‹ L'honorable R.E. Caron, lieutenant-gouverneur de la province de Québec [microforme]Chapitre 7 sur 7 · SR · texte numérisé non relu

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tèrent de diviser les rangs du parti libéral, et offrirent des portefeuilles à quelques-uns de ses membres marquants, pour les engager à abandonner leurs amis et les aider à se maintenir au pouvoir. M. Caron, homme sonciliant, modéré dans ses principes politiques, fut un des libéraux auxquels on s’adress2.

Dans l'été de 1845, M. Draper, agissant sous l'impulsion de Lord Metcalfe, commença avec M. Caron une correspondance qui est restée célèbre dans nosannales politiques. Nous avons cru intéresser le lecteur en reproduisant le résumé de ce fameux document tel que nous l’avons décrit dans l'ouvrage bistorique intitulé :

Le Canada sous l’Union : |

‘“ Au mois de juillet et d'août 1845, M. Draper avait eu avc M. Caron des entrevues dans le but de faciliter un arrangement au moyen {uquel, en adjoignant au ministère quelques Canadiens-Français, la majorité du Bas-Canada serait représentée comme celle du Haut-Canada. M. Caron,

dans une lettre en date du 7 septembre, communiquait à M. LaFontaine la substance de ces entretiens. M.

Draper lui avait déclaré qu'il serait - très-flatté de voir quelques Canadiens-

Français,autres que ceux qui y étaient

déjà, faire partie de l'administration.

I] insistait fortement sur les avantages que le public et surtout la population française retireraient de compter dans le cabinet des personnes connaissant les besoins de touset en état d'y pourvoir. Il se présentait de graves difficultés pour opérer ce changement, mais il fallait s'assurer s’il n'y avait pas moyen de les surmonter. Il espérait pouvoir décider M.

Viger à se retirer ; quant à M. Papineau, il ne demandait pas mieux que de remettre son portefeuille. Ces denx- situations devaient être rem:

plies par des Canadiens-Français.

Une autre difficulté que M. Draper lui avait signalée concernait M. La Fontaine lui-même, parce que le gouverneur ne pouvait pas se rencontrer avec lui tant que Lord Metcalfe serait

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au pouvoir, Mais il était injuste de sacrifier un homme de son importance et de son mérite, et !4. Draper était prêt à faire disparaître cette dif- :

ficulté en le plaçant de manière à le satisfaire. Il priait M. Caron de communiquer ces détails à ses amis et de faire tout en son pouvoir pour effectuernn rapprochement, et engager les. Canadiens-Français à prendre dans le. conseil les siéges qui pouvalent devenir vacants pour le mement. M. Coron terminait cette lettre en disant à M. LaFontaine que, d’après son opinion, cette ouverture valait la peine qu'on y réfléchit, et il l'engageait à communiquer la chose à ses amis ; enfin, que l’état dans lequel était le Bas-Canada ne ptet durer longtemps.

M. LaFontaine répondit à cette lettre le 8 du même mois. Il déclarait que la voie W'aVait prise M Drap :r, pour obtenir le résultat qu'il désirait, lui paraissait inconstitutionnelle ; car personne n’était responsable ae ls démarche qui avait donné

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lieu à la correspondance, personne n'était chargé de réorganiser le ministère. Cette circonstance le faisait hésiter à donner son entière opinion.

M. Draper admettait que la section bas-canadienne du ministère ne représentait pas le Bas-Canada. Pourquoi alors la maintenir ? Pourquoi ne pas former, quant à cette section de la province, une nouvelle administration à l’aide de quelqu'un qu'on chargerait constitutionnellement de le faire ? Une administration ainsi formée serait forte de l'influence que lui donnerait l'appui de la majorité des représentants, et ferait prévaloir cette influence légitime dons le conseil. En introduisant dans la ministère deux nouveaux minisires oanadiens-francais à la place de MM.

Viger et Papineau, ainsi que le voulait M. Draper, on cherchait à diviser et'à affaiblir le parti libéral un peu plus que ne: l'svaient fait ces deux hommes politiques. Puisque l'on voulait retirer ees derniers, pourquoi ne nas congédier en même: temps

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MM. Daly et Smith, qui ne représentaient pas plus qu'eux le Bas-Canada.

