‹ L'Honorable L.A. Dessaules [i.e. Dessaulles] judiciaire des Etats-pontificaux [microforme]Chapitre 6 sur 14 · SAVANT MONSIEUR · texte numérisé non relu

SAVANT MONSIEUR

Vous ne produisez point de réponse : Je procèdedo nc \ parle.

Mon frère et vos autres amis feront bien de cesser de courir chez les miens pour qu’on m’induise à me taire. Ces pas et démarches, ce petit manége, ne seront pas plus fructueux qu’en 1853, lors du débat au sujet du Suisse de Saint-Constant, parce que la fraternité et Pamitié ne font pas que le mensonge soit la vérité. Dites-leur bien qu’ils sv prennent, au reste, comme des dadais. Venir dire chez mes amis que je ne suis point de force à lutter avec vous ! la belle voie persuasive, je vous en prie; les Américains du Nord ne disent-ils pas aussi que le Canadien Toutan de Peauregard rest point de force à lutter contre l’Ecossais MeClellan, ce véritable foudre de guerre en imagination ? Et Wellington! il n’était pas non plus de force à se battre contre Napoléon, quoiqu'il Pait battu aux Quatre-Bras, à Waterloo et tout le long de Ja route de la Belgique à Paris, où les grognards de l'empire capitulèrent devant lui pour aller se tapir derrière la Loire, comme le barbon capitulera devant moi. Aû actu ad posse valet consecutio.

Quand mon frère m'a consulté, je l’ai conseillé de mon mieux; je ne veux pas, lui, au’il me donne des conseils que je n’ai point demandés.

Votre épithète de jouvenceaw n’a pas le sens commun, appliquée à la personne qui écr ‘ dans la Minerve; mais le cadeau qu’on vous a ‘ait de celle de barbon est plein de sel. Barhon ve:' . ire vieillard co-

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ière. Et, en effet, la figure et ceux des écrits du vieux Voltaire qui ne sont pas restés, et votre figure et vos écrits sont semblables comme des gouttes d’eau.

Vous m'avez jeté l’insulte en ma qualité de professeur en droit ; il reste à savoir si vous aurez le verdict des cent trente élèves que j'ai formés, et dont grand nombre vont à votre taille au moins. Il est vrai qu’ils n’ont pas encore établi une compagnie des chaux du C'anada ; muis c’est tant mieux, £ar je suis vraiment prévenu contre les spéculateurs et les nations spéculatrices. J’aime mieux le gouvernement papal qui a racheté les assignats des rebelles (*) et qui paiera sa dette, que PAngleterre, voire même la municipalité de Montréal, qui ne paieront jamais la Jeur. Je leur inflige pour toujours le mot du droit romain reus, débitenr, parce que quand les états, les cités disparaîtront devant le souffle du Seigneur, elles n’auront point encore payé.

On dit aussi que Bonaparte lui-même laisse tomber son empire dans des crises financiéres. Pour remède à cela, M. Fould publiera bientôt un rapport élaboré, et M. Dessaules en fera un très bien fait aussi, où l’on verra qu’on ne pouvait mieux administrer qu’il n’a fait la compagnie des chaux. Ce n’est pas faute à vous non plus si le Canada n’a jas été annexé à la grande république constellée, d’étaiies fixes autrefois, d'étoiles filantes aujourd'hui; mais vous pourrez toujours dire : la fortune, après tout, n’est qu’un des dieux du paganisme.

Un pays dont les habitans paient aussi peu de taxes que les Etats Pontificaux ne vaut pas beaucoup la peine que vous en disiez du bien, vous qui avez été maire en Canada : cependant, dès l’an 1719, le cardival Delecca, Ansaldus, Casaregis (1), portaient dans la

(*) Les assignats sont le talisman de toute révolution; ses moyons sont des prédications connne celles de Gavazzi, renforcées par l'assassinat, ou le regret de n'avoir pu le commettre, manifesté par des décrets du genre de celui de Garibaldi en favçur d’Agésilas Milano.

(1) Uasaregis est, selon Troplong, l'oracle du droit commercial, — celui de tous les jurisconsultes qui a le mieux coneilié les prir= cipes du droit civil et les besoins du crédit,— l’auteur qui a résumé

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tote romaine, dont vous faites si bon marché, sur certaines oceurrences des sociétés commerciales, des sentences que le sénateur et juriscousulte ‘lroplong vent bien regarder comme des orneles aujourd'hui ; et le Hera/d de cette ville a été obligé d’avouer qu'aucun économiste anglais n'aurait mieux que Pie IX décidé les cas variés qui peuvent se rencontrer dans la matiére de l’Usure, Comment donc! bes lmières ne convergent pas toutes dans les cerveaux démocratiques ?.. Eh bien ! non ; je me surprends même à penser que le fait des Plon-plon.des Dumus, des About, des Havin, des Gavazzi, des Gaillardet, des Gucéronnière et des Chiniquy n’est vraiment que d’uboyer à la lune.

