dit la lettre collective des missionnaires de la région de Prince Albert, datée le 12 juin 1885. On paraît avoir oublié ce document important qui a pourtant été publié
partout :
‘ Prince-Albert, 12 juin 1885.
‘ Nous, prêtres des districts qu’affecte plus particulièrement la rébellion, savoir: Saint-Laurent, Saint-Antoine, Grandin, Lac-aux-Canards et Batoche, puisque c’est là, au milieu de notre population, que ce mécréant, Louis ‘“ David” Riel avait établi son quartier général, désirons attirer l'attention de nos nationaux du Canada et d’ailleurs sur ces faits.
‘Louis “David” Riel ne mérite pas les sympathies de l'Eglise catholique romaine et des membres de cette Eglise, ayant usurpé notre mission de prêtres et privé notre population des avantages et des consolations que nous aurions pu lui offrir.
“ Il a fait tout cela dans son intérêt purement personnel...
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“ Signé: RR. PP. ANDRÉ,
fe ; Touse,
‘fé 6 MouLiN,
é u FourMonp,
« Li VEGREVILLE, «6 [A LEcoo.’’
Et le Père Fourmond, desservant de Batoche même :
‘ J'ai été bien près de la mort, car si les balles et la fureur ‘ des révoltés m'ont fait défaut, la guerre, l’apostasie, l’hérésie,
“ la trahison, la persécution, l'incendie, le pillage, tout s’est ‘ déchaîné contre nous; on se serait cru à la fin du monde. Déjà “ nous avions notre Antechrist dans la personne de ce fameux ‘ Riel, contre lequel il nous a fallu lutter, au péril de notre vie, ‘ pour détruire sa funeste influence sur nos pauvres gens.
‘“ Mon Dieu! quel homme, quelle hypocrisie, quelle impiété ‘ tout à lu fois !........, ........... PT TOR PE PO TR PONT PARTS TETE
0 0 0 00 0 0 0 0 0 0 nee sn nono ssecoce
“ C'est pour cela qu’il a ruiné nos familles canadiennes, par le “ pillage et l'incendie; c'est par une conséquence horrible de ‘ses plans diaboliques qu'a coulé le sang des blancs et celui “ des chers et zélés confrères, massacrés par les Sauvages sur ‘“ ses ordres.”
Ces témoignages, si forts et si accablants, suffisent à édifier tout homme de bon sens sur le caractère et la conduite de celui qui a entraîné ses frères, les Métis, dans les plus grands malheurs.
Pour condamner notre conduite, on pose en principe qu’on ne punit plus, de nos jours, de la peine capitale, les crimes de haute trahison. C’est là une maxime nouvelle, aussi étrange que dangereuse, contre laquelle s’insurge la justice, protectrice de la paix et de la sécurité des sociétés. Proclamer que la haute trahison, qui entraîne avec elle le meurtre, le pillage, la ruine des populations, ne doit pas être punie de mort, c’est faire appel aux passions subversives, c’est encourager les tentatives des déclassés ambitieux, c’est provoquer la révolte contre l’ordre établi.
Prétendre sérieusement qu'un homme, coupable une fois de haute trahison et de meurtre, gracié une fois et repris ensuite pour une seconde offense, doit compter avoir la vie sauve, c’est montrer une assurance que Riel lui-même n’a jamais eue, puisqu’en montant le Montana il a déclaré que sa tête pourrait être le prix de la tentative qu'il allait faire.
Cette doctrine de la miséricorde en faveur des criminels politiques ne saurait, même si elle était admise, s'appliquer à celui qui, de sang-froid, déchaîne sur ses compatriotes des hordes de Sauvages.
Qu'on ne vienne pas le justifier, en disant qu’il avait foi dans sa mission, que sa volonté n'était pas criminelle puisque sa con-
science guidée par son esprit, ne lui reprochait pas les actes effroyables qu'il a commis et fait commettre, Mais depuis quand est donc venue cette doctrine étrange qu’on ne doit pas punir les fautes de l'intelligence ? Les fautes de l'intelligence sont plus criminelles encore que celles du cœur, Uno passion mauvaise avait vicié l'intelligence de ce grand coupable. Devant Dieu et devant les hommes il était coupable d'avoir faussé, dans son esprit, les éternelles notions du juste et de l’injuste, du vrai et du faux, de l’obéissance et de l’insubordination ; cette première culpabilité ôte toute excuse à ses actes criminels qui en ont découlé.
Non, il n’y avait qu’une excuse possible en sa faveur, c'était l'excuse de la folie. Il s’est chargé lui-même, dans ses derniers moments, et il s’en est fait gloire, de prouver au monde qu'il était parfaitement libre de sa volonté, conscient de ses actes et responsable de ses fautes.
Pour les hommes qui pensent et qui raisunnent, la conduite de Riel ne mérite aucune sympathie sérieuse. Aussi dit-on de toutes parts : ‘ Ce n’est pas pour lui que noûs nous soulevons, ‘“ nous n'avons pas de sympathies pour ce qu'il a fait, mais nous voulions que sa peine fût commuée parce que tous les Canadiens-Français demandaient qu’il ne subît pas la peine infamante de la mort de l’échafaud.”