On cherchait évidemment à jeter nos compatrictes dans une division et dans une faiblesse mortelles. M. La Fontaine résumait ainsi ses rema:ques à M. Caron: ‘“ J'en viens donc à une conclusion sur laquelle vous .

ne pouvez pas vous méprendre : c'est u'en fait d'administration, le Basanada doit avoir ce qui est accordé au Haut-Canada ; rien de plus, mais aussi rien de moins. Voilà i'expression sincère de mes vues. Sije me trompe, l'erreur est mienne. Je le regretteraisans doute ; mais advienne que pourra ; je désire avant tout rester en paix avec mes convictions qui sont ma conscience. | À “Jene puis terminer sans. Vous dire un motsur ms position à l'égard de mes:amis politiques. Je l'ai sou-.

vent dit et je le répèterai encore, c'est qu'aucune considération qui me.

soit personnelle, ne doit les empêcher de former partie d’une adinimistration qui, pour le Bas-Uanada, serait organi-

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sée d’après les principes constitutionnels qui doivent diriger notre conduite. |

“Je ne servirai pas d'instrument pour diviser mes compatriotes. Si * l’on forme une administration qui mérite ma confiance, je la soutiendrai de bon cœur. Si cette administration n'a pas ma confiance, mais qu'elle possède celle de la majorité de mes compatriotes, ne pouvant la soutenir, je me retirerai volontiers de la représentation, plutôt que de jeter la division dans nos rangs. Si, sous le système d'accepter des places à tous prix, il est des personnes qui, pour un avantage personnel et momentané, ne craisnent pas dé détruire le seul bien qui fait notre force, l’union entre nous, je ne veux pas être et ne serai jamais de cè nombre.”

M. Caron, après avoir eu l'opinion de M. La Fontdine, de M. Morin etäc quelques autres membres iibéraux, rendit compte de ses démarches à Monsieur Draper, dans une lettre en date du 17 septembre.

Le 08 Ï1 lui dit que tous ses amis étaient d'accord sur la nécessité d’un changement, et que ce changemenr, pour être durable et satisfaisant, ne pouvait s’opérer qu'au moyen de l’union des deux. partis les plus nombreux et les plus influents dans chacv- section de la nrovince. La direction des affaires devait être entre les mains des deux partis dominants dans chaque section ; et l'administration ne devait pas plus conduire le Bas-Canada au moyen d'une maiïorité prise dans le Haut, qu'elle ne devait imposer la loi à la majorité du Haut-Canada par suite de l’aide que lui donnerait le Bes ; et qu'une administration quel- Se +9 ne devait durer que tant qu'elle serait soutenue par une majorité respective dans chacune des sections de la province. Ils n'avaient atcune objection quant à la manière dont l'administration était coriposée dans le Haut-Canada, parce qu'elle était soutenue par la majorité ; mais il n’en était pas de même dans le Bas-Canada, où une faible mi-

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norité soutenait le ministère, Les

ministres de cette dernière section

de la province ne devaient pas être un obstacle à l'arrangement: projeté, puisque, d’après le système du gouvernement responsable, en acceptant des portefeuilles, ils avaient dû s'at:

tendre à les céder du moment que d'autres seraient en état de conduire les affaires du pays d’une manière plus avantageuse. Il était nécessaire d'effectuer un plus grand nombre de vacances que celles:-dont il avait déjà été question, et de les remplir par ceux qui jouissaient de laconfiance de

la majorité. On devait charger quel-

qu'un d'élaborer et de proposer les beses du nouvelarrangement, et de soumettre les noms de ceux que l’on vou- - drai: faire entrer dans le ministère.

Quant. à M. La Fontaine, il avait .

déclaré qu'il supporterait une admi-

nistration. composée d’homm”£# ‘pos-

sédant la confiance du pays, et dont:

ilapprouverait les principes. M. Caron terminait cette lettre en disant qu'il ne fallait pas songer à ne faire entrer

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dans le cabinet qu’un ou deux membres, ce simple changement n'aurait aucun résultat effectif : il fallait. que l'administration du Bas-Canada fût entièrement reconstruite, (C'était là l'opinion de tous ceux qu’il avait consultés. La réalisation de cet objet n'était pas sans difficultés, mais elle était possible ; et, si c'était le seul moyen d'établir la paix et la satisfaction dans le pays, il fallait l'obtenir à tout prix.