Vous me trouvez singulier parce que je ne pense pas comme vous sur le pouvoir temporel du Pape,— peut-être aussi sur l'histoire naturelle de l'homme. J'e vous réponds que ce n’est pas celui qui pense comme les autres qui se singularise, mais bien celui qui s’éloigne du sentiment “général. Je pense, moi, comme les Solar de la M rguerite, les Montalembert, les Villemain, les Lamartine, les Cousin, les Poujoulut, les f'alloux, les Laurentie,les Guizot,les Normauby, les Keller, les Broglie, ies Nettement.les Thiers, les Veuillot, les Dupanloup,les Lacordaire.les Wiseman,les Ffughes ettes Cahill, sans compter la généralité du monde catholique, comme il est prouvé par les démonstrations de toutes les villes et jaroisses, et par le succès solide du denier de St, Pierre ; tandis que le succès de l’emprunt italien ne se fondait que sur des promesses fallacieuses. In contemplant une cérémome religieuse, le minisire d’Espagne s’exclamait naguères : “ue peuvent les hommes contre ee saint qui bénit les foules agenouillées ? Qu'Emmanuel le chasse, l'Europe un jour ie ramènera en triomghe ; qu'Emmanuel l’enterme, Jes baisers des fidèles useront les murs de sa prison ; il est lx lumière du monde, et quel que soit laide que le prince des ténèbres accorde à la révolution, le Pape resplendira

avec plus de précision, de justesse et de haute raison, les notions

consacrées par la science des interprètes et la jurisprudeuce des tribunaux.

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toujours sur les âmes du haut de ce candélabre éternel qu'on appelle Rome.”

La doctrine qui vous est attribuée par la Renommée, que l'homme est un singe perfectionné, n’est point non plus appuyée sur le témoignage des hommes !

Vous trouvez le gouvernement papal reprochable, entre autres choses, parce que la justice y est secrète, et vous posez pour cela en uxiome que la justice secrète est mauvaise, Vous faites là un sophisme de l'espèce petilio principii. Il ne faut jamais mettre en principe ce qui est en question. Il y a un grand débat entre le secret et la publicité de la justice ; Jérémie Bentham veut celle-ci sans mélange, Boucher d’Argis tient & la justice secrète. Le mieux serait peut-être une combinaison, et Rossi en est; mais on ne peut blâmer les gouvernemens qui n’ont pas encore adopté la publicité, surtout quand il s’agit de In publicité dans tous les cas, S'il s'agissait de certains tribunaux de l'histoire, je dirais de la justice secrète : de non apparentibus et de non exislentibus eadem est ratio ; mais autres temps, autres dangers ; ilne s’agit point d’une question historique, il s'agit d’une questiun rationnelle, ot les avantages de la justice secrète vont ressortir tont-à-l’heure de la solution d’une question incidente.

Vous dites que l’incriminé du droit criminel anglais est ceusé innocent jusqu'à condamnation; voyous-le bien. Est-ce quand le sergent de police lui met ja main sur lPépaule qu'il est présumé innocent? Non, car le mandat où warrant revêt l'office de pouvoirs excessifs, Est-ce quand les juges à paix l'érterrogent ? et l’envoient en prison? Non, car its ne doivent le faire que sur fortes présomptions, Tst-ce quand lofficier de la Couronne formule lindictamentum ? Non encore. Est-ce quand les douze jurés ont trouvé bilia vera ? Encore moins. C’est peut-être quand il plaide non-coupablet Ont; mais tout cela est un peu long. S'ilest convailacu devant le petit jury, on n’a pas à regretter tous ces retards ; nrais s’il est acquitté, il n’a pas moins

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* Quand vous dites qu'à Rome on cherche, dans l’interrogatoire, à faire que le témoin s’iuculpe lui-mème, je crois que vous calomniez.

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subi une forte partie. de la peine du crime, et vous le rendez flétri à la société. Il y a bien quelque temps que le sieur Collins est écroué ; si, à la fin, il n’a été coupable que de galanterie, lui rendrez-vous cependant tout son honneur, réparerez-vous tous les maux qu’il a soufferts ? Assurément, s’il est présumé innocent, je ne vois pas à quoi cela lui sert, et voilà qui fuit ressortir l’avantage comparatif de la: justice secrè! 2.

‘ Admettre la publicité, dit Boucher d’Argis, ce serait livrer au mépris un homme qui pourrait être faussement accusé.”

Il n’a été répondu à cette objection ni par Bentham, ni par autre.

On risque d’affaiblir le respect pour les décisions judiciaires, reprend Boucher d’Argis, en les soumettant à l’opinion publique, tribunal incompétent à tous égards par son ignorance, ses préjugés et ses caprices. Donnez-nous un public éclairé, disent les juges, et nous ne Craignons point ses regards.”

Le cas réceut de Jesse Patterson confirme pleinement cette objection. À quoi bon, en effet, le procès fait pardevant i& jury, puisqu'il a été non avenu? La qualité de ratum ne convient qu’au procès qui a été fait dans les gazettes ; l’autre ne mérite que l’épithète trritum. Vous dites qu'il y a beaucoup de tribunanx à Rome ; il v en a veaucoup aussi en Canada,et en voici poindre un nouveau! Inclinez-vous si vous voulez ; moi, je ne puis que le conspuer.

Ce qui précède doit vous apprendre que les siècles passés étaient en état de penser aussi furtement que celui-ci.

Autres bonnes raisons en faveur du secret.—L’avidité du public dans les procès de vici, d’inceste, d’insultes lascives, proive que les détails honteux, les révélations scandaleuses excitent plus de curiosité que de répugnance,—qu’à part ce coupable intérêt, le public n’en a aucun à voir déchirer le voile qui couvre des désordres dont la notoriété fait le plus grand mal. Une femme bien née aimera mieux souflrir que de divulguer ses peines à toute une ville, à tout un pays ; la publicité est donc envers elle un déni indirect de justice. L’Angleterre a trois grandes écoles d’immora-

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