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Elle vit encore et est âgée de 70 ans.
Le jeune Toseph-Goderic eut l'avantage de fréquenter l'école de M. Philippe Verreault, arpenteur et maître d'école, durant plusieurs années, à Saint-Pierre.
Je viens de dire : ‘“ maître d'école, ” car le mot instituteur, trouvé par M. Guizot, en France, vers 1830, n'était pas encore connu au Canada. Ce monsieur Verreault était, sous tous les rapports, un homme d’un grand mérite. Pouvant vivre avec les revenus de sa profession, il s'était, cependant, fait humble maître d'école de village, dans le but unique de se rendre utile à la jeunesse d'alors ; car on sait que la carrière de l’enseignement, bien ingrate de nos jours, l'était dix fois plus il y a un demi-siècle. De tels actes de dévouement désintéressé sont rares aujourd’hui parmi les laïques. C’est que nous sommes entrés dans une ère de progrès depuis 50 ans : nous avons trouvé le télégraphe, les communications rapides par mer et par terre, l’amour de s’enrichir, le luxe, le téléphone, etc., et nous avons trouvé aussi l’'égoisme poussé jusqu’à ses dernières limites.
On rirait bien, dans ce siècle de progrès, d’un homme de profession qui se consacrerait à l’enseignement par pur amour de la génération qui
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pousse, pour lui faire du bien et pour en tirer des hommes utiles, plus tard, au pays. On voit que nous avons progressé, nous, laïques, à la facon des écrevisses. Je dis laïques, car l’amour du prochain, le désintéressement et les autres vertus qui découlent de la charité chrétienne, se sont conservés purs parmi les membres de notre clergé séculier, parmi nos Relig'ieuses, nos Frères des écoles chrétiennes ettoutes nos communautés enseignantes. C’est peut-être pour cela que nos “ hommes de progrès ” d'aujourd'hui nous les représentent comme des ‘“ arriérés. ”
Il faut voir avec quel amour, avec quelle vénération les écoliers de M. Philippe Verrault, arpenteur, parlent de leur maître d'école. Cet excellent homme est mort, il y a une dizaine d’annéss, emportant dans la tombe un titre qui lui survivra : il fut l’œmi de la jeunesse.
Une croyance bien belle et que l’on trouve encore dans quelques coins de notre pays, c’est qu’à la mort de chacun de nous, Dieu, avant de juger cetui qui vient de quitter ce monde, penche son oreille vers la terre pour entendre le bien ou
le mal qui se dit du défunt, et qu’il pèse dans
sa balance éternelle ce qu’il a entendu. S'il en en était ainsi, le plateau du bien l'aurait emporté en entier sur celui du mal, à la mort de M.
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Verreault, car il mourut aimé et respecté de tous ceux qui l'avaient connu.
A l’âge de onze ans et demi, en 1840, le jeune Blanchet entrait au séminaire de Québec, d’où il sortait en 1844, pour aller continuer ses études à Sainte-Anne de la Pocatière, dans cette belle institution fondée par M. Charles-François Painchaud, deux ans seulement avant la naissance de M. Blanchet, en 1827. C’est là que je l’ai vu pour la première fois.
Joseph était ce que l’on peut appeler un enfant sage pour son âge: il était même réservé, grave et sérieux. Pensait-il déjà, à 16 ans, aux airs de dignité qu’il devait prendre, plus tard, comme président de l’assemblée législative ? Je ne pourrais le dire au juste. Il avait un esprit gouailleur, sans être querelleur, et, sous le rapport de la sagesse, il formait un contraste frappant avec plusieurs tapageurs de notre temps et au nombre desquels se trouvait celui qui écrit ces lignes.
Je ne pourrais pas dire que le Dispensateur des biens avait donné au jeune Blanchet de ces talents transcendants que l’on trouve assez rarement dans la vie; mais il avait reçu en : partage un jugement supérieur, une grande facilité de compréhension, une mémoire heureuse et un amour rare du travail, ce qui est préférable
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à ces talents merveilleux comme nous en avions quelques-uns, au collége, et qui sont passés comme des météores, sans avoir fait leur marque prononcée dans aucune vole.
Nous avions pour professeur de belles-lettres et de rhétorique, M. J.-B. Gagnon, mort curé de Trois-Pistoles. Il était excentrique, parfois, ce brave monsieur Gagnon ; maïs nous l’aimions tout de même... parce qu'il nous aimait et qu’il était juste, même lorsqu'il punissait sévèrement.
Beaux jours de Sainte-Anne, où étes-vot.s ?
qu'êtes-vous devenus ?.. Envolés sur les ailes du Temps, qui emporte tout vers les rives de l'Eternité !
Et vous, camarades bien-aimés d'alors, où êtes-vous ?
La mort a fauché dru parmi les compagnons d'il y a 40 ans, et nous ne formons plus qu'un petit nombre pour penser à ces jours de bonheur incompris et comme on n’en trouve point, cependant, dans le monde. Nous, les survivants d'alors, nous pouvons dire avec le barde de Lévis :
‘“ Je pense au passé, beaux jours de jeunesse, Des illusions, âge décevant ;
Songe passager, temps de folle ivresse,
Flot de poudre d’or qu’emporte le vent. ?’
APRES BTS OPA AÉPLTÉS A À