M. Draper répondit à cette lettre le 19 novembre. Il déclara à M.

Caron qu'il avait beaucoup réfléchi sur le sujet en question, avec un vif désir leffectuer un rapprochement avec le parti libéral. La maladie de Lord Metcalfe l’ayait empêché de lui soumettre la question. Il fallait ce pendant donner sans réserve le résu!tat de ses propre vues. Quant à lui, il était prêt à céder sa place s’il était nécessaire ; il n’appréciait pas assez la vie publique pour se cramponner au pouvoir, et il considérait. que M.

Viger devait faire un abandon de

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de ses amis, il pouvait aller de l'avant et soumettre la question au gouver-

mais il ne changeaït pas son opinion

‘vait changer ses propres opinions dans cette affaire.

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la sienne. MM. Daly et Papineau ne tenaient pas non plus à garder leurs places pour embarrasser le gouverneur dans la formation de son conseil.

Il était d'opinion que les charges d’orateur du conseil Tégislatif et de président du conseil exécutif pouvaient être réunies comme moyen d’économie publique. Maintenant que M.

Draper, possédait l'exposé franc et intéressant des vues de M. Caron et

neur et à ses collègues.

Quelques jours après, M. Draper annonçait à M. Caron le départ de Lord Metcalfe. Il lui dit que ce départ influait sur la nosition dans laquelle il se trouvait et: encore plus sur les pouvoirs qu’il avait pour effectuer quelque chose d'avantageux ;

quant à la nécessité de renforcer l’administration locale. Il se hâtait de lui donner cette ‘nformation, qui pou-

M. Caron répondit à M. Draper que le départ de Lord Metcalfe devait en effet changer la nature des choses.

Il termina les négociations par les mots suivants ::

4 Dans .les communications que nous avons eues ensemble, vous savez que je ne me suis jamais donné pour chef de parti ; je me suis seulement prêté, et cela je l'ai fait volontiers, à servir d'intermédiaire entre ceux que notre parti regarde comme ses chefs et vous-même, afin de leur faire parvenir les communications que vous avez bien voulu me faire, et aussi pour vous transmettre leurs vues et leurs idées sur le projet qui nous occupait: In m'acquittant de cette tâche, je ne vous ai pas caché mes propres opinions ; mais cette partie n'étant que secondaire, toujcurs j'ai voulu vous faire connaitre ce que voulaient et exigeaient les guides du parti avec lequel vous voulez égo- .cier un rapprochement. Je n'ai prêté mon ministère à cette fin que parce que je savais qu'il existait des obsta-

cles momentanés qui empêchaient que ies communications pussent aïsément se faire d’une manière directe entre l'administration actuelle et ceux auxquels il fallait s'adresser pour atteindre le but désiré. Les obstacles, ce me semble, n'existent plus et ne doivent plus exister, et par conséquent ma mission doit cesser avec les causes qui l'ont fait naître.

“Je serais fâché pourtant que vous conclussiez de ceci que je refuse d'aider à un rapprochement que nous paralssons tous deux désirer :

tout au contraire, je suis prêt à faire tout en mon pouvoir pour en faciliter la conclusion. Mais, comme vous avez sur les lieux ceux de qui dépend en grande partie le succès de l’arrangement, il me paraît plus convenable, plus facile et plus exp‘’ditif de traiter directement avec eux, tout en vous invitant à ne vous gêner aucunement avec moi, et à m'indiquer librement de quelle manière je puis être utile.”

a Le reste de la correspondance con-

siste en quelques lettres échangées

entre MM. LaFontaine et Carou, au sujet de Ja publication de cette même correspondance. Les négociations

s'étaient terminées sans amener aucun

bon résultat ; seulement M. Draper avait réussi à connaitre les vues des membres influents du parti libéral, et

avait mis fin à la correspondance sans

dire s'il rejetait ou acceptsit les pro-

positions de M. Caron. Son but était d'unir les deux majorités, afin de

tenter cette union par la suite, lors-

qu'il verrait le pouvoir lui échapper des maïns. Evidemment il vouait jouer M. Caron et ses amis : ii manqua de sincérité et de franchise … leur égard. Le départ de Lord Metcalfe n’était pas une raison pour faire cesser subitement les négociations entre les deux partis : les mêmes causes de taiblesse continuaient à exister dansle ministère. De plus, M. Draper avait fait ces démarches à

l'insu des autres ministres ; il voulait réellement sacrifier M. Viger et M.