J'avoue que j'ai été profondément touché du concert de pitié et de miséricorde qui s’est élevé en faveur de ce grand coupable, et qui est monté jusqu’au pied du trône. Mais dans cet élan de générosité de toute une population, on a perdu de vue le fait important que le crime a été commis, dans une région lointaine, plus exposée que la nôtre aux surprises, aux brigandages, aux soulèvements des Sauvages. On a oublié que l'unique sécurité de la vie des colons et de la propriété dans ces contrées nouvelles, réside dans l’exécution rigoureuse des lois. On a oublié que les Sauvages meurtriers du Lac à la Grenouille ne pouvaient être graciés, sans mettre toute la population blanche à la merci de ces tribus féroces qui croient encore à leur victoire, et d’un autre côté, qu'on ne pouvait les livrer aux mains du bourreau et accorder la vie sauve à celui qui leur a fait déterrer la hache de guerre. On a oublié les angoisses mortelles dans lesquelles toute une population a vécu de longs mois. On a oublié le deuil,
la douleur, le désespoir des victimes de cette odieuse révolte, On à oublié que le sang des colons paisibles, des saints missionnaires, des soldats tombés sous les coups des révoltés criait vengeance et que la justice devait faire une réparation éclatante, si l’on ne voulait pas que la clameur déchirante partie des quatre coins de cette immense région, ne se changeât en un cri de désespoir et de haine. On a oublié de se demander si, dans cette grave question de la rigueur ou de la miséricorde de la loi, ceux qui avaient souffert, ceux dont les pères, les fils, les frères avaient péri par la faute du rebelle et dont l'avenir pouvait encore être menacé, n'avaient pas autant le droit d’être entendus que ceux dont la facile pitié peut s'exercer sans souci d’une réparation pour le passé, sans le sentiment d’un danger pour l'avenir. On a oublié même que nous avons, au Manitoba et dans les Territoires, des compatriotes disséminés, épars au milieu d’une population qui leur est étrangère et que ces braves avant-coureurs de la conquête pacifique que nous rêvons, pour:raient bien ressentir fatalement le contre-coup de l'agitation de notre province,
Pour l’ancien Canada, c’est une question de sentiment: pour les habitants du Nord-Ouest, c’est une question de sécurité, une affaire de vie ou de mort,
Ministre de Sa Majesté, j'ai dû penser à toutes ces choses, peser toutes ces raisons, envisager froidement la question sous toutes ses faces, et, ne pas perdre de vue le serment solennel que j'ai prêté de faire mon devoir, de défenüre l'autorité, et de protéger nos administrés. Responsauie à ma conscience et à Dieu de chacune de mes décisions, je n’ai pu trouver de justification ni d’excuse valable au crime du condamné. Ses avocats eux-mêmes ont déclaré que l'instruction de son procès s'était faite d’une manière impartiale, et, la question de la folie étant écartée, le gouvernement n’a pas cru, malgré la demande de grâce, devoir conseiller à Sa Majesté, dans la personne de son représentant, d'empêcher que la loi n’eût son cours.
Nous n’avons cédé, en prenant cette décision, ni aux appels, ni à l’intimidation d'aucune secte ou faction, comme les ennemis du gouvernement se sont plu à le répéter. Nous n'avons consulté que l'intérêt suprême de la société, le plus grand bien du pays, la tranquillité nécessaire au développement si désira-
blo des immenses régions do l'Ouest et, de plus, pour ma part, je puis le dire en toute sincérité, le plus grand bien d’une province et de compatriotes qui me sont chers.
L'estime, l'affection, l'appui de nos concitoyens nous sont précieux, dans l'exécution des devoirs publics qui nous sont imposés. C’est notre désir autant que notre intérêt, de les préserver intacts, et si, du poste élevé que nous occupons, avec la connaissance la plus étendue des besoins de la société, des écueils à éviter, des dangers à prévoir, nous avons cru devoir prendre une décision qui nous était aussi pénible qu’à vous, au point de vue de l'humanité, nous avions le droit de vous demander de nous continuer la confiance que vous avez, jusqu'ici, r'eposée en nous, ot que nous ont méritée notre dévouement et notre conduite passée.
En nous exposant à encourir votre disgrâce, nous risquions notre avenir, On nous menagçait d’une chute certaine si nous consentions à l’exécution de la sentence du tribunal. Nous avons mis de côté l'attrait de la popularité et la crainte de votre ressentiment pour rester fidèles à notre devoir. N'est-ce pas là une présomption de notre droiture, de notre bonne foi ?
On invoque l’affinité de race, le sentiment national pour nous taxer de faiblesse et de trahison. Faire autrement que nous avons fait eût été violer notre serment, sans profit pour le condamné, qui aurait été exécuté quand même tous les ministres français auraient donné leur démission, sans profit pour le pays, sans profit pour notre province, avec le risque effrayant de compromettre pour toujours nos intérêts les plus chers.
Ma conscience me dit que je ivai failli, dans cette circonstance, ni à Dieu, ni au Souverain, ni à mes compatriotes. Le courage qui m'a porté à faire mon devoir, sans faiblesse, ne me fera pas défaut dans les tribulations dont on me menace. J'ai servi mon pays, comme député, depuis dix-huit ans, avec joie, avec orgueil, Je ne continuerai à le faire qu’à une condition: celle de garder ma liberté, et d’avoir seul le souci de mon honneur et de ma dignité.