L'honorable P.-J.-O. Chauveau [microforme]
Parnasse comme le château-fort du Canada et d’avoir orné notre couronne littéraire de ses plus riches diamants. Suspendue, comme un nid d'aigle, à un rocher immense dont le sommet se perd dans les nues, au milieu d’une nature incomparable où chaque pierre évoille des souvenirs immortels, elle a bien tout ce qu'il faut pour être le séjour des muses. Le souffle de l'inspiration circule librement à travers tous ces débris et ces monuments d'un
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luttes héroïques d’une nationalité dont
elle a été le berceau. Quoi de plus propre à élever le cœur et l'intelligence de l’enfant, à faire résonner les fibres les plus délicates de son âme, que les grandeurs de ce panorama redisant l’héroïque histoire de ses ancêtres ? Il n’est pas étonnant que vant de gloire et de grandeur ait trouvé un poétique écho dans l’âme des Garneau, des Chauveau, des Crémazie, des Lemay et des Fréchette.
M. Chauveau, dont nous entreprenons de faire aujourd’hui la biographie, est une des plus brillantes illustrations dont Québec et le Canada français se glorifient.
Il est né le 30 mai mil huit cent vingt. Son père était marchand et descendait d’une des plus ancienes et des plus respectables familles de Charlesbourg.
Privé de la protection paternelle lorsqu’il était tout jeune encore, il trquva, dans son grand-père, M. Joseph Roy, et M. Hamel, son oncle, des cœurs généreux
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pour l’encourager et des esprits éclairés pour le diriger. Ces deux citoyens distingués avaient découvert dans cet enfant faible et délicat, de belles qualités, des talents brillants, qu'ils travaillèrent à développer de concert avec une mère admirable de dévouement et de tendresse.
Combien d’existences brisées et de nobles intelligences dévoyées, parce qu'elles ont été livrées à elles-mêmes à un âge où une direction sage et dévouée est si salutaire !
Qu'ils ont du mérite et qu'ils doivent être heureux, ceux dont la protection bienveillante a conservé et fécondé des talents ei précieux pour la société !
M. Chauveau entra au Séminaire à l’âge de neuf ans. Il se fit remarquer, pendant tout son cours d’études, par la précocité de son talent littéraire et les manifestations sincères de sa foi et de sa piété. Doué d’une nature vive, ardente et enthousiaste, il avait l’âme ouverte À toutes les nobles
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impressions, aux sentiments les plus élevés et aux inspirations de la poésie.
Son cours d’études fini, il voulut entrer
dans l’état ecclésiastique, où le portaient .
des sentiments religieux qu’une mère pieuse lui avait inculqués dans sa plus tendre enfance. Il n'avait que seize ans.
11 alla trouver le regretté et remarquable M. Demers, alors supérieur du Séminaire, pour lui faire part de ses intentions.—- 4 Vous voulez vous faire prêtre ?’’—lui dit le vénérable supérieur en lui mettant la main sur l’épaule,—# oui... oui. Vous êtes bien jeune... seize ans !.. Bien. bien. Allez-vousen dans le monde, petit, on verra plus tard.” - L'Etat doit remercier l'Eglise de sa générosité en catte circonstance.
Le jeune Chauveau s’en alla et se mit à étudier le droit sous MM. Hamel et Roy,
et plus tard, sous M. O’Kill Stuart. Ilse jeta immédistement dans le mouvement
politique et littéraire de l'époque avec
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tous les entraînements de sa jeunesse et de son caractère. Le Canadien recevait avec plaisir les prémisses poétiques de cet enfant de dix-huit ans, et le Courrier des Etats-Unis publiait ses correspondances politiques. Les Canadiens-Français saluèrent avec joie des accents patriotiques qui les transportaient, et virent dans le jeune Chauveau un homme de l'avenir, un soldat brillant de la cause nationale.
Sorti du Séminaire à seize ans, journaliste à dix-sept, marié à vingt, M. Chauveau était membre de la Chambre à vingt-quatre ans; sa destinée marchait à grandes enjambées dans un chemin fleuri.
L'Union des deux provinces venait d'être imposée au Bas-Canada, dans le but de réduire à l'impuissance cette nationalité canadienne-française qui avait osé pousser le patriotisme jusqu’à la rébellion. L’élément anglais et l'élément français se trouvaient partagés en deux camps sur l'arène parlementaire, comme autrefois
sur le champ de bataille ;—le premier, orgueilleux, fauatique, plein de préjugés ; —l'autre, modeste, mais énergique et confiant dans son droit et sa destinée. La lutte était vive, ardente.
Il s'agissait, pour le Bas-Canada, d'effacer du frontispice de ce nouveau temple politique, où on l'avait forcé d'entrer, des caractères injurieux à son patriotisme et menaçants pour sa conservation nationale.
Les Canadiens-Français marchaient sous le drapeau de MM. Lafontaine et Viger, que secondaient la haute intelligence et le noble caractère de M. Baldwin. MM. Chauveau et Cauchon vinrent grossir, en mil huit cent quarante-quatre, cette phalange valeureuse, qui voyait bientôt ses efforts couronnés de succès par l'établissement du gouvernement responsable et la radiation de la nouvelle constitution des clauses honteuses qui la déshonoraient.
M. Chauveau manifesta, dès ses premiers discours parlementaires, les qualités ora.
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toires. qui avait signalé ses débuts au Barreau, et les tendances libérales dont la jeune génération du temps était possédée. M. Aubin exerçait alors une grande influence sur la jeunesse lettrée par ses écrits mordants, pleins de sel et de patriotisme ; les bureaux du Fantasque étaient un foyer d'esprit et de libéralisme. Il n'est pas étonnant que M. Chauveau ait bu à la coupe parfumée du libéralisme ; il devait
aimer la liberté comme la religion, par
l'entraînement de sa nature __———. et poétique.
. Lorsque l’hon. Louis-Joseph Papineau, revenu de l'exil, fit retentir, dans le Parlement, sa grande voix contre la constitution dont on avait doté son pays pendant son absence, et menaça de recommencer les luttes d'autrefois, la majorité canadiennefrançaise, qui avait arraché à cette consti-
tution des libertés suffisantes pour se pro-
téger, resta sourde aux accents du tribun.
M. Chauveau fut, pendant quelque temps,
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du petit nombre de ceux qui prêtèrent l'oreille aux phillippiques emportées de M. Papineau : il vota souvent avec lui. On dit que l’amour-propre froissé fut pour quelque chose dans son éloignement de M.
Lafontaine.
En mil huit cent cinquante et un, il avait déjà assez d'influence pour devenir Solliciteur-général dans l'administration Hincks- Taché, et, deux ans plus tard, Secrétaire- Provincial. IL laissa son portefeuille, au mois de janvier mil huit cent cinquantecinq, et succéda, dix mois après, au Docteur Meilleur, comme surintendant de l’éduca.
tion pour le Bas-Canada. Il a, dans cette importante position, déployé beaucoup de zèle et d'activité, ainsi que l’attestent l'établissement des écoles normales, les succès du Journal de l'Éducation et les nombreuses réformes qu’il a opérées dans l’enseignement.
M. Chauveau allait ainsi tranquillement son chemin, conduisant le char de l’éduca.
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tion du pays au milieu des éloges et des
applaudissements que ses écrits et ses discours soulevaient sur son passage, lorsqu'on lui offrit de monter sur le char plus élevé et plus dangereux de l'Etat,
De l'Union des deux Canadas on était passé à la Confédération de toutes les provinces britanniques ; on venait de donner un gouverneur français à la province de Québec, eton voulait illustrer l'inauguration du nouveau régime par le choix, comme premier ministre, d’un Canadien distingué; capable de rallier toutes les sympathies.
M. Cauchon ayant échoué dans ses efforts pour former un gouvernement, on s'était
adressé à son ancien émule dans les luttes
parlementaires, lequel avait réussi.
L'auteur de la “ Fête des Banquiers, ”
dont les vers avaient flagellé l'Union des
deux Canadas, a dû trouver étranges les
événements qui l’appelaient à inaugurer la
Confédération, En présence du fait accom pli, il a cru sans doute qu'il pouvait et
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