Papineau ; mais il tenait à conserver MM. Daly et Sraith. Il mettait M.

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Viger, son collègue, dans une étrange position, M. Viger aurait dû remettre immédiatement son portefeuille, et mépriser un homme qui avait voulu le jouer ainsi.

“ D'un autre côté, on voit par les lettres de MM. LaFontaine et Caron que les libéraux auraient été disposés à s'allier aux conservateurs du Haut- Canada, et à accepter, comme essai,

e système de la double majorité. Il leur était douloureux de se séparer de M. Baldwin, Hincks et Price, qui leur avaient toujours été fidèles ; mais ils avaient des devoirs à remplir envers leurs compatriotes ; et, pour faire cesser l'agitation politique qui existait depuis plus de deux ans, ils ‘étaient prêts à faire des sacrifices pérsonnels en s’alliant à un parti auquel ils avaient été opposés. :

‘ La conduite des chefs libéraux fut honorable ; elle leur acquit l’estime de leurs amis et même de leurs adversaires. Celle de M. Caron fut louable et remplie de patriotisme ; ses Intentions étaient certainement

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pures, et il ne fut guidé que par le désir d’eflectuer un utile rapprochement entre les deux partis. Quant à M. LaFontaine, il montra, comme dans iles circonstances précédentes, de nobles sentiments, et le désir de s'elfacer, s’il était nécessaire, pour le bien de son parti. Les mêmes éloges peuvent être adressés à M, Morin.

La publication de la correspondance fut la cause d’un refroidissement passager entre M. LaFontaine et'M. Caron. M. LaFontaine insista à mettre au jour quelques lettres, afin d'en tirer parti au profit des libéraux.

M. Caron se trouva alors dans une situation critique, parce que M. Draper l’accusa d’abord d’avoir mis au jour les lettres échangtes entre eux, et même d’avoir fait connaître leurs intentions, qüi étaient d'une nature privée ; mais le blâme retombait plutôt sur M. La Fontaine qui avait compromis M. Caron en publiant la correspondance malgré ce dernier.

D'un autre côté, il faut dire que Ia publication des lettres était devenue

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d’une grande nécessité au parti libcral. Elle ne contenait rien de compromettant nide déshonorant pcur personnner, et pouvait être publiée sans incon; : nient, ” (1)

L'année suivante (1846), après la retraite de M. D.-B. Viger du ministère, M. Draper fut chargé par Lord Cathcart de communiquer avec MM.

Morin et Caron, et de leur offrir ie choix de deux portefeuilles sur trois, dans le Conseil exécutif.

‘ Il écrivit à MM. Morin et Caron, leur disant que le gouverneur ne leur demandait pas de former une administration, mais qu'il leur offrait le choix sur trois portefeuilles dans le Conseil exécutif. Cette démarche ne réussit pas plus que celle qu’on avait tentée en 1845. Les chefs libéraux ne voulaient pas consentir à siéger avec certains membres du cabinet ; ils refusaient d'accepter des portefeuilles seulement parce qu'ils étaient Canadiens-Français : ils réclamaient

{1} Le Canada sous l’Union Vol. I, page 202.

le pouvoir comme parti, d'après les principes du gouvernement constitutionncl, vu qu'ils possédaient la confiance de la grande majorité de la population du Bas-Canada. En s'associant à des hommes auxquels ils ne pouvaient se fier, ils n'auraient eu alors aucune garantie pour faire adopter les mesures qu'ils croyaient favorables aux intérêts du pays ; ils se seraient trouvés dans la même position que MM. Vigor et Papineau.” (1)

Enfin une dernière tentative fut faite auprès des mêmes chefs, à l’arrivée de Lord Elgin au Canada, en 1847. Ce digne gouverneur, qui a laissé une si belle réputation dans la province, commença per examiner Ja position des partis politiques.

# Il se convainquit que l’adminmistration, telle qu'elle était alors constituée, ne pouvait commander la confiance publique à un dégré suffisant, Il vit avec peine l'isolement dans lequel se trouvait.la race frauçaise, et

(1) Le Canada sous l'Unica Vol. I, page 222.

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voulut y remédier en appelant au pouvoir quelaues-uns de ses chefs.

Il prit dans ce but l'avis de ses ministres, qui lui c°nseillèrent de s’adresser à MM. Morin et Caro, et d'offrir à chacun d'eux un porteieuille. Mais les offres de Lord Elgin ne suffisaient pas aux exigences du parti libéral, dans le Bas-Canada : elles étaient les mêmes qui avalent été faites et rejetées dans les négociations précédentes. M. Morin les refusa immédiate-

nent, donnant pour raison principale

qu'il avait contracté une alliance avec des personnes d’une autre origine qu'il ne pouvait abandonner.

4 M. Caron au contraire, crut, dans l'intérêt de ses compatriotes, devoir pousser les négociations plus loin.

Mais ses efforts demeurèrent sans succès. Les prétentions de M. Daly s'opposalent à un arrangement acceptable. Le ministère était prêt à céder trois portefeuilles aux libéraux ; rnais il refusait de sacrifier M. Daly, qui se croyait inamovible dans son poste de secrétaire provincial, MM.

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Morin et Caron furent approuvés dans leur conduite.

“La fermeté inébranlable des convictions de ce dernier lui fit encourir la disorâce des ministres ‘ ils exercèrent leur vengeance en le destituant de sa position de président du Conseil Lésrislatif, charge qu'il n'avait accsotée, sous Lord Metcalfe, qu’à la cuudition expresse que ce ne serait pas une situation politique sujettc. à déplacement. La conduite injuste du ministère, à l'égard de M. Caron, eut l’heureux résultat de donner plus d'union et de force au parti libéral, en faisant cesser entièrement tout esprit de division. |

“ Lr presse ministérielle accusa encoi ‘nais sans raison, les Canadiens-:;: .çais de refuser le pouvoir, et.de négliger par là les vrais intérôts de la province, L'alliance des conservateurs avec les libéraux du Bas-Canada aurait été une excellente affaire ; elle aurait probablement eu pour résultat d'empêcher les troubles de 1549. Il est regrettable qu'elle

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h'ait pas eu lieu. Mais enfin, la faute retombait sur les conservateurs, qui voulaient toujours reconstruire le cabimet au profit du parti britaunique et du Haut-Canada, et qui refusaient d’asseoir le Gouvernement sur dss bases constitutionnelles en répudiant

le principe ds in double majorité.

“ Depuis son avénement, le ministère Draper n'avait cherché qu'à diviser le parti libéral, preuve évidente de sa propre faiblesse. Il n'avait conservé le pouvoir que par Fintrigue et l'argent répandu à pleines | mains dans le Haut-Canada, qu’à force de passer des mesures favorables à cette section de la province, «t souvent injustes envers l’autre. Puisque les ministres ne pouvaient se maintenir au pouvoir d’une manière constitu tionnelle, nourquoi ne se retiraient-ils pas ? Cependant plusieurs d’entre eux, voyant qu'ils étaient gravement : compromis aux yeux d'un public fatigué de cet état de choses, et qu'ils occupaient une position fausse, donnèrent leur démission ; mais ils eu-

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rent le soin dé se placer avantageusement. Les autres es n'eurent pas le courage de les imiter.” (1)

La retraite de M. Draper acheva la ruine du ministère conservateur. Il était, en effet, le seul homme capable de prolonger son existence. La rentrée de MM. Sherwood, Mclonald (J. À.) et Badgley ne donna aucune influence au parti. Le règne des conservateurs de l’ancien régime était hni, Pour conquérir de nouveau le pouvoir, ii leur fallait être plus modérés dans leurs opinions politiques etrendre pleine justice au Bas-Canada.

Dans les derniers changements ministériels, Lord Eloin s était tenu à l'écart. Fidèle aux principes dun gouvernement constitutionnel, il n’était disposé à ne favoriser aucun des partis politiques, et à laisser aux conservateurs leurs chances de salut.

“, Depuis plus d'une année une réaction considérable se faisait en faveur du parti Hbéral dans lune et

(lt) Le Canada ssu: L'Union Vel IH, page 1, :

l'autre des provinces. (C'était le mo- 1 ment de mettre à profit cette heureuse | || circonstance, et de reprendre la belle jh position qu'il occupait en 1842-45. + il En prévision d’une élection prochai- il | ne, il se prépara donc à remporter une victoire complète. Comme en il 1841, les citoyens de Québec furent ol | les premiers à donner l'impulsion au nl œrand mouvement de réforme, qui 1 devait avoirlieu Sous la présidence !

de M. Caron, ils organisèrent une association politique : L'association constitutionnelle de la réforme et du progrès, et s’assemblèrent à plusieurs reprises. Ils adoptèrent un programme politique, qui est resté comme un document important de cette belle lutte.

“ Dans cet écrit, étaient consignés les griefs les plus flagrants qui pesaient sur les Canadiens, et les inégalités politiques et sociales dont ils sounffraient, Ce manifeste exposait ensuite les réformes principales qui étaient alors réclamées : c'étaient la mise en pratique des principes du gouvernement constitutionnel recon-

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nus par les résolutions de 1841, la réforme électorale dans toute la province, le libre échange avec les pays étrangers, la liberté de la navigation sur le Saint-Laurent, la réforme du département des postes et la concession des terres de la couronne à des prix moins élevés. Enfin, les électeurs de Québec terminaient ce fameux manifeste en invitant les citoyens marquants dans chaque comté à se r unir, et à faire adopter par tous les principes qui avaient servi de bases à l'association constitutionnelle de la réforme et du progrès.

“« Ce manifeste fut bien accueilli par la presse ; il servit de programme politique dans l'élection qui eut lien peu après, et futaccepté dans presque tous les comtés. Les libéraux du Haut-Canada en adoptèrent plusieurs points ; ils furent d'accord avec leurs amis du Bas-Canada pour réclamer la réforme électorale. Ils organisèrent eux aussi des associatior.s semblables à celles du Bas-Canada” (1)

(l) Le Canada sous l’Union.

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Voyant que le ministère ne pouvait plus commander une majorité suffisante, Lord Elgin dissout le parlement, et en appela au peuple. Les élections générales donnèrent une forte majorité aux libéraux ou réformistes dans les deux sections de la province, et portèrent, comme on s'y attendait, MM. LaFontaine et Baldwin au pouvoir. C'est ce qui arriva au commencement de la session de 1848,

Le premier ministre, M. LaFortaine, choisit pour collègues, dans le Bas-Canada, MM. Caron, Leslie, Taché, Aylwin et L. M. Viger, avec MM. Baldwin, Hincks, Price, ete.

dans le Haut-Canada, M. Morin venait

d'être élu président de l'Assemblée.

Législative, à une forte majorité, malgré les efforts des conservateurs, ui avaient proposé Sir Allan MceNab comme le candidat de leur choix.

M. Caron devint président du Conseil Législatif, L'excellence de ses mérites le désignait à cette position élevée qu'ilavait perdue en voulant

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rendre justice au Bas-Canada et à ses compatriotes. Il devait en justice être récompensé de son patriotisme et de son indépendance ; aussi tous les Canadiens applaudirent-ils à son entrée au ministère. Il cessa d’être membre du cabinet en 1849, mais il conserva la présidence de la Chambre haute.

Lors de la formation du ministère Hincks-Morin (1851), M. Caron tut adjoint au cabinet, toujours avec la présidence du Conseil Législatif. Il abandonna la politique en 1853, pour occuper le banc judiciaire.

Sa nomination de juge de la cour supérieure fut également bien accueillie. Elle était le prix des services nombreux qu'il avait rendus au pays dans une longue carrière politique.

En 1855, M. Caron devint juge de la cour d'appel. Son application constante aux labeurs de ce nouvel emploi et son impartialité lui valurent de nouveaux droits à la confiance publique.

Lefnow de M. Caron est surtout lié à deux événements remarquables dans nos annales politiques et judidiaires, Il fit partie de la cour seigneuriale, tribunal dont la mission fut de décider les points de droit qui devaient être soumis à la considération des commissaires seigneuriaux, afin äe constater quels étaient les droits réels des seigneurs et ceux que les censitaires devaient racheter.

M. Caron fut nommé membre de Ja commission que l’on chargea, en 1859, de la codification des lois civiles du Das-Canada. Les deux autres commissaires étaient MM. Day et Morin, juges de la cour supérieure.

Le gouvernement ne pouvait faire un choix plus judicieux. En effet, les

trois commissaires unissaient à l’é-

clat du talent l'immense étendue des connaissances légales. Il n'y eut qu'une voix unanime pour tendre justice à ces jurisconsultes distingués, qui ont doté le pays d’un code aussi complet et aussi sage.

‘ Le travail des codificateurs, di-

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sait M. Cartier, en 1865, a été fait à limitation du code français, et en marchant sur ces traces, il n’y avait aucune crainte de ne pas réussir...

Si le Bas-Canada, ajouta-t-il, veut grandir, s’il veut conserver son individualité et sa nationalité, rien ne sera plus capable de réaliser ses espérances que l'adoption d’un code de loi. Quand les lois du Bas-Canada pourront être mieux connues, que l'étude et l'appiication en seront plus faciles, il aura son influence dans Ja Confédération, si elle a lieu. ” Après de longues discussions, le code civil fut approuvé et adopté par la chambre au milieu des applaudissements des représentants. Il devint en force, le premier août 1866, et fut publié dans les deux langues. Les Anglais du Bas-Canada eurent alors l'avantage d'étudier dans leur idiôme les lois auxquelles ils étaient soumis, Les Canadiens des deux origines purent consulter le droit civil dans un seul volume, où tout est expliqué avec précision et clarté. Le

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; à code était donc une be!le œuvre, qui

aT- fait honneur à M. Cartier et aux codi- | U- ficateurs. Il compte, après l’abolition fl | … de la tenure seigneuriale, pour la ur | ut mesure la plus importante accomplie | di- sous l'Union. On peut dire que le Bas- | ne Canada possède dans le droit civil et | >S- dans le droit criminel anglais le meil. | de leur système de loi qu'aucun peuple 1h da puisse avoir. | | 1e Après avoir raconté, avec autant

us d’exactitude que d'impartialité, les

ns principaux actes publics de M. Caron,

et les événements remarquables aux-

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le quels il a pris part, nous pouvons | | té sans crainte conclure que la carrière | À u- de ce digne citoyen a été bien rem- | Ii plie; qu'il a servi son pays pendant |

at quarante années avec patriotisme et | | 1X honorabilité, souvent au milieu des I la luttes gigantesques de la politique. | 18 Il a passé par toutes les charges et | | ls par tous les honneurs qui puissent es être conférés à un Canadien : maire Î LÉ et député de la ville de Québec, pré:

st sident de la société de Saint-Jean: |

4e Baptiste de cette ville, conseiller lé-

murs DO: die

gislatif, membre du cabinet provinucial ? président du conseil législatif, juge des cours supérieure et d'appel, codificateur des lois civiles, enfin Lieutenant-Gouverneur de la Province de Québec.

Notons en passant que plusieurs des hommes politiques du Canada, par la modération de leurs principes et par leur esprit de conciliation, sont parvenus à rendre des services émitents dans les moments de cri:es olitiques, ont opéré des combinaisons et rapproché les chefs des partis politiques dont les principes étaient diamétralement opposés ; tels ont été, pendant la période de l'Union, M. Caron, Sir Etienne Taché, M. J.

Sandfield MacDonald, M. Kicotte et .

Sir Narcisse Fortunat Belleau.

Le 14 février (1873) la Gazette Officielle d'Outaouais annonçait l’élévation de l’hon. Juge Caron au poste de Lieutenant-Gouverneur de la Province, à la place de $Kir Narcisse Fortunat Belleau. Cet acte du gouvernement fédéral a été accueilli de

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la manière la plus favorable par tous les canadiens sans distinction de partis politiques. La presse l’a approuvé - de la manière la plus unanime ; elle s’est plu à rendre hommage au mérite de l’homme d'état que l’on appelait à présider au gouvernement de la Province. |

Nous aimons à reproduire quelques extraits d’un écrit dû à la plume habile de M. L. O. David. Cet extrait complètera ce que nous avions à dire sur la vie de M. Caron. |

“ Quoique rendu à l’âge avancé de soivante-et-treize ans, notre nouveau lieutenant-gouverneur a toute l'énergie, et l'intelligence de l’âge mur, et il a le teint trais et la santé de la jeunesse. Une vie laborieuse, mais réglée, une humeur égale et un riche tempéramment habilement ménagé lui ont valu cette belle et honorabie vieillesse.

“ Homme de jugement et de sangfroid plutôt que d'imagination et de sentiment, jurisconsulte plutôt qu'o- rateur, il n’a pas joué un rôle aussi

brillant que plusieurs de ses contemporains, mais sa Carrière u’en a pas été moins utile à son pays. Il a toujours été droit son chemin, uniquement guidé par sa conscience et le sentiment du devoir, justifiant, dans tous les emplois qu il fut appelé à remplir, la confiance de ses concitoyens et se faisant nadestement, mais dignement, une répu. ation dont nous avons le droit d’être fiers. C’est un de ces hommes remarquables qui ne doivent leur élévation qu'à leur

mérite, à une longue chaîne de services rendüs à la patrie, à une vie de travail et de bons exemples.

“ Son Excellence a même les qualités extérieures qui le siéent si ien aux positions élevées. Ii a cette dignité de maintien, cette distinction de traits et cette élégante simplicité de manières qu imposent le respect et gagnent les sympathies. Enfin un bear nom tout à fait canadien, un noble caractère, une intelligence élevée, un extérieur agréable, une vie des plus honorables et des plus

utiles à la société, que pouvait-on demander davantage ?”

C’est le 17 février que M. Caron a pris possession de son nouveau poste, en présence des membres du cabinet jocal et de plusieurs autres dignitaires de la Province. Le Barreau de Québec a saisi cette occasion pour lui présenter l’adresse suivante, qui donne une grande preuve dé l'estime que lui portait ce corpa distingué : |

# Les membres du Barreau de Québec éprouvent un bien vif plaisir à féliciter Votre-Excellence à l’occasion du témoignage de confiance dont Notre Gracieuse Souveraine vient de vous honorer, en vous investissant de la haute dignité de lieutenantgouverneur de la Province de Qué-

bec. Ils croient devoir en même

temps vous exprimer le regret que lPexercice des fonctions auxquelles vous êtes appelé doive interrompre les relations si intimes qui ont existé entre Votre Excellence et le Barreau depuis près de quarante-septans, tant

comme avocat distingué que comme juge.

“ À ces sentiments s'associent le souvenir de la satisfaction que la profession et le public ont éprouvé à l’occasion de votre nomination comme juge de la Cour Supérieure, en 1853, et celui de la courtoisie, de la sagesse et de la fidélité dont vous avez toujours fait preuve dans l’accomplissement de vos devoirs judiciares. Appelé plus tard, en 1855 à occuper un siége à la Cour du Banc de la Reïne, vous avez recu de votre pays et du gouvernement de Sa Majesté un témoignage plus éclatant encore de leur estime et de la justeappréciation de votre mérite dans cette nouvelle Sphère.

‘“# Vos services éminents comme juge que le Barreau se trouve heureux aujourd'hui de vous rapeler, ne lui ont pas fait oublier le zèle, l’habileté et l'intégrité qui ont signalé votre carrière proïessionnelle et qui ont préparé la voie à votre élévation sur le Banc, en même temps qu'ils sont

restés dans la tradition comme un modèle que la jeune génération ne saurait trop chercher à imiter.

“ Les membres du Barreau ne croient pas devoir faire mention des autres positions élevées que vous avez occupées, entre autres celles d’Orateur du Conseil Législatif du Canada et de maire de la cité de Québec, si ce n'é.ait pour les faire considérer comme les résultats d’une conduite professionnelle honorable atteignant aujourd'hui son apogée par la nomination de V. E. à la charge de lieutenant gouverneur de cette province.

‘* Le Barreau est bien convaincu que ses intirêts et ceux de la Puissance Seront en sécurité sous votre administration ; il souhaite que vous sOYez aussi heureux dons cette nouvelle carrière que vous l'avez été dans celles que vous avez parcourues jusqu'ici.

‘* Le Barreau est heureux d'offrir à madame Caron ses félicitations au sujet de l'honneur qui vous est conféré et l'assurance de l'appréciation

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de ses nombreux mérites personnels qui la rendent si digne d'y participer.” Nous terminerons ce travail par une réflexion qui résume et complète ce que nous avons dit. Le passé glorieux de M, Caron est pour Jui une garantie de succès dans la nouvelle nhase politique où nous le voyons entrer. Nul doute qu'il saura présider avec le plus grand éclat aux destinées de notre province, et qu'il ajoutera un nouveau lustre à une vie publique déjà si bien remplie.

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