L'HONORABLE RÉNÉ-EDOUARD CARON
Nous allons essayer dans cet écrit à raconter la vie politique de l’un des Canadiens les plus distingués du jour; nous tâcherons de prouver avec des faits que, par ses services passés, sa longue carrière publique, ce digne citoyen a su mériter le plus grand honneur que l’on puisse conférer à un Canadien, et que le gouvernement fédéral n’a fait que rendre un légitime hommage à son mérite reconnu en l’élevant à la haute dignité de Lieutenant-Gouverneur de la Province de Québec.
M. Caron est né en 1800, à Sainte- Anne, de la Côte de Beaupré. Il est le fils de M. Augustin Caron, respectable cultivateur qui a représenté pendant deux parlements le vieux :
comté de Northumberland. Il fit de :
solides études au collége de Saint- Pierre, Rivière du Sud, et au Séminaire de Québec, et embrassa la carrière du droit, donnant constamment
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des preuves d’un jugement solide et de l'amour du travail.
Admis au barreau en 1826, M.
Caron s’acquit de bonne heure, grâce à son habileté et à son énergie, une nombreuse clientèle, et en même temps la réputation d'homme honnéte et honorable. Ses concitoyens de Québec ne furent pas longtenps sans lui accorder leur entière confiance.
Dès 1833, les électeurs du quar-.
tier du Palais le choisirent pour les représenter au Conseil-de-Ville, Plusieurs conseillers songèrent même à en faire le premier magistrat de la cité, mais M. Elzéar Bédard fut l'heureux candidat, et devint le premier maire de la ville de Québec.
En mars 1834, la majorité des conseillers vota en faveur de M. Caron et contre M. Bédard, d’après le principe qu'il ne fallait pas en réalisant le même maire établir un précédent dangereux pour l'avenir. (1)
(1) Plusieurs journaux ont commis une erreur en mentionnant que M. Caron fut élu maire en 4833. Voir le Canadien de 1833 ei 1834. |
En 1834, les citoyens de Québec donnèrent de M on preuves de la confiance qu'ils avaient en M. Caron en lJ'élisant député à une majorité très-forte, avec M. Vanfelson, pour défendre leurs ’ntérêts dans la Charrbre d'Assemblée du Bas-Canada. Ce ne fut qu'après les plus vives solicitations qu'il consentit à accepter leur mandat.
Les libéraux étaient alors dans le plus fort de la lutte constitutionnelle qu’ils avaient entreprise pour la conquête de leurs droits politiques contre l'oligarchie anglaise. Ils réclamaient la réforme du Conseil Législ:äf, ie contrôle exclusif des subsides, la réforme judiciaire et adrainistrative, la responsabilité des inembres du cabinet aux représentants du peuple. En un mot, ces derniers demandaient la régie absolue de leurs affaires intérieures ; ils voulaient faire cesser la nécessité des recours fréquents aux autorités anglaises et au bureau colonial, changer enfin le système défectueux du gouvernement de l’époque.
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Voilà en résumé ce que demandaient les 92 Résolutions rédigées par M. Morin, scus la dictée de M.
Papineau, proposées par M. Elzéar Bédard, et passées à une forte majorité des représentants, à la session de 1834-—documc t célèbre où se trouvent tracés, en termes énergiques, tous les griefs des Canadiens libéraux. M. Morin fut chargé d'aller transmettre à M. Viger, alors agent des libéraux du Bas-Canada en Angleterre, une adresse au Parlement Impérial, basée sur ces résolutions.
Par maiheur, le gouvernement de la Grande-Bretagne ne se pressa pas de rendre justice aux réclamations des Canadiens et de. faire disparaitre ls nombreux abus du pouvoir. Le mécontentement du peuple fut généra!, lorsqu'il s’aperçut que son sort no s’améliorait pas ; la séparation entre les deux. partis devint chaque jour plus profonde. Dans de nombreux comtés, le peuple s’assembla, et demanda encore en termes plus énergiques un remède aux maux
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du temps. L’excitation des esprits était à son comble ; l’état du pays était donc très-grave, il fallait agir, mais le faire avec fermeté et prudence.
Cette lutte, véritable guerre de races, paralysait en effet tout effort vers le progrès et les améliorations, étouffait le commerce et l'industrie, et détruisait le bonheur du peupie.
C’est alors que l’on vit le parti libéral, si uni depuis longtemps, se partager en deux camps. MM. LaFontaine, Morin, (xirouard, Viger (L. M.) et autres soutenaient et encourageaient M. Papineau dans la voie de la résistance, dans le but d’obteni: la plénitude des droits l£gislatifs et constitutionnels. Ils persistaient à refuser le remboursement des sommes avancées sur la caisse militaire pour les dépenses du gouvernement civil et de l’administration de la justice. La minorité, qui comptait parmi ses membres MM. Bédard, Caron, Vanfelson, Huot, et J. B. Taché, voulait an contraire sanctionner de leurs votes: les dépenses encourues pour le ‘service
civil, et procéder aux affaires publi-
ues. Elle conservait encore l'espoir
‘obtenir de la métropole la concession des réformes demandées, par des moyens plus modérés et plus constitrtionnels. Elle fut secondée par l'inäuence et la plume habile de M.
Etienne Parent, alors rédacteur du Canadien.
Le parti modéré, qui se composait presque exclusivement des membres du district de Québec, voulait éviter une colision entre les diverses branches de la Législature. A la session de 1835, il refasa de concourir dans plusieurs clauses de la réponse au discours du trône, parce qu'elles renfermaienit une censure directe de l'Exécutif, et qu'elie donnait à entendre que la Chambre ne procéderait pas aux affaires, et ne sanctionnerait pas les dépenses faites pour le service civil (£31,000). M. Bédard, le moteur des 92 Résolutions proposs, secondé par M. Caron, plusieurs amendements qui ne réunirent que le tiers des députés.